‹ Une tuerie au XVIe siècleChapitre 2 sur 15 · TUERIE · texte numérisé non relu

TUERIE

liUêSElSWSftlïïEiL^o

a nouvelle des succôs obtenus par le prince de Parme à Anvers, avait fait sentir aux confédérés la nécessité d'assurer .Maes- Iriciit contre tonte lentnlive d»' l'ennemi, lorsque

la prompte arrivée d'Alexandre Farnèse et son miraculeux passage de la Meuse, vinrent déranger tous les projets. Ce fut en vain que La Noue, maréchal-de-carnp de l'armée des étals, chercha à se jeter dans la place; il fut arrêté aux environs d'Herentals par le marquis de Vandenberg, et contraint de se jeter dans Anvers sans pouvoir porter à la place assiégée l'appui de sa vieille expérience et de ses talens mililaires.

Le 8 mars 1379, la ville de Maestricht offrait un spectacle animé, on y tenait la foire annuelle, à laquelle se rendaient une foule de marchands de Cologne, de l'Allemagne et de la Hollande, qui, peu soucieux des bruits de l'approche de l'armée espagnole, qui trouvait encore beaucoup d'incrédules, s'étaient rendus à leurs affaires avec le calme de gens habitués à dix ans de guerre civile. La place du marché était encombrée de tentes et de pavillons, sous lesquels se trouvaient les boutiques des marchands. Des groupes animés causaient çà et là, et entremêlaient leurs propos de commerce de réflexions sur l'état des affaires et les bruits de l'arrivée d'Alexandre, qui plongeait tous les esprits dans une sorte de stupeur. Tout-h-coup un cavalier, couvert de boue et de sang, traversa la foule qui s'ouvrit devant lui comme les flots sous le taille-mer

d'un navire; il tenait à la main un papier qui semblait contenir la mission importante dont il était chargé, car aussitôt arrivé à la LandscronCy ou hùlel-de-ville, où se tenait le conseil de défense de la cité, il descendit lestement de cheval et s'élança dans le gothique édifice avec la hâte d'un homme chargé d'une haute responsabilité. Quelques minutes après, plusieurs messagers chargés d'ordres sortirent, et la ville étonnée attendit avec une morne anxiété le réstdlat des nouvelles que chacun pressentait devoir être peu favorables.

1/arrivée inopincc d'Alexandre, que chacun croyait être encore occupé au siège d'Anvers, dont il avait enlevé les faubourgs, après une brillante défense, avait atterré chacun. La bourgeoisie murmurait hautement contre la lenteur et l'imprévo}ance du prince d'Orange, qui avait laissé l'ennemi traverser la Meuse au milieu des difficullés d'une saison où les glaces du fleuve semblaient devoir mettre un obstacle à toute tentative de ce genre. Puis la retraite des troupes des étals à Herenlhals et dans les villes voisines du Brabant, alors qu'elles pouvaient écraser l'armée ennemie par la supériorité du nombre, avait accru encore l'irritation. Toutefois les assurances de Melchior de Schwartsenbourg de Heerle, que bientôt Fran-

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'iO UNE TUEKIE

cois de La Noue, fameux par son héroïque défense de la Rochelle, viendrait leur apporter le secours de ses talens et de sa vaillante épée, avaient un peu apaisé les esprits. Chacun croyait donc le courrier porteur de la nouvelle de l'arrivée du corps d'armée de La Noue, qui déjà s'était fait précéder à Maestricht par Sébastien Tapin, officier lorrain, d'une haute renommée militaire, et qui partageait en ce moment avec Jacques Heeren, bourgmestre de Maestricht, et le comte de Heerle, l'autorité sans bornes nécessaire à la défense d'une place aussi importante pour la fortune des états et l'avenir politique de la Belgique entière.

La bourgeoisie armée, tirée des corps de métier, était une force trop utile, pour qu'elle ne fût pas représentée au conseil de défense de la place. Les doyens des métiers avaient donc été appelés au conseil avec les chefs de la garnison, qui ne se composait que de douze cents hommes. Anglais et Écossais, vieux soldats qui avaient battu plus d'une fois les Espagnols, sous les ordres de La Noue. Six mille bourgeois armés et exercés, auxquels se joignirent plus tard quelques mille paysans et deux compagnies de femmes héroïques, qui tombèrent avec les derniers défenseurs de la ville, composaient toutes les forces que Maestricht allait avoir à opposer aux

bandes du duc de Parme, dont la carrière militaire semblait ne devoir être qu'une suite non interrompue de victoires.

Une heure s'était écoulée depuis l'arrivée du courrier, lorsqu'on vit des patrouilles envoyées en reconnaissance dans la matinée, se replier sur la ville, avec l'air morne el abattu de gens dont le courage est obligé de ployer sous la nécessité. A cette vue, les espérances de voir arriver le corps d'armée de La Noue s'évanouirent, et une sorte d'émeute se forma devant rhùtcl-de-ville et sur le Vrythof, où déjà quelques orateurs populaires du parti de l'Espagne cherchaient à effrayer le peuple des suites d'une folle résistance qui ne pouvait amener que la ruine et le massacre d'une population entière.

L'un des plus chauds de ces émeutiers était un orfèvre nommé Jean Martyns, lequel avait été impliqué deux ans auparavant, dans la conspiration des récollets, qui voulaient livrer la ville aux Espagnols; complot à la suite duquel cet ordre fut chassé de la ville.

— Voilà les promesses de vos magistrats, dit l'orfèvre en traversant la foule, on vous a leurrés de l'arrivée du prince d'Orange et de l'armée des états, el voilà qu'on nous enferme sans vivres, sans

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garnison quasiment , et sans espoir de recevoir de secours, puisque tous les passages sont gardés par le général de cavalerie Gonzaguc.

— Sans compter que la cavalerie des états a été battue à Herenthals et n'est rentrée à Turnhout qu'à grand'peine, dit un drapier.

— Savez-vous ce que vient d'annoncer le courrier? dit l'orfèvre.

— Non, dit un autre.

— Je gagerais ma tète que ce ne sont pas de bonnes nouvelles, sinon messeigneurs des étals n'eussent pas manqué de les annoncer déjà, dit Martyns, dont l'insolence croissait avec la patience de son auditoire. Ce sera sans doute encore quelque nouvelle défection de l'armée des étals : il y a un mois cinq mille Wallons ont passé au service du prince de Parme.

— Qu'est-ce que cela prouve, maître Martyns? dit un homme enveloppé d'une cape, qui se tenait auprès de l'orateur.

— Cela prouve, seigneur Manzan, que les Wallons ont le nez fin, et que quand les rats abandonnent une maison, c'est qu'elle est bien près de s'écrouler.

— Voulez-vous que je vous dise une chose, maître Martyns? dit celui qu'à sa figure et à son accent on i)ouvail rcconnailro pour un élranger; vous

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jouez un jeu à vous faire pendre, messirc! h moins que quelque brave citoyen n'épargne ce soin au bourreau, en vous assommant comme un animal dangereux que vous êtes.

— Kt qui se chargerait de ce soin? dil l'orfèvre en portant la main sous son manteau pour y chercher une arme.

— Moi! tout le premier, dit Manzan, pour délivrer la ville d'un traître et d'un lâche, qui travaille à livrer ses frères h un vainqueur dont chaque conquête est souillée de meurtres.

— Si vous m'appelez traître, quel nom vous réservez-vous alors à vous, qui avez abandonné votre souverain, votre patrie et votre religion, pour vous allier h ceux que votre roi poursuit comme rebelles? qui a trahi un maître peut en trahir deux, seigneur Manzan !

— Tu n'en trahiras plus au moins, toi ! dit l'Espagnol en portant à Martyns un furieux coup de dague qui perça la plaque et le buffle de son baudrier et le renversa, tout abasourdi, par terre.

Manzan allait redoubler et tenir sa promesse à l'orfèvre, sur qui il avait déjà posé un pied, lorsqu'il.se sentit retenir le bras par derrière; il se retourna plein de colère et sa fureur tomba comme par enchantement en reconnaissant Sébastien Ta-

pin, qui sortait de l'hôtel-de-ville en ce moment et s'était enquis de la cause de ce tumulte.

— Laissez cet homme, seigneur Manzan, dit-il, en jetant un froid regard sur l'orfèvre, nous ferons veiller sur ce meneur, et pardieu, si nous avons des arquebuses pour les ennemis du dehors, nous aurons des gibets pour ceux du dedans I

Après cette allocution qui laissa Martyns tout pantois, les deux chefs s'éloignèrent pour aller donner des ordres et veiller à la défense de la cité.

Manzan, ou Moncade, comme l'appellent quelques chroniqueurs, était en effet un transfuge espagnol qui avait quitté l'armée du duc de Parme, après une violente querelle avec le colonel Camille Capizucchi , dont il avait poignardé le frère dans un repas de corps. Octave Capizucchi, jeune volontaire, nouvellement arrivé d'Espagne, manifestait son étonnement qu'une guerre, telle que celle des Pays-Bas, ne fût pas terminée en une campagne, et semblait accuser les oiïiciers de mollesse ou d'incurie pour le service du roi ; les têtes échauffées par le vin firent le reste, et le jeune homme, frappé au cœur par Manzan, paya de sa vie une téméraire bravade. Le crédit du frère de la victime auprès d'Alexandre était trop puissant pour que Manzan ne dût pas le redouter. Après quelques tentatives

pour se faire rendre juslice, voyant qu'il était menacé d'être renvoyé en Espagne, il prêta l'oreille aux brillantes otTres qui lui furent faites par un émissaire du prince d'Orange, enchanté de s'attacher un ingénieur de mérite tel que Manzan, qui jouit bientôt de toute sa confiance et rendit des services signalés aux confédérés, par son expérience et son courage, qui n'était plus en quelque sorte qu'un sombre désespoir. Partout où pleuvaient les balles, où les boulets labouraient les retranchemens, on voyait la pâle figure de Manzan, l'œil fixe sur les ennemis qu'il eût anéanti d'un coup d'œil, si sa haine eût pu avoir une telle puissance.

Sébastien Tapin, sur le courage et le génie duquel reposait le salut de la cité, était un officier de fortune, parvenu à force de talent et de courage. Sa vie tout entière passée dans les camps, lui avait donné celte rudesse militaire franche et loyale, qui s'allie si souvent à la vraie bravoure. Audacieux ou prudent, selon les occasions, il savait être Fabius, quand il eût été dangereux d'être Annibal. Sa brillante défense au siège de la Rochelle en 1 574, où il résista avec La Noue aux efforts de Richelieu et aux forces de toute la France, avait attiré sur lui l'attention de l'Europe et surtout du prince d'Orange, qui avait l'habitude de dire que Tapin

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Talait dix citadelles, et que là où il se trouvait , une bicoque devenait une place imprenable. Grand, robuste, quoique maigre, on lisait dans son regard une haute intelligence et une pénétration rarement en défaut. Son insouciance et son sangfroid au milieu des plus grands dangers, étaient inouïs. Il avait vécu si long-temps au milieu des dangers, dit Slrada, qu'il en avait perdu toute crainte. Ses préoccupations scientifiques et militaires l'absorbaient quelquefois de telle sorte, qu'il n'entendait plus le bruit de l'artillerie et ne voyait pas les boulets enlevant à ses côtés des pans entiers de muraille. Aussi Alexandre Farnèse avait-il pour Tapin la plus haute estime, et lorsqu'il apprit sa présence dans la ville, il se tourna vers Serbellon et Properce Barocci, ingénieurs de grande réputation , et leur dit d'un air soucieux :

— Je crains fort, messieurs, que Maestricht ne nous coûte plus cher que nous ne l'avions pensé.

Rapin, Manzan, avec Lesly, chef des Écossais et des Anglais, et d'IIarcourt, capitaine d'une compagnie de mousquetaires français, formaient, avec le commandant Mclchior de Hecrle et le bourgmestre, le conseil de défense. On communiquait, s'il y avait lieu, les mesures prises par le conseil

aux doyens des raéliers, dont rinfluencc sur le peuple n'était pas à dédaigner.

Après avoir parcouru pendant quelque temps les remparts de la place et avoir jeté pjrlout son coui)d'œil d'aigle, Tapin s'arrêta sur le bastion qui séparait la porte de Tongres de celle de Bois-le-duc, puis se tournant vers les officiers qui l'accompagnaient dans cette reconnaissance militaire :

— Messieurs, leur dit-il, c'est ici que se porteront les elTorts des ennemis, c'est le côté HiiMe de la place, c'est donc ici qu'il faut apporter tous nos soins et toute notre vigilance. Puis il donna des ordres pour faire de nouveaux fourneaux de mine dans la contrescarpe des fosses, fit charger les mines, et prit toutes les précautions que lui suggéraient sa prudence et la haute responsabilité qui pesait sur lui.

Cependant, tandis que Tapin veillait au salut de tous, quelques hommes s'etTorraient de détruire secrètement son ouvrage; un parti faible mais remuant , s'agitait sourdement et entretenait des intelligences avec l'ennemi. Parmi ceux-ci se distinguait particulièrement Martyns l'orfèvre, dont la dernière aventure avait redoublé la haine et l'insolence; il s'était adjoint, pour mener à bon port son œuvre de ténèbres, un capitaine allemand

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nommé Pierre Blommaert, espèce de bandoulier, portant sa banale épée à qui la voulait acheter et toujours prêt à trahir son parti, pourvu que sa trahison lui rapportât un gain honnête. Ce dernier pouvait être d'une grande utilité à Marlyns dans ses projets : le mot de guet, une porte, un rempart pouvait lui être confié, et dans ce cas, les Espagnols eussent été prévenus bientôt et le sac d'une grande cité eût payé leur trahison.

La figure de Bloraraaerts, pendant la ronde de Tapin, n'avait pas échappé au coup-d'œil inquisiteur de celui-ci, il l'avait vu écouter avec une curiosité inquiète le détail des nouvelles dispositions prises par le chef. La trahison se lisait sur cette plate et ignoble figure, en caractères si saillans, que Tapin ne put s'empêcher de demander à Melchior de Heerle :

— Connaissez-vous cet homme, comte?

— Oui! dit de Heerle, c'est un des anciens compagnons d'armes de Lumey, brave et fidèle.

— Je voudrais le croire comme vous, mais je ne sais si je me trompe, celui qui vendit son maître pour trente deniers, devait avoir une figure comme cela. Toutefois j'aurai l'œil sur lui.

Dans la soirée du dix mars, deux hommes enveloppés de manteaux, frappèrent à une petite porte

de la rue des Maréchaux, espèce de juiverie immonde et malfamée; après avoir heurté et sifflé plusieurs fois, on vint leur ouvrir et ils entrèrent dans un long couloir sombre, vivement illuminé vers le milieu par un éclalant pan de lumière, provenant d'une chambre dans laquelle se tenaient quelques individus assis autour d'une table, sur laquelle se trouvaient des brocs de bierre et des cruches d'eau-de-vie. A l'arrivée des deux inconnus le cénacle aviné entier se leva avec des marques de respect.

— Nous sommes fidèles au rendez-vous, n'est-ce pas, capitaine? dit une espèce de soudard ivre; les renards sont traqués dans leur terrier, il ne s'agit plus que d'y faire entrer les chiens. A quand la curée?

— Ce sont-là vos compagnons, capitaine! dit Martyns à son collègue en jetant un coup-d'œil de dégoût sur cette sale orgie dans laquelle on allait discuter le sort d'une population de quarante mille habitans.

— Oui, dit Blommaert, en vidant un immense verre de genièvre.

— Vous m'aviez promis cependant que nous aurions ici la majorité des officiers anglais, que diable voulez-vous faire de ces ivrognes?

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— Ivrognes ! qui ça? dit un vieux soldat royalement ivre, je vous trouve passablement insolent ! sachez, messire, que vos airs seigneuriaux sont ici des plus mal placés; devant la corde tous les hommes sont égaux! que voulons-nous, parbleu? livrer la ville au duc de Parme, pour vingt mille cens d'or, chacun sa part de l'or de ces chiens d'hérétiques, n'est-ce pas, maître! le duc de Parme fait là une belle affaire! sur mon came, nous sommes trop beaux joueurs, une poignée d'ccus contre une toison d'or de chanvre! à boire aux chevaliers de l'ordre de Saint-Gibet, patron des torticolis et des

rhumes de cerveau Tapin, Schwartzenliourg,

Manzan, à mille florins par tête et la bénédiction du pape par dessus le marché! Pontifex Maximus! comme on dit en latin à Louvain.... J'ai la saumure de trente-six harengs dans le gosier.... à boire! Ma part de Maestricht pour deux cruches de Malvoisie.... C'est monsieur le grand diable qui a tenu Luther et Calvin sur les fonts baptismaux....

Puis il se mit à chanter d'une voix enrouée :

Le grand-bailIi de Lucifer M*csl autre que Martin Lulher !

— Si tu ne serres la bride h ton muffle, dit le

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capitaine, je vais le le fermer, de manière à ce que tu ne nous ennuies pas de long-temps!

— La bénédiclion du pape et ma part de Maestricht, pour deux cruches de Malvoisie I dit l'ivrogne, en roulant sous la table où il se mil bicnlùl à ronOer bruyamment.

-- Tandis que celle outre pleine dort, dit Martyns, convenons de nos faits. Voyons, loi d'abord, le concierge de la porte de Tongres.

— Je réponds des clés pour le jour convenu, dil l'homme.

-- Bien I et loi, dil-il, en tirant par le bras une espèce d'arquebusier, qui regardait toute celle scène d'un air hébété.

— Trente barils de poudre dans le bastion du rempart de la porte Notre-Dame, une mèche, et vive la messe ! et au diable les hérétiques !...

— Mes amis, dil Marlyns, en jetant un coupd'œil de degoùt sur ses compagnons, nous avons h endorjuir la surveillance de deux hommes, donl l'œil va chercher les secrets au fond du cœur, Tapin el Melchior de Hecrle; soyez donc prudens, le nombre des fidèles est petit, celui des rebelles grand, que chacun de vous soil donc toujours prêt à agir, il s'agit de sauver notre cité des horreurs d'un siège et de raragiicr à la Nraic religion, une

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population égarée par les ministres de l'enfer. Prudence et silence, jusqu'au jour propice, et maintenant séparons-nous sans bruit.

Les conjures se levèrent pesamment, prirent leurs chapeaux, s'enveloppèrent de leurs capes et se retirèrent mystérieusement.

Resté seul dans la rue avec son compagnon Martyns, le capitaine se pencha vers lui et lui dit à l'oreille :

— Vingt mille écus d'or à partager entre plusieurs personnes, font peu de chose, répartis entre deux, cela fait une honnête somme.

— Tiens 1 dit l'orfèvre avec un sourire, mais comment?

— Laissez-moi faire, maître Martyns, je vous avertirai quand il en sera temps. Un mot encore, vous qui vantez la prudence, pratiquez-la; votre querelle d'aujourd'hui avec le capitaine Manzan, a attiré l'attention sur vous, et maintenant au revoir, camarade 1

L'Allemand serra la main de son collègue, et lorsqu'il fut près de le perdre de vue on aurait pu l'entendre marmotter entre ses dents : vingt mille écus qui ne se partagent pas sont une bien honnête somme aussi, maître Martyns!

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Les lra\aux exécutes par Tapin en quelques jours, tenaient du miracle. Trois ou quatre mille paysans refoulés parles Espagnols qui avaient formé un cercle de fer moijile autour de la ville, lui avaient été du plus grand secours, la haine de l'Espagne était un sentiment si général et si vivace, que plus de mille femmes s'offrirent spontanément pour travailler aux retranchemens et en élever de nouveaux. On fit des ravelins devant les portes, on rétablit les murailles et les tours, on éleva de nouveaux forts. Pendant ce temps une compagnie de bourgeois armés soutenus par deux cents cuirassiers français, parcourut la banlieue de la cite et brûla tous les villages où l'ennemi aurait pu établir ses quartiers d'hiver.

Alexandre Farnèse ne restait pas inactif de son côte. 11 détacha le régiment de Lopez de Figueroa qui repoussa les incendiaires, puis détacha Mondragon sur l'autre rive de la Meuse avec un corps suffisant pour bloquer ^Vyck. Puis, pour faciliter les communications entre les deux corps d'armée, il jeta deux ponts sur la Meuse, l'un à Haren, l'autre à lleugem, et fil fortifier les tèles de pont qui coupèrent ainsi toute communication de la ville par le moyen de la rivière. 11 parvint au même but iir la ri\e droite en élevant quatre forts qui furent

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établis, le premier à la monlagne Saint-Pierre, le second devant la porte de Tongres, le troisième vis-à-vis le bastion Saint-Servais, et le dernier visà-vis l'église de l'ordre Teutonique. Puis, sans attendre les pionniers que le comte de Mansfeld devait lui amener du Luxembourg, Farnèse s'occupa de faire commencer les tranchées et donna luimême l'exemple en travaillant tout un jour à la tête des gentilshommes de sa maison ; on relia les forts entr'eux par une ligne de circonvallation bien défendue, et après leur avoir donné une formidable artillerie et y avoir mis des garnisons suffisantes, la ville se trouva complètement entourée d'un triple cercle de canons et de soldats.

Impuissans à empêcher le travail des ennemis qu'aucune attaque du dehors ne venait interrompre, Tapin accusa quelquefois le courage des confédérés qui laissaient l'ennemi achever tranquillement leurs travaux. Cependant des forces supérieures à celles de Farnèse, se trouvaient éparscs à Termonde, à Matines, à llerenlhals et à Bois-le-Duc. Convaincu alors qu'il ne devait plus compter que sur lui et sur le courage des habilans, il se résolut à une défense acharnée qui put coûter cher au vainqueur, si jamais il devait planter sa bannière sur les ruines de Macslricht. l.c conseil de défense s'assembla, cl

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après une heure de délibération, résolut de faire connaître franchement au peuple la situation des aiîaires, afin de savoir jusqu'à quel point on pouvait compter sur son concours.

En effet, le bourgmestre Jacques Heeren, le commandant supérieur de la place Melchior de Ilecrlc, Sébastien Tapin, Manzan, et les chefs des compagnies armées de la bourgeoisie, se rendirent quelques jours après sur le Vry ihof, où l'on avait fait dresser une estrade destinée aux chefs. Une mer de peuple encombrait les rues et les toits voisins de la place, qui n'olTrait elle-même qu'un océan de têtes, au milieu duquel s'élevaient des pointes de lance et des fers de hallebarde. Chacun interrogeait son voisin sur la communication qui allait se faire et que le sonneur de la ville avait annoncée depuis le malin, comme intéressant également tous les habitans. Eufm au bout de quelques minutes, les acteurs principaux de ce grand drame populaire parurent sur l'estrade, accompagnés des doyens des métiers et des chefs des compagnies armées. Le Iwurgmestre lleeren lit signe de la main qu'il voulait parler, et celle immense ruche bourdonnante s'apaisa comme par enchantement.

— Frères! dit Heeren d'une voix mâle etaccenluée, ce n'est plus du dehors qu'il vous faut alten-

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