‹ Une vengeanceChapitre 9 sur 9 · V. . , XXII · texte numérisé non relu

V. . , XXII

CONCLUSION

Le bonheur est un admirable médecin ; Lorenzo Menrimi guérit vile, grâce à lui. Au bout de six semaines, il put descendre à la ehapelle des Annonciades pour y recevoir la bénédiction nuptiale qui l’unissait à jamais à Laura Rudolphi. La cérémonie se fit sans aucune pompe, comme il convenait pour un mariage contracté dans des circonstances exceptionnelles.

Les jeunes époux revinrent avec le duc dans ce palais Rudolphi qu’ils croyaient si bien ne revoir jamais quelques mois auparavant; ils y menèrent d’abord une existence assez retirée, s’enfermant dans leur bonheur, chaque jour plus enivrés l’ûn de l’autre, et jouissant de la plus grande félicité de ce monde : un amour partagé dans la sphère pure et sereine de la vie conjugale.

Cependant, Lorenzo avait été trop remarqué à l’armée par ses lalenls et sa bravoure, pour qu’il pût se retirer inaperçu de la scène du monde. Quand on le sut entièrement rétabli, quand le bruit se rc-

CONCLUSION

pandit de son union avec une personne telle que Laura Rudolphi, lesinstances l’assaillirent de toutes parts; les plus hauts personnages lui demandèrent d’apporter le concours de ses capacités au service des affaires de ce noble pays, qui, malgré ses insuccès matériels, continuait à tenir haut et ferme le drapeau des idées constitutionnelles et libérales.

Lorenzo répondit à un appel aussi flatteur, non avec l’ardeur d’un ambitieux, mais avec le noble empressement d’un homme sûr de sa force, qui la

voit devenue utile à une cause glorieuse. Grâce à l’influence du duc et de ses amis, il fut facilement nommé député et entra ainsi tout à fait dans la vie publique.

Le temps consolida son bonheur intime et augmenta sa satisfaclion de lui-même, car il se reconnut digne d’une position sociale qu’il avait duc d’abord à son alliance avec la famille Rudolphi. Un jour il se sentit bien véritablement l’artisan de sa grandeur : ce fut celui où, dans une discussion à la chambre, il obtint son premier succès oratoire. Ses talents, appuyés sur sa confiance en lui-môme, ne firent plus dès lors que grandir, et son nom effaça peu à peu le nom de Rudolphi, qu’bn s’était plu pendant un temps à ajouter au sien comme une .sorte de recommandation.

Un malin, il y a quelques mois, Laura et Lorenzo

étaient assis à un bout de la grande galerie du château Rudolphi, et ils causaient en prenant le chocolat.

Laura, vêtue de mousseline blanche, la tête entourée de ses lourdes tresses noires, qui lui faisaient la plus charmante des couronnes, Laura, fraîche, reposée, souriante, portait sur sa physionomie l'épanouissement radieux des joies du cœur; quoiqu’elle eût alors vingt-sept ans, elle semblait plus ieune et plus belle que lors de son séjour aux Annonciades. Lorenzo, toujours grave, regardait sa femme avec l’admiration passionnée des premiers jours; parfois il interrompait quelque sérieuse dissertation pour dire à Laura une parole tendre ou baiser avec amour le beau bras qui le servait.

A l’autre bout de la galerie, deux jolis petits garçons, dont l’un paraissait âgé de cinq ans et l’autre de quatre, menaient un tapage qui faisait honneur à leurs poumons, et que des oreilles maternelles pouvaient seules entendre sans" impatience. Ces deux enfants, roses, potelés, jouflluà, robustes et alertes à la fois , auraient été pris par un peintre du seizième siècle pour faire des anges, ou par un artiste du dix-huitème pour représenter des Amours. En ce moment ils simulaient une évolution militaire, le plus petit chevauchant un balai de foyer, et l’aîné brandissant fièrement une cravache élevée à la. dignité de sabre pour les besoins du moment.

CONCLUSION

Le duc Rudolphi entra, et, après avoir pris un instant dans ses bras chacun de ses petits-fils et l’avoir gaiement embrassé, il s’approcha du jeune ménage, et montrant une lettre qu’il tenait à la main :

« Lorenzo, dit-il, voici un message de la cour qui m’arrive; il contient une lettre pour vous; on m’a laissé le plaisir de vous la remettre.

— Qu’est-ce donc, monsieur le duc? demanda Lorenzo.

— Ma foi, mon cher gendre, voyez vousmême. »

Lorenzo ouvrit la lettre.

« Eh bien? dit Laura curieusement.

— Le roi me juge digne de lç représenter à la cour de Vienne ; il me donne une mission extraordinaire.

— Ambassadeur ! s’écria Laura avec joie.-

— Pas tout à fait, dit le duc Rudolphi, mais il ne s’en faut guère. Qui m’aurait dit, il y a quelques années, que vous seriez ambassadeur avant moi, Lorenzo, lorsque vous étiez dans une position si.... si.... Le duc chercha son mot. Si obscure, dit-il enfin. Ah!,., la destinée a des retours bien singuliers.

— Mon père, reprit Laura, ce ne sont pas les positions qui font les hommes, mais les hommes qui font les positions, et mon mari a, je crois, rendu

assez de services à son pays pour avoir mérité l’honneur.... »

Lorenzo interrompit sa femme avec un sourire.

«. Laura , dit-il , tu as toujours été orgueilleuse.

— C’est vrai, répondit la jeune femme en posant sa tête sur l’épaule de son mari ; seulement, à présent, mon orgueil est en toi! »

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