Une vente d'actrice sous Louis XVI, Mlle Laguerre, de l'Opéra
j du nom, elle n’avait sans doute aucun lien de parenté avec Mme Jacquet de la Guerre, qui s'était rendue célèbre vers la fin du règne de Louis XIV par son talent sur le clavecin, par la beauté de sa voix et par quelques compositions musicales.
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Il paraît même que l'actrice de l'Opéra n'était connue que sous le surnom qu'on lui avait donné, car un chroniqueur contemporain assure que son père, qui vendait des chansons dans les carrefours, « avoit oublié son nom de famille-pour le sobriquet transmis à sa fille. » Quant à sa mère, elle allait offrant dans les promenades le Plaisir des dames, métier dans lequel elle s'enrichit moins que sa fille, et qui valut à celle-ci des plaisanteries faciles à deviner. | | | |
Avant de se faire connaître comme cantatrice, M'e Laguerre avait déjà acquis une réputation d’un autre genre, à la suite d’une aventure scandaleuse dont parlèrent les gazettes du temps, et dans laquelle fut compromis un personnage fort connu, le président de Meslay, de la Cour des comptes. C'était en 1772, et Mie La-
1. C'est par erreur que plusieurs biographies font entrer Mile Laguerre à l'Opéra en 1774. M. Fétis, dans sa Biographie universelle des musiciens, dit qu’elle fut admise dans les chœurs en 1774; d’après les Mémoires secrets, elle y entra en 1772:
LR ST guerre, à peine âgée de dix-sept ans, n'était alors qu'une simple fille des chœurs de l'Opéra; elle fut trouvée en flagrant délit dans une loge pendant une répétition, une de ces « répétitions délicieuses pour les amateurs, dit un auteur contemporain, en ce que tout est confondu, tout
est ouvert, et qu'il y règne une liberté char-
Ce début. promettait; aussi retrouve-t-on bientôt la jeune Laguerre dans les chroniques del Opéra. Ayant été choisie pour doubler quelques premiers rôles, elle s’en acquitta bien; son jeu et sa voix plurent au public et attirèrent l'attention des amateurs, notamment du duc de Bouillon, qui « se fit honneur d’être dans ses fers. » En très-peu de temps il dépensa huit cent mille livres à son service. On assure que Louis XVI en fut très-courroucé et ne se contenta pas de témoigner au duc de Bouillon son indignation de ses dépenses effroyables pour M'e Laguerre, mais qu'il lui enjoignit de se rendre en exil à sa terre de Navarre. Il paraît
A SR que le duc motivait ses prodigalités moins sur son amour pour l'actrice que sur sa haine contre le comte de la Tour d'Auvergne, auquél il savait que ses biens reviendraient un jour malgré lui, car il ne pouvait fonder aucun espoir sur sa postérité.
La malheureuse passion du due lui coûta sis de plus d’une façon; les couplets satiriques : pleuvaient sur lui de toutes parts. « Le chansonnier de la cour, lit-on dans les Mémoires secrets, vraisemblablement a jugé à propos de distinguer M. le duc de Bouillon,et de lui faire un pot à part, c'est-à-dire de célébrer particulièrement ses sottises dans un vaudeville qui a plus de sel que tout le reste. Pour l'entendre, il faut se ressouvenir des folies que le seigneur a faites en faveur d’une demoiselle La Guerre, de l'Opéra. Il est sur l'air : Si le roi m'avoit donné, etc. |
Bouillon est preux et vaillant, Il aime La Guerre; A tout autre amusement
er =
Son cœur la préfère.
Ma foi, vive un chambellan Qui s’en va toujours disant :
Moi, j'aime la Guerre, O gué, Moi, j'aime la Guerre!
Au sortir de l'Opéra, Voler à La Guerre,
De Bouillon, qui le croira ?
C’est le caractère.
Elle a pour lui des appas
Que d’autres n’y trouvent pas; Enfin, c’est la Guerre,
F0 gué,
Enfin, c’est la Guerre!
A Durfort il faut du Thé,
C’est sa fantaisie; Soubise, moins dégoûté,
Aime La Prairie® ; Mais Bouillon, qui pour son Roi Mettrait tout en désarroi, | Aime mieux la Guerre,
O gué, Aime mieux la Guerre.
M'° Laguerre était-elle jolie? Les avis étaient