‹ Une vente d'actrice sous Louis XVI, Mlle Laguerre, de l'OpéraChapitre 2 sur 16 · Autre fille d'opéra · texte numérisé non relu

Autre fille d'opéra

se

partagés à ce sujet; l’un nous la montre comme un « jeune sujet d'une jolie figure et d'un organe sonore » ; suivant un autre, elle n’était « ni jolie, ni bien faite ». La vérité est sans doute entre ces deux jugements'. M. Roger de Beauvoir possédait un portrait de notre actrice qui avait été acheté à la vente de la Malmaison : « C’est,

dit-il, une toile ovale trouée dans plus d'un endroit, brisée, lacérée comme à plaisir par quelque mousquetaire jaloux, mais qui n’en garde pas moins encore suave et intacte cette jeune tête de cantatrice; M'° Laguerre, qui fut enlevée à vingt-huit ans, peut en avoir trente-deux sur ce cadre. Les yeux sont vifs, bien fendus, lessourcils noirs ettrès-arqués; aucunemouche, mais de la poudre en longs anneaux, qui retombent comme autant de flocons de neige sur l'épaule. Au côté droit de son corsage bleu à

manches éclatantes, corsage retenu par une

. Le portrait de Mlle Laguerre qui figure en tête de cet ouvrage a été gravé d'après celui que possède le are des Estampes. C’est le seul que nous connaissions.

ie belle topaze, est suspendue la peau de tigre classique dont s affublaient alors les actrices, la peau de tigre que portait Thisbé, Aricie ou Hermione. Le sein est découvert sous un reste de dentelles fines, de ces dentelles comme savaient en faire Chardin ou Boucher. Malgré cet ajustement d'opéra, le portrait est d’un effet délicieux; la bouche, entr'ouverte avec bonheur, laisse croire que Marie Laguerre va chanter.

Le coloris transparent de cette figure fait son charme; les dents de l'actrice, harmonieusement voilées par l'ombre rose de ses lèvres, ont l'air d’un clavier qui appelle les accords. Il règne un grand art de dissimulation dans cette étude; on sent que le peintre a déguisé, sous le fard et la magie de la couleur, les ravages imprimés par la débauche même à cette jolie . tête. »

En 1775, M'e Laguerre, qui, grâce aux prodigalités du duc de Bouillon, s'était déjà assuré,

à vingt ans, une fortune considérable, quitta

l'Opéra, et fut très-regrettée du public, comme

de SU le montre le passage suivant : «Quoiqu’on nous flatte que la D Arnoux reparoîtra dans l'opéra d’Adèle de Ponthieu, cette actrice, vieille au théâtre, sans voix, et dont la figure ne porte plus d'intérêt, ne peut dédommager les amateurs de la perte de Mademoiselle La Guerre, jeune sujet d’une jolie figure, d’un organe sonore, et dont le jeu annonçoit un talent décidé. » L. | Le pauvre duc de Bouillon ne tarda pas à être éconduit avec la plus parfaite ingratitude, et fut chansonné de nouveau : « Une fille d'Opéra, nommée La Guerre, entretenue pendant quelques mois par le duc de Bouillon, l’a quitté brusquement, après avoir mis ce prince à contribution, et la contribution passe six cent mille livres : cet événement a donné lieu à ce calembour. |

Épigramme de M. de Bièvre :

Vous êtes surpris que La Guerre Ait quitté le pauvre Bouillon :

Depuis que Turenne est en terre, La paix est dans cette maison,

Et le bon duc haïit tant la guerre Qu'il en redoute jusqu’au nom'!. »

L'absence de l'actrice ne fut pas de longue durée. Au mois de mai de l’année suivante, elle reparaissait sur la scène dans le rôle d’Alceste, le nouvel opéra de Gluck?.

Le rôle d'Alceste avait déjà été rempli par Rosalie Le Vasseur. Marie Laguerre avait sur elle, si l’on en croit les feuilles du temps, l'avantage d’être plus jolie, et cela ne pouvait que redoubler la rage de Sophie Arnould, qui avait aussi chanté ce rôle; aussi la spirituelle actrice n'épargnait-elle pas sa rivale. La jeune

Laguerre, qui ne brillait pas précisément par la

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