Journal général de France, 13 novembre
PR et plateaux de dessert montés, dessins sous verre et autres objets précieux. »
Les femmes de théâtre luttaient souvent de luxe et de magnificence avec les dames de la cour. En 1780, le jour de la fameuse promenade de Longchamps, les regards de la foule étaient attirés par un magnifique carrosse de porcelaine, attelé de quatre chevaux gris pommelés, avec des harnais de soie cramoisie, brodés en argent; c'était celui de Mme de Valénti- . nois, fille de la duchesse de Mazarin, une des plus jolies femmes de la cour. On remarquait aussi une autre voiture, également en porcelaine, qui luttait contre la première, et les amateurs se demandaient à qui elle pouvait appartenir. Ils finirent par apprendre que c'était le carrosse de M'° Beaupré, une jeune actrice débutante. ie
Cette aventure rappelle le scandale public causé longtemps auparavant par M'° Le Duc, ci-devant danseuse de l'Opéra, maîtresse du
duc de Clermont, qui « alla se promener aux
PR RU ténèbres de Longchamps dans une calèche de canne peinte en bleu, et tous les fers en argent, attelée de six chevaux naïns pas plus gros que des dogues : un petit postillon et un petit hussard, richement habillés, l’un en veste rouge toute couverte de galons d'argent, avec une plume bleue au chapeau ; l'autre, en robe bleue, le sabre et le bonnet tout garnis de plaques d'argent. La Le Duc tenoit les guides des chevaux et étoit escortée de deux valets de pied déguisés !, »
Il serait facile de citer bien d’autres actrices que leur luxe rendit célèbres, comme MX Dervieux, de l'Opéra, fameuse par une anecdote de lEspion dévalisé, et sur qui une chanson disait :
Elle se fait bâtir un temple*.. .
Me Hus, de la Comédie française, qui avait
1. (Mélanges de Bois-Jourdain.) M. Jules Cousin, Le Comte de Clermont, sa cour et ses maîtresses. Paris, 1867. 2. Le temple en question fut meublé avec une grande magnificéence d’après les dessins de Dugourc. — V. Le Duc d’Aumont et son cabinet. Paris, 1870, Aubry.
a coûté plus d’un million à M. Bertin, trésorier des Parties casuelles; sans parler de bien d’autres plus connues, telles que Sophie Arnoux et la Duthé; ni même de celles qui parvenaient à se faire épouser par de grands seigneurs, comme M'e Quinault, qui, après avoir monté sur les planches, devint la femme du duc de Nevers.
Maisrevenonsà M" Laguerre.Les pamphlets du temps ne l’épargnaient pas plus que le duc de Bouillon. Dans une facétie qui circula dans Paris en 1779, on annonçait, sous le titre de: Vente de meubles, tableaux et effets, « les sept péchés mortels du Poussin, fameux tableau copié par un bon maître, savoir : l'Avarice, par M'° Aménaïde ; la Paresse, par M"° de Beaupré; la Colère, par M" Luzzy; la Luxure, par M'e Ja Guerre ; la Gourmandise, par M'e Urbin; l’'Orgueil, par M' Thévenet; l'Envie, par M': Dugazon. Ce tableau est frappant pour les ressemblances. » Q
Plus loin, parmi les Enterremens.| on mentionne celui de « Jean l’Arétin, mort d'éthisie
te) het hier entre les bras de la D'* Laguerre, actrice’ de l'Opéra, laide, mais renommée pour sa luxure. » Vient ensuite l’anecdote suivante : « Le Pierrot de Nicolet, dont les talens font depuis longtemps les délices de la capitale, étoit depuis quelque tems en possession du cœur et du lit de la D'E [a Guerre, lorsque cette chanteuse s’estsubitementéprise du célèbre Jeannot, le Pâris des boulevards. Les deux rivaux étoient prêts d’en venir aux mains, lorsque la D'° Montauban est venue généreusement offrir de se charger de la consolation de Pierrot". »
Les appointements de M': Laguerre, dont le chiffre satisferait à peine aujourd’hui une prima donna de province, étaient assez élevés pour l’époque. D’après les registres de l'Académie royale de musique, si nous en croyons le Monde dramatique?, ces appointements étaient de 20,000 livres de fixe; elle touchait une