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» Oh! quand ces mots font pleurer, c'est au départ de la mère de famille, du père adoré, du fils chèrement aimé.
» Mais à la mort de l'orpheline et de la solitaire, à la mort de Madelaine, il faut sourire; soyez heureuse, puisque je le suis. Voici mon premier jour de honheur !
» Adieu, Sœur, à votre mort aussi vous ne demanderez que des soin-ires; mais au moins les pauvres vous donneront des larmes.
» Enfin, me voici arrivée à cette dernière heure, que j'ai si longtemps souhaitée. Aujourd'hui, tout est calme en moi, tout est paisible, la pensée de Dieu éteint toutes les autres; il m'attire à lui. Hélas ! si j'avais été heureuse, si j'avais joui de tous les bonheurs de ce monde, à présent que m'en resterait-il ? rien. »
Elle se tut , et demanda à la Sœur de chanter une des grandes hymnes de l'Église. Pendant quelques instants, la pauvre Sœur, qui s'entendait mieux à soigner les malades qu'à chanter les offices, ne put faire ce que Madelaine souhaitait.
Cepeiîdaiil elle se souvint de quelques phrases des Écritures, qui étaient en accoixl avec ce moment solennel, et le silence de là chambre ne fut troublé que par ces paroles divines que chantait autrefois le prophète Isaïe :
« Vous qui avez bu à l'amertume de mon 0 calice, oubliez enfin vos larmes et vos pleurs; » le temps des pleurs est passé. Dépouillez ces » vêtements de deuil, ô filles de Jérusalem ! en- » trez dans la joie de votre Seigneur ! Partez, » âme chrétienne !
» Brisez les liens de votre captivité ! il est » temps que je reprenne ce qui m'appartient, » dit le Seigneur, que je vous retire d'un » monde auquel vous n'appartenez pas, et qui » n'était pas digne de vous, pour vous unir à » l'Église du Ciel, dont vous êtes une portion v sainte et immortelle. »
Après avoir prononcé encore plusieurs prièries, la sœur Elisabeth s'approcha de Madelaine; elle était morte. Un sourire gracieux et
doux élait sur son visage ; elle était morte en écoutant ces paroles saintes et joyeuses, et en faisant à Dieu riiomniage du sacrifice qu'il lui imposait de n'entendre ni larme, ni regret à sa dernière heure : elle devait mourir seule, au son d'un cantique qui ne parlait que de bonheur !
vin.
Emmanuel reçut la lettre de Madelaine, et une heure après il était sur la route de Saint- Léonard.
Arrivé devant ia maison, il monta précipitamment l'escalier, et voyant la porte de la chambre à coucher de Madelaine ouverte, il n'osa y pénétrer. Il lieuila à ceti.e porte, et
n'entendant aucun bruit, il entra, croyant ne trouver personne.
Les rideaux du lit étaient abaissés, mais un cierge qui brûlait à côté, et qu'il n'avait pas d'abord aperçu, lui dit tout.... Alors, il ouvrit les rideaux, et vit la jeune fille, couchée comme si elle dormait encore. Son front, blanc comme la cire, était couvert de ces deux bandeaux de cheveux noirs que jadis il avait tant admirés ; la couronne de roses blanches était déjà fanée, depuis deux jours qu'elle était là !....
La Sœur grise, qui s'était absentée un moment, revint, et, tout étonnée, elle poussa un cri en voyant Emmanuel, les bras croisés sur sa poitrine, les yeux fixés sur la malheureuse dont la mort était peut-être son ouvrage! Elle le regarda froidement, passa sans le saluer, pour se mettre à genoux auprès du lit, et récita des prière^. Il demeura longtemps debout, con^ templant Madelaine, sans qu'aucune émotion se laissât voir sur son visage.
Le lendemain, il accompagna le corps au cimetière. 4près la cérémonie, il s'enferma seul
chez lui jusqu'au soir, et ayant donné quelques ordres rapides , il repartit aussitôt pour retourner à Paris.
Le même jour, une heure après son départ, le gardien du cimetière remarqua un houquet de jasmin posé dans l'urne destinée à parer la lomhe nouvelle. La couronne tressée par Madelaine mêlait ses fleurs fanées à celles qui venaient d'être cueillies et qui étaient sans doute apportées là par Emmanuel.
Lui seul avait pu songer à elle, lui seul savait le mystère révélé par ce jasmin chéri, emhlème des jours heureux de la jeune fille, aujourd'hui habitante du ciel !
Mais ce souvenir est le seul qu'on ait vu sur cette tombe, au milieu de toutes les autres, soignées par quelques regrets de famille.
Le temps a passé, les années en s'écoulant ont fait croître les mauvmses herbes autour du cercueil solitaire, et parmi les tombes du village, il n'en est pas aujourd'hui de plus oubliée, de plus abandonnée que celle de Madelaine!
Pourtant, chaque année, ses anciens amis viennent tous passer l'été au château de Vézelai !
fIN.