SCÈNE V
BÔISFLOTTÉ, puis MAbAÜlB MÈRLANDIER.
BOISFLOTTÉ, 11 sort de l’alcAve dont les rideaux retombent et restent fermés.
— Il a rais son pantalon et passe sa robe de chambre.
Bon ! elle a la main malheureuse... Ah! je suis fâché de n’etre pas allé à rHÔtcl du Louvre, (il va prendre sa malle, la po^ sur la table et l’ouvre.) Grâce au ciel! je n’ai loué ici que pour une quinzaine. (Examinant la chambre.) Jc n’avais encore vu ce local qile le soir... c’est un taudis! Et je paie ça trois francs par jour!... Allons !... allons!... je suis volé!... (il prend ses rasoirs dans la maÜe et les passe ^ur le cuir.) J'avouc que tel u’ctait pas le but de mon voyage à Paris, (au public, et coaCdeuticllcment.) Lc but de mon voyage... (il hésite, puis reprend.) Pourquoi m'eu cacherais-je? je yieus chercher Diane... ma petite Diane d’autrefois... une des juues dé miel de ma Jeunesse... la plus douce... la plus aimée...
ÜNE VIEILLE LUXE.
ijuaiid je dis ma pcUle... c’était une fille superbe!.... Trois pouces!... et quels cheveux!... des cheveux!...
MADAME .HKRLArSDlËR J entr&ut et courant à la commode, dont elle ouvre le
deuxième tiroir.
Continuez... je ne regarde pas.
BOISFLOTTÉ.
Encore vous!... qu’est-ce que vous farfouillez dans ma commode?
MADAME MERLANDIER.
Rien! je viens prendre mon fichu.
BOISFLOTTÉ.
Mais VOUS m’avez loué ce meuble.
MADAME MERLANDIER.
' Eh bien! quoi?... je vous laisse le tiroir du haut.
BOISFLOTTÉ.
Et vous prenez les deux autres?
MADAME MERLANDIER, rentrant chez elle arec son fichu.
Allez toujours, je ne regarde pas.
BOISFLOTTÉ , seul , outré.
Ah! (Reprenant en repassant ses rasoirs.) OÙ en étais-jc?... Ah!... (Avec enthousiasme.) Des chcveux... d’une longueur... à s’asseoir dessus!... Elle était brune... moi blond... l’amour se plaît dans les contrastes. — Elle fleuriste !... moi étudiant en droit. — Papa voulait me faire notaire... mais moi , entraîné par une vocation irrésistible... je me suis fait bonnetier à Seiilis (Oise), à l’enseigne du Bas galant!... je n’en rougis pas!... — Je suis riche .. mais seul... après vingt-huit ans d’exercice!... Alors un écho du passé a chanté dans mon cœur... l’image de ma Diane m’est apparue... un peu mûre, mais bien conservée... Les brunes se conservent parfaitement... Chère Didine... quel bonheur de la revoir!... d’en peupler ma solitude... et de lui faire soigner les quelques rhumatismes que j’ai reçus de la fraîche nature.
(il prend son petit pot à savonnette et son pinceau à barbe, et va prendre la casserole qui est sur le feu, qu’il croit contenir de l’eau chaude; il en verse dans son savon.) ^
TROPHIME , paraissant à la porte du fond, à part.
Prelotte!... encore là! (ll disparaît en refermant la porte.) ^ BOISFLOTTÉ, se retournant.
Hein?... qu’est-ce que c’est?... (il repose la casserole sur la malle qui est sur la table, et fait mousser le savon sans y regarder.) Allons!
allons! il s’agit de me faire une barbe de marié... et de courir aux renseignements chez mon vieil ami Rifolot , pharmacien , rue Maubuee... Avant de quitter Senlis, je lui ai envoyé l’ordre de mettre tous ses élèves en campagne pour dénicher Diane et lui remettre une letttre signée de mon petit nom d’Endymion... J’y ai joint le signalement exact... fleuriste, cinq pieds trois pouces... et une jolie petite groseille rouge dans sa salière droite!.». Je Ift vois encore! (il se barbouille du mon qui a> pria lacou-
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