‹ Une vieille lune vaudeville en un acteChapitre 9 sur 27 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

BOISFLOTTÉ, se retournant dans son lit.

Je lie tiens pas à savoir.

MADAME MERLANDIER. •

Alors, je leur donne des leçons de déclamation pour leur faire un sort au théâtre... Ils débutent samedi à la salle lyrique... le directeur du Luxembourg y sera.

BOISFLOTTÉ.

Tout cela m’est parfaitement égal ! Je vous prie seulement de tenir votre classe dans un autre local... j’ai payé celui-ci !

MADAME MERLARDIER, se levant.

Plaignez-vous donc ! je vous ai cédé ma plus belle chambre... mon propre lit... mes meubles... Je couche sur un lit de sangles dans un cabinet *. (s’aaseyant dans le fauteuil devant la cheminée.) Ah ! çà... j’espère que vous allez vous lever.

BOISFLOTTÉ.

Est-ce que vous allez rester là ?

MADAME MERLANDIER.

Tiens ! faut-il pas que je fasse votre feu... puisque je suis votre bonne... jusqu'à midi !...

BOISFLOTTÉ.

C’est juste !... c’est dans nos conventions.

MADAME MERLANDIER.

A midi précis... je reprends ma dignité... je redeviens votre propriétaire. Ainsi, dépêchez-vous de vous habiller. (Elle fait

le feu.)

Je n’ai pas l’habitude de me vêtir en public... vous me gênez, Madame, vous me gênez beaucoup.

MADAME MERLANDIER.

Ah! mon Dieu ! mon pauvre chéri !... à nos âges!

' BOISFLOTTÉ.

Comment! votre pauvre chéri! Sachez, Madame, que je n’ai que cinquante-trois ans!...

MADAME MERLANDIER.

Vous les paraissez! Moi j’en aurai trente-six à la saint Polycarpe!

BOISFLOTTÉ.

Vous ne les paraissez pas ! — Eh bien ! ce feu ?

MADAME MERLANDIER.

Il se fait ! (a pari, mettant du bois.) Bah ! Je vas fourrer encore une bûche ! ça flambera plus vite.

BOISFLOTTÉ.

Il me semble que vous mettez beaucoup de bois.

madame MERLANDIER.

Dame ! ça chauffe mieux, (a part.) Et ça ne me coûte plus rien.

' BOISFLOTTÉ.

Je vais sortir... il est inutile de... bdnrrefla cheminée.

MADAME MERLANDIEh.

Mais moi, je reste à la maisoii... et vous n’avez pas envie de l'aire gelet vos dOinèstifjiies, j’espère. ,

BoisKI.OTTÉ, impatienté.

Allons ! mettez-moi de l’eau chauirer poüf ttia bàrtjè, et rentrez chez vous.

MADAME MEBl.A?iD)Ëtt, se levant et allant prendre le lait sur la table i droite.

Tout de suite, mon bijou!

BOISFt.OTtÉ.

Sort bijou ! elle est d’une familiarité!...

MADAME MERI.ANDIEH, revenant à la cbeininée.

Vous ne vous levez pas ?

BOISFI.OTrÉ, appuyant. '

Pas devant vous!

MADAME MF.RUNDIEh, k part.

C’est un chevalier de Malle! — Tiens ! je n'ai qu’une casserole... Ma foi ! tant pis pour son eau... inôn chocolat d'àbord. ! j’ai des tiraillements. (Elle met le chocolat et le lait dans la casserole, et la place sur le feu.)

Voyons, est-ce fait?

MADAME MERLANDIER.

Ça chauffe... (Bile tourne son chocolat.)

BOISFLOTIÉ.

Dépéchons-nous... il faut que je sorte... Je ne suis pas venu à Paris pour rester dans mon lit.

MADAME MERLANDIER, se levant. ^

Tiens... au fait!... Pourquoi donc que vous y êtes venu à Paris?

BOISFLOTTÉ.

J’y suis venu.,, pour m’habiller quand vous voudrez bien le jierincttre.

MADAME MERLANDIER.

On s’en va. Le temps de donner un coup de plumeau. Ah! c’est que je suis madame Propi ette, moi ! (Faisant tomber un sucrier en époussetant sur la commode.) Ah !

BOISFLOTTÉ.

Bien ! cassez la vaisselle !

AlADAME .AIERLANDIER.

Oh! ce n’est qu’un sucrier, (a part.) Il était félé! (Haut.) C’est un accident!

BOISFLOTTÉ.

C’est votre affaire.

MADAME MERLANDIER.

Ah! ben par exemple! c’est bii n la vôtre!

La mienne !... ^

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