‹ Une vieille seigneurie, Boucherville [microforme]Chapitre 18 sur 90 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

is de tout Boucher, | ublia en véritable w PAYS de nseigneur 6 à faire

kg l'ESSOUT-

er l’attencette fille htaines du

Saint-Laurent. la France nouvelle devait vivre

ou périr, selon qu'elle serait secourue ou abandonnée par sa mère. En disant ce qu’elle était, M. Boucher dit aussi ce dont elle avait besoin. Son livre a continué son ambassade ; il n’a pas été étranger à l’envoi des troupes et des autres secours nécessaires, pendant un demi-siècle après sa publication. On s'étonne même de l’apathique ignorance qui nous a livrés à l'Angleterre, après les renseignements favorables qu'il avait donnés sur notre pays. :

Nos principaux historiens ont souvent puisé dans cet ouvrage judicieux ; nous voyons dans le P. de Charlevoix. dans l'abbé Ferland et dans Garneau un grand nombre de citations qui en ont été tirées. L'épitre dédicatoire est datée de la ville des Trois-Rivières, en la Nouvelle-France, le 8 octobre 1663. L'auteur y déclare son désir de faire connaître ce qui est “de la gloire du roy et des intérêts de la France,” et de répondre plus au long aux nombreuses questions que Sa Majesté lui a faites sur le Canada, durant l'entretien de trois quartsd'heure qu Elle a bien voulu lui accorder. L'esprit chrétien dont il était animé brille dès les pages de l'avant-propos. Son premier soin, comme celui de tous les principaux fondateurs de la Colonie, était de

n'avoir pour colons que des gens de bien, hommes de dévouement, de courage, de vertu et de mœurs irréprochables. Pour que les générations canadiennes fussent vigoureuses et fécondes, il fallait que la source en fût pure.

“ Les gens de bien peuvent vivre icy bien contens, dit-il, mais pas les méchans, vu qu'ils y sont éclairez de trop près : c'est pourquoy je ne leur conseille pas d'y venir, car ils pourraient bien en estre chassez et du moins estre obligez de s'en retirer comme plusieurs ont déjà fait ; et ce sont ceux-là proprement qui décrient fort le Pays, n’y ayant pas rencontré ce qu'ils pensoient.”

Pour rassurer les Français, que la seule pensée de notre hiver faisait frissonner, M. Boucher avoue que le froid y est un peu aspre, maïs qu’il n'est pas

toutefois désagréable : “c'est un froid qui est guay,

et la plupart du tems ce sont des jours beaux et sereins et on ne s’en trouve ancunement incommodé,. On se promène p: s neiges par le moyen de certain s tes par les Sauvages, qu'on appel. Raqi ces, qui sont fort commodes. En vérité les neig: : sont icy moins importunes que ne le sont les bouës en France.” (st dans ce langage simple, tout débordant de « érité, que l’au-

nues œurs canaallait

ntens, sont r con- 1 estre retirer eux-là ant pas

nsée de avoue est pus t guay, baux et modé.

moyen uvages, modes.

nes que ce lane l’au-

teur décrit les principaux endroits du pays, “les forests où les arbres sont gros et hauts extraordinairement,” les richesses du sol de ces immenses plaines, que l'froquois encore indompté force de laisser incultes ; les grands bois de chesnes, chastaigniez, noyers, hestres.... qui bordent les rivières et les lacs, où abondent le castor, l’orignal, le lièvre, la loutre, le chevreuil, les oiseaux de toutes grandeurs et de tous plumages. Il décrit de même les beautés du printemps, la rapidité de la végétation et l’admirable fécondité de “la terre parée d’un beau verd ” et du bled semé das la fin d'avril.

Si la brochure de M. Boucher, écrit l’abbé Ferland, eût été répandue en France dans les provinces de l’ouest, elle aurait pu décider bien des personnes à traverser la mer, pour se créer un patrimoine sur les bords du Saint-Laurent ! Qu'étaient donc devenues ces pages, quand nos derniers défenseurs, abandonnés, mouraient de faim ou succombaient dans d’héroïques combats, sous les gros bataillons de leurs ennemis ? Avaient-ils lu cette histoire de leur compatriote les français qui dédaignaient nos

quelques arpents de neige? L'avaient-ils cachée à

1 Histoire du Canada, t. I, p. 477,

56 UNE VIEILLE S£IGNEURIE

Louis XV pour ne pas troubler ses ignobles plaisirs ? Ou bien, Dieu permit-il cet abandon pour notre bonheur ?

Rappelons maintenant la dernièré œuvre de M.

Boucher, celle où son âme se révèle toute entière avec ses admirables qualités de père chrétien : ses

adieux à sa famille, le testament de son cœur.

Epuisé par le travail et ses quatre-vingt-quinze

ans, le saint vieillard sentait que sa vie, dont tout le cours avait été limpide comme les eaux du grand fleuve qui coulait au pied de son manoir, allait bientôt se perdre dans l'océan éternel, où tout retourne et se confond. Toutes ses années n'avaient été qu’une préparation à ce sacrifice suprême.

En voyant l'éternité de plus près, il comprit mieux encore que “la piété est le tout de l’homme 1 Il s'y adonna avec toute la ferveur de ses aspirations, étant parfaitement libre enfin, “ d’estre à Dieu d’une façon toute particulière. ?”

Nous voudrions avoir plus de détails sur ces derniers jours si pieusement écoulés. Ah! si nous pouvions évoquer tous les souvenirs de ce coin de

terre que baignent la Sabrevois et le Saint-Laurent,

1 Bossuet, Oraison funèbre de Condé.

aisirs ?

notre

» de M.

entière en: ses ar.

-quinze t tout le u grand x, allait tout reavaient me.

comprit »mme |” s aspira-

re à Dieu

ces dersi nous coin de

Laurent,

les murs de l'antique manoir que les maïns du pieux seigneur ont bâtis, de combien de révélations nous serions les confidents édifiés !

Nous avons du moins ses adieux et ses derniers

conseils. Un manuscrit précieux les conserve ; c’est

un héritage bien cher que les descendants de M.

Boucher se transmettent de père en fils.

La tendresse de l'époux, l'amour du père, la sa-

gesse du vieillard, ne s’y manifestent pas moins que

la foi sincère du chrétien. Ce sont les derniers

rayons du soleil d'un long jour, se couchant serein,

et étincelant encore dans sa majestueuse sérénité. Cet écrit, que nous reproduisons, M. Boucher

l'adresse à sa fille Geneviève, religieuse ursuline,

sous le nom de mère Saint-Pierre ;—mais il était

déjà rédigé depuis assez longtemps, quand il lui fut

communiqué. La famille l'appelle

Les adieux du Grand-Père Boucher.

“IT fut un temps (et non pas éloigné encore) dit M. Jacques Viger, dans une lettre au R. M. Maguire, que cet écrit était lu en entier, annuellement, en famille et à genoux |,”

1 Lettre du 22 janvier 1841, citée dans l'Histoire des Ursulines de Québec, t. IT, p. 92,

Page 1