‹ Une vieille seigneurie, Boucherville [microforme]Chapitre 48 sur 90 · DERNIÈRES ANNÉES DE M. PEPIN · texte numérisé non relu

DERNIÈRES ANNÉES DE M. PEPIN

L'organisation de cette fête fut à peu près la dernière à laquelle M. Pepin prit une part active. Sérieusement malade durant plusieurs semaines de son séjour à Rome, il en était revenu avec une santé délabrée. Quelques mois après son retour, il s’en remit du soin de sa paroisse au R. M. Lussier.

Ce jeune prêtre, récemment arrivé lui-même de Rome, où il avait accompagné les Zouaves pontificaux, en qualité d’assistant-aumônier, demeura à Boucherville jusqu’à la mort de M. Pepin !.

Fils d'une vertueuse et pauvre famille de Boucherville, il doit à la protection de M. Pepin d'avoir

fait ses études classiques. Ce qu'il a dit de son

1 En1878, M, Lussier fut appelé à l'évêché de Montréal, nommé chanoine par Mgr Fabre, préposé à la cure de Saint-Henri des Tanneries, puis à celle de Contrecœur, et enfin à celle de Beauharnois, où il réside encore,

bienfaiteur et ce qu'il a fait pour lui, prouvent plus encore l'affection d’un fils que la reconnaissance d'un protégé. A ce sujet, citons en partie une de ses lettres, adressée à M. le chanoïne Hicks :

“ C’est à ce prêtre vénéré, dit-il de M. Pepin, que je dois d’être ce que je suis ; sans lui, je ne pourrais pas dire ce que tous les jours je redis avec tant d'amour et de reconnaissance au Dieu bon: De stercore erigens pauperem, ut collocet eum cum principibus populi sui. (psaum. 112.) J'étais, en effet, un pauvre qui n'avait d'autre mérite que d’aimer beaucoup à servir la messe basse. Mais je me trompe, j'avais, aux yeux du bon prêtre, un grand mérite, car Dieu m'avait fait lon d’une bonne mère, ce n’est pas assez, je devrais dire d’une sainte mère. Elle aurait voulu un prêtre dans sa nombreuse famille, un prêtre qui pût la consoler dans sa vieil-

lesse, l’assister dans ses derniers instants ; ses vœux

devaient être oxn elle n'en devait pas voir la com} Lo car cet enfant qui devait être pre re, n'ét ut encore que diacre, quand Dieu la rappela à | Que Dieu bénisse ma pauvre mère, c'est elle qui me valut protection si

honorable du curé qu’elle vénérait

“ Sans m'en rien dire, elle s'ouv. un jour à ce

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dernier de ses projets d'avenir, M. Pepin ne lui donna pas de réponse immédiate, Mais quelques jours après, un matin que je venais de servir la messe, je me le rappelle comme si c'était hier, M. le curé m'appela à lui et me dit :—Mon enfant, aimerais-tu à aller au collège ?—Oh ! oui, M. le curé, mais il n'y a pas à y songer, nous sommes trop pauvres.—Voudrais-tu faire un prêtre ? J’avouerai ici que je répondis oui, de tout mon cœur, sans savoir si c'était bien là mon désir—Eh bien! mon enfant, dis à ta mère qu’elle prévare tes effets, tu iras au collège.

Je ne pensai même pas à remercier, mais je partis à toutes jambes, pour porter à ma mère la bonne, l’heureuse nouvelle, Je croyais bien la faire rire, elle se mit à pleurer. L’excès du bonheur, dans une âme sensible, se traduit plus souvent par les pleurs que par les ris Maïs comme j'ignorais alors cela, je me mis à pleurer avec ma mère.—Mon enfant, me dit-elle alors, en essuyant ses larmes, tu aimeras beaucoup ton protecteur, tu prieras bien le bon Dieu pour lui. Et pourrais-je oublier cette recommendation, quand de nouveaux bienfaits viennent chaque jour m'imposer le doux devoir de la reconnaissance ?

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“Je vous le demande, vous qui avez éprouvé la même faveur, pouvez-vous ne pas aimer, ne pas prier le bon Dieu de bénir celui qui va vous prendre par la main, pour vous retirer d'une condition obscure, et vous donner le plus grand de tous les bienfaits, celui qui vaut mieux que la fortune la plus brillante, le bienfait de l'éducation ©

“ Mon histoire, à quelques variantes près, est celle de beaucoup d’autres, qui ont reçu de la même main, les mêmes bienfaits... .”

Avec de pareils sentiments de gratitude, où conçoit le bonheur de M. Lussier, de pouvoir alléger les travaux des dernières années de son bienfaiteur.

Cependant. même avec ce sage auxiliaire, le vénérable curé garda L: haute direction de sa paroisse. Ses membres affaiblis n'avaient pas refroidi son cœur, son intelligence était encore dans toute sa vigueur, les années n’y avaient laissé, pour trace de leur passage, que la sagesse de l'expérience. Mgr Bourget, le nommant vicaire-forain, en 1873, prouvait combien il était encore utile au diocèse. Cette dignité fut suivie d’une autre, et le 8 octobre 1874, il était créé chanoine honoraire de la cathédrale de Montréal. La lettre par laquelle Monseigneur de Montréal lui conférait cette seconde dignité, lui

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arriva le jour même de ses noces d'or. C’est ainsi que Mgr Bourget, retenu à l'évêché par la maladie, participa au cinquantième anniversaire de prêtrise de son vénérable ami.

Ce fut Monseigneur de Saint-Boniface, qui fit la lecture de cette lettre, au diner, en présence de Mgr Fabre, de Mgr Ryan, évêque de Buffalo, et de tous les convives, prêtres et laïques. L'incident fut aussi joyeux qu'inattendu.... “Je m'associe de grand “cœur, disait Mer Bourget, à toutes les jubilations, “à toutes les ovations, à toutes les émotions de ce “jour plein de souvenirs pour vous, et pour tous “ceux qui vous ont toujours aïmé, et qui vous ai- “ment plus que jamais. Veuiliez accepter la pré- “sente, quoique écrite à la hâte, comme l'expression

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‘“shmple et naïve, d'un ancien compagnon de collè “d'un confrère affectionné, et d’un évêque sincère- “ment dévoué. Afin de resserrer de plus en plus “les liens qui nous unissent, je vous adresse ci- “jointes des lettres de chanoiïne-honoraire, et afin “que nous puissions terminer nos jours en chantant “ensemble les cantiques du Seigneur, pour les con-

“tinuer pendant toute l'éternité... .” 1,

1 Ze Franc-Parleur, octobre 1874,

La fête fut édifiante et joyeuse ; M. Pepin, malgré sa faiblesse, officia à la grand’'messe, assisté d’un diacre et d’un sous-diacre, ct servi par quatre pré-

tres nés à Boucherville ; Mgr Tach: fit le discours de circonstance. Sincère admirateur des vertus de M. Pepin, il n'eut qu'à épancher son cœur pour être éloquent ; il montra comment ce vétéran du sacerdoce, modèle de ses frères en apostolat, ce guide assuré des âmes, ce père des jeunes gens, des pauvres et des malheureux, ce prêtre toujours soumis à son évêque et portant cinquante années chargées d'œuvres apostoliques, méritait les dignités qui couronnaient son vieil âge, la vénération dont il était l’objet, des honneurs et des Jouissances tels qu'on pouvait bien en désirer pour lui, mais que Dieu seul saurait accorder.

La veille au soir de la fête, toutes les résidences du village avaient été brillamment illuminées. Les paroissiens avaient exprimé à leur pasteur, leur reconnaissance, leurs souhaits, et leur bonheur “de voir une carrière sacerdotale si bien remplie, se

prolonger heureusement et avec fruit, pour le bien

des âmes et la gloire de Dieu.” Ils lui présentèrent 1 A ; Edou en même temps, en don, cent trente-quatre piastres. Bouch

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Les jeunes gens de la paroisse lui offrirent, à leur

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lui Présentèrent, avec Dieu et une Couronne de abue de la sainte Vierge ; Souhaits, dans ayons le Passage sui-

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que signé par Mgr ‘honorable CE, de ts aux funédix-sept, nous, es voûtes de l'é.

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Son service et l’oraison funèbre qu'y prêcha Mgr Fabre, devant la foule émue des paroïissiens et des étrangers, furent une manifestation éclatante de l'estime dont il jouissait,

Quelques jours après, le 17 janvier, un autre service était célébré dans la chapelle du collège de Saint-Hyacinthe. L'éloge funèbre, prononcé cette fois par Mgr Joseph-Sabin Raymond, fut un pieux hommage de reconnaissance et d'adiriration rendu “à l'ami dévoué de l'éducation, au père de la jeunesse et au prêtre saint, modèle accompli de la

vertu sacerdotale.”

glise paroissiale de cette parvisse de la Sainte-Famille de Boucherville, dans un tombeau spécialement préparé pour lui, sous le sanctuaire, du côté de l’évangile, le corps de monsieur Thomas Pepin, Vicaire-Forain, Chanoiïine honoraïre de la cathédrale de Montréal et curé de cette dite paroisse depuis trente-six ans et quelques mois, et décédé sur icelle, dans la maison presbytérale, âgé de soixante-quinze ans et huit mois. Etaient présents l'honorable Charles B. de Boucherville, premier ministre de la Province de Québec, messire Pierre- Eucher Lussier, protégé et aide du vérnérable défunt depuis quelques années et grand nombre de prêtres amis du défunt, tant du diocèse de Montréal que de celui de Saint-Hyacinthe, lesquels ont signé, lecture faite. Le vénérable curé est décédé le vingt-neuf décembre dernier, sur les quatre heures de l'après-midi, “ ÉpouArD-Cns, Év. de Montréal.”

(Suivent les signatures de soixante prêtres.)

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