‹ Une vieille seigneurie, Boucherville [microforme]Chapitre 47 sur 90 · EE EE RE. EE · texte numérisé non relu

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226 * UNE VIEILLE SFIGNEURIE

ment à corriger un défaut de langue, mais à refaire un caractère inconstant et capricieux, si tel eût été celui de M. Pepin. Sa victoire sur ce défaut naturel fut si complète, qu'il n’y trouva aucun obstacle à sa prédication: “Le ministère de la parole qu'il a “ rempli, durant plus de 50 ans, a porté de beaux et “ d’admirables fruits. Sans avoir toutes les qualités “ qui forment l’orateur parfait, M. Pepin possédait un genre d'éloquence, à laquelle on ne résistait “ que difficilement : l’éloquence du cœur. Il avait “ au suprême degré le pectus quod disertos facit. “ Avec lui, il touchait, il remuait les consciences, il “ savait faire vibrer les fibres les plus délicates du “ cœur humain, pour le tourner ensuite à songer à “ Dieu et à la vertu !”

Son directeur spirituel n’eut aucun doute sur sa vocation ; le sacerdoce avait toujours été pour son vertueux pénitent, le terme de ses désirs, la grande faveur constamment sollicitée dans ses prières. Malgré les craintes que lui inspirait son humilité, en face de la prêtrise, il embrassa l’état ecclésiastique, en 1822, étudia la théologie au séminaire de Québec, et fut ordonné le 3 octobre 1824, par Mgr Plessis.

1 Annuaire, p. 326,

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Nommé vicaire dans la ville de Québec, il se révéla, dès les premières semaines, avec toutes les qualités d’un vrai ministre de Jésus-Christ. (C’est alors qu'il appliqua au bien, l’impétuosité de son caractère, l'amour de son cœur généreux, sa sensibilité et toutes les passions qu'il avait si bien domptées dans sa jeunesse, Charitable, il l’a été toute sa vie ; il a pratiqué l’aumôûône sous toutes ses formes. De ses épargnes, et l’on sait si les épargnes d’un vicaire doivent être modiques, il défraya la dépense du cours classique d’un jeune homme pieux, fils d'une pauvre veuve. Ce jeune protégé devint prêtre, de même que la plupart de ceux dont M. Pepin se fit le bienfaiteur.

En 1827, les cures de Saint-Jean-Deschaillons et de Saint-Pierre-les-Becquets devinrent vacantes ; et comme il s'était élevé, dans cette dernière paroisse, des dissentions à propos de la construction d’une église, l'évêque de Québec envoya M. Pepin à ce poste difficile, avec la charge de desservir les deux paroisses. Il avait alors vingt-six ans; il répondit parfaitement à la confiance de son évêque, et réussit, par sa prudence, ses sages lenteurs et surtout par sa piété, à rétablir la paix au milieu de tous ses

paroissiens.

Après six années passées dans l'exercice de ce ministère, un nouveau sacrifice fut demandé à sa générosité : celui de quitter son diocèse pour passer dans celui de Montréal. C'était exiger de lui bien des séparations pénibles, maïs la manifestation d’un simple désir de son évêque suffit à l'y faire consentir.

Mgr Lartigue le nomma à la cure du Sault-au- Récollet, en 1833; puis, en 1836, le préposa à la desserte de Saint-Roch-de-l'Acnigan, autre paroisse en proie aux divisions intestines. Là, comme à Saint-Pierre-les-Becquets, son œuvre de pacification fut complète. En 1837, il obtint l’amnistie pour plusieurs de ses paroïssiens, qui s'étaient compromis malgré lui dans l'insurrection ; et dans une entrevue avec Lord Colborne, il fit révoquer l’ordre, que ce gouverneur avait donné à ses troupes, de dévaster la paroisse de Saint-Roch.

De là, M. Pepin fut appelé, en 1840, à la cure de Boucherville, où il demeura jusqu’à sa mort. “Il n’a cessé d'y jouir de l'estime, de l’amour, de la vé- * nération et de la confiance de tous ses paroissiens. Los enfants, les pauvres gens, le regardaient. comme un père, les vieillards comme un guide sage et

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surtout l’aimaient et redoutaient l'instant où il s'éloignerait d'eux.” Nous avons dit plus haut, au cours chronologique de notre récit, les premières œuvres de son zèle dans cette peraisse,

La vénération dont il était entouré lui permit de recourir souvent à la générosité de ses fidèles ouaïlles ; il le fit avec prudence et jamais en vain. C'est ainsi qu'il vint en aide à plusieurs familles indigentes, et qu'il réunit les fonds nécessaires à l'achèvement du décor de l’église,

En 1845, il fit l'achat de quatre cloches. Elles furent bénites le 16 septembre, par Mgr Jean- Charles Prince, coadjuteur de l'évêque de Montréal. Ce fut une brillante solennité religieuse, et l’occasion de dons généreux de la part des parrains, des martaines, des marguilliers et de plusieurs autres paroissiens *.

1 Ces quatre cloches furent baptisées sous les noms de Marie-A mélie, de Marie-Thaïs, de Marie-Eloïse et de Marie-Louise, Les parrains et marraines respectifs de chacune d'elles furent : le R. M. H. Tessier, prêtre, et Mme Amélie Sabrevois de Bleury, épouse de l'honorable Pierre de Boucherville ; M, Joseph-Antonin de la Broquerie et Mme Louis Lacoste ; M. Joseph Jodoin et Mine Jean-Baptiste Jodoin ; M. Jacques Audet et Mme Augustin Quintal.—Les quatre cloches avaient coûté $1,000, La première Marie- Amélie, ayant été brisée, en 1877, fut envoyée à Londres et échangéce pour une nouvelle, Nuus retrouvons dans les registres de la paroisse l'acte suivant, signé par Mgr Taché,

‘ Le vingt juin, mil huit cent soixante-dix-huit, nous, soussigné,

La même année, Mgr Gaulin, évêque de Kingston, consacra dans l’église de Boucherville un nouveau maître-autel, auquel furent attachées, en vertu d'un indult obtenu par Mgr l’évêque de Montréal, toutes les indulgences, dont jouissait l'autel brûlé en 1843. Or, à ce dernier, Mgr Plessis, usant du pouvoir que lui avait accordé Pie VIT, avait attaché l’indulgence perpétuelle, en faveur des âmes du purgatoire, pour toutes les messes qu'on y céicbrerait,

‘* Archev:que de St-Boniface, avons béni solennellement, avec les ‘* cérémonies et rites marqués au Pontifica! Romain, et ce en pré- ‘* sence d’un grand concours de fidèles, dans l’église paroissiale de la ‘ Ste-Famille de Boucherville, une cloche du poids de huit quintaux ‘et quatorze livres, sortie de la fonderie de MM. Mears et Stams- ‘bank, de Londres, et destinée à l'usage de la dite église en rempla- ‘ ce'nent d’une cloche de même pesanteur et proportion, qui avait été ‘cassée. Laquelle nouvelle cloche, nous avons bénie comme dit ci- “ dessus, sous les noms de Marie-Joseph-Émilie-Alexandre, et a été ‘“ présentée par l'honorable Charles de Boucherville et sa Dame. MM. ‘’ Benoit, M. P. et sa Dame, L. Massue, Ecr, et sa Dame, Paul Lus- ‘* sier et sa Dame, agissant comme parrains et marraines. En foi de ‘* quoi nous avons signé, ainsi que MM, les parrains et marrairics ‘* sus-nommiés et autres assistants à la cérémonie.”

t ‘* Alex., Archevèque de £t-Boniface.”

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1*/2ve8 SECONDE MISSION DES RE. PP OBLATS de Nous savons quelle affection léConnaissante les one RR. PP, Oblats S étaient Sagnée, dans le Cœur des quintaux citoyens de Boucherville pendant la retraite de Non L 1842, Ia SOUvVenir en était encore vivace, Quand nn le R. M. Pepin résolut d'en renouveler les fruits se M, dans sa Paroisse, C'était en 1862, Les âmes étaient Le | Parfaitement disposées à recevoir la semence de la marraitics Parole divine. Le travail des Pères Consista Moins, hs Cette fois, à Opérer des

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Immaculée et les famiiles de Boucherville, étaient plus étroites encore, depuis que Mgr Taché, l'honneur de cette paroisse, faisait aussi l’honneur de sa congrégation. Rappeler le nom d’Oblat à ces chrétiens, c'était rappeler celui de l’illustre missionnaire eb archevêque; et ce nom était pour eux synonyme de vertu, de patriotisme, de grandeur, de sacrifice. üe sainteté dans l’apostolat.

Ces sympathies servirent puissamment à l’efficacité de la prédication : on ouvre volontiers son cœur à ceux qu'on vénère comme des saints. La parole des missionnaires pénétra sans obstacle dans ces âmes chrétiennes et y produisit des effets durables de piété,

C’est toujours un spectacle touchant que la cliture d’une mission, Toute une paroisse réunie autour de ceux qui lui ont annoncé les grandes vérités de l'Évangile, entend leurs derniers conseils, et sent battre tous les cœurs purifiés, dans les mêmes sentiments de gratitude, d'espérance, de joie et d'amour de Dieu. Il se fait alors des actes de vertu, dont le ciel doit se réjoui: ; il coule des larmes, dont le souvenir est celui des plus heureux moments de la vie ; il se prend des résolutions, qui feront bien

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Boucherville voulut, en cette circonstance, donner un témoignage public de reconnaissance aux RR. PP. Oblats, et leur promettre ce qu'il y a de plus consolant à des cœurs d’apôtres: la persévérance dans la vertu. “Nous savons bien, leur disait M. Charles B. de Boucherville, dans une adresse présentée au nom des pères de famille, que vous ne cherchez pas dans ce monde la récompense de votre dévouement ; néanmoins permettez-nous d’espérer que ce concert de reconnaissance, qui s'élève vers vous, ne vous trouvera pas indifférents. Missionnaires, vous avez quitté la vieille France pour venir dans la France nouvelle répandre les bénédictions, dont Dieu vous à fait les dispensateurs ; puissiez-vous longtemps encore faire le bien dans notre cher Canada ; et que le souvenir des heureux fruits de cette retraite soit pour vos cœurs de prétres un parfum de consolation, comme pour nous il sora un motif puissant de persévérance, dans les bonnes résolutions que vous nous avez fait prendre.”

Parlant au nom des jeunes gens, M. Alexandre Lacoste leur disait à son tour :

“ Soyez toujours fidèles, nous avez-vous dit, la dernière fois que vous êtes monté dans la chaire.

Eh bien ! nous vous disons avec toute l’ardeur de

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notre âge, afin que cette parole soit contre nous, si jamais nous nous écartons du chemin de la vérité : cette religion que vous nous avez prêchée, nous avons cru la comprendre ; nous l'avons comprise : ce Christ, cette Vierge que vous avez proclamés, nous les aimons. Cette croix, elle est la nôtre, elle est notre signe de. ralliement. :

‘ Oui, nous voulons que la religion conduise la charrue du laboureur, dirige l'épée des combattants, inspire la plume de l'écrivain, afin que tous servent la patrie, cette terre privilégiée que Dieu nous fait aimer plus que toute autre,

“ Nous sommes fiers de dire cette parole dans cette enceinte sacrée, dans ce temps d’incrédulité, où l’apostolat laïque doit plus que jamais seconder le prôtre.”

On sent à ce langage l’enthousisme de la jeunesse, mais ceux qui avaient vu se presser autour de Îa chaire tous les jeunes gens de la paroisse, ne doutaient nullement qu'il ne fût l’expression sincère de leurs sentiments.

“ Le prêtre ! ajoutait M. Lacoste, vous nous avez retracé ses bienfaits pour l'humanité. Le prêtre ! aujourd’hui plus que jamais nous apprenons à le vénérer dans le chef auguste de la Catholicité, dans

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le Vieillard du Vatican, si indignement persécuté, dans ses illustres défenseurs, dans ces hommes d'élite qui abandonnent tout, patrie, parents, amis, pour le salut de leurs frères. Depuis longtemps nous apprenons à le respecter, à l’aimer, nous lui avons donné notre confiance, dans la personne de notre Pasteur......

“,,.... La jeunesse surtout a besoin du prêtre ; c'est à lui qu'elle va demander des conseils éclairés ; c'est lui, qui lui communique le courage pour accomplir sa mission. .....”

Parlant de cette retraite, le R. M. Pepin disait, qu'elle restait comme une des plus douces consolations de sa vie. “Je suis heureux, répétait-il, la charité règne parmi mes paroissiens.” Cette parole fait également connaître la piété du curé et celle

des paroïissiens.

Huit ans après, M. Pepin préparait à sa paroisse une fête d’un autre genre, et féconde aussi en fruits spirituels, |

Il avait fait, en 1869, le voyage de Rome, en compagnie de Mgr Bourget et de Mgr Désautels, et était revenu le 29 septembre 1870.

Pendant son séjour dans la ville éternelle, le pape

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lui fit le don précieux du corps de saint Généreux,

relique C’un martyr que l’on avait extraite des ca-

tacombes. Le pieux curé voulut en faire la translation à l’un des autels de l'éylise, avec tout l'éclat possible. Mgr Taché célébra la messe ; trente prétres prenaient place au chœur, plusieurs citoyens distingués et une foule nombreuse encombraient la nf !

Ce jour-là, commença avec la première cérémonie

religieuse en l’honneur de ce glorieux martyr, la g =

longue série des faveurs du ciel accordées aux d fidèles de Boucherville, par son intercession. Les S reliques reposent encore, dans une châsse richement s(

ornée, sous l’autel dédié à Notre-Dame de Lorette.

1 L'acte de cette translation est inscrit aux registres: ‘Le six août, mil huit cent soixante-dix, nous, soussigné, Alexandre Taché, R évêque de Saint-Boniface, avons présidé à la translation solennelle du à corps de saint Généreux, martyr, avec la fiole de son sang, qui a été fic, extrait des catacombes de Rome...”

Au bas de la signature de Mgr Taché, suivent celles des prêtres présents à la cérémonie,

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