IT M. PIERRE BOUCHER
On n'écrit pas l’histoire de Boucherville, même dans un très court sommaire, sans résumer au moins celle de son pieux fondateur. On ne saurait examiner la solidité de cette fondation, sans rencontrer partout l’action de la maïn qui en a posé les pierres angulaires.
L'œuvre du sieur Pierre Boucher, seigneur de
Boucherville, est de celles qui durent; et c'est en apprenant comment il a procédé, que ceux qui continuent cette œuvre la perfectionneront, en l’affermissant toujours sur les fermes et catholiques bases
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Plusieurs historiens et entre autres—nous nous plaisons ici à leur en donner crédit—le judicieux auteur de l'Annuaire de Ville-Marie et celui des Grandes Familles françaises en Canada, nous
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serviront à faire connaître davantage ce grand patriote et grand chrétien. Nous avons aussi en mains des Mémoires et autres manuscrits du fondateur de Boucherville, qui nous permettront d'ajouter à ce qui a été dit sur sa vie, de corriger même certain écrivain, qui s'est donné l’inexcusable liberté de changer l'expression de ces vieux documents, de les remanier, au point de faire disparaître presque entièrement le charme de ces pensées simples mais visoureuses, sous le vêtement d'un style moderne, Il a cru faire honneur à l’auteur, en le faisant s’exprimer comme on ne s'exprimait pas de son temps. Il a même été jusqu'à omettre, ça et là, des phrases importantes, à sauter par-dessus des alinéas, sans aucune note explicative.
C’est cependant ce texte défiguré et tronqué, que des guillemets et des titres en vedette nous feraient
prendre pour celui du sieur Pierre Boucher.
Un prêtre distingué du diocèse de Montréal disait un jour, en parlant du vénérable fondateur: “Si Jamais je puis avoir assez de loisirs, j'écrirai la vie de ce saint.” La vérité de cet éloge vaut tout un livre. Tout ce qu'on peut y ajouter, n’en saurait être que le commentaire.
M. Boucher se doit à lui-même sa gloire et ses
titres de noblesse. Il n'avait que treize ans, quand il quitta le Perche, en compagnie de son père, pour venir s'établir dans la Nouvelle-France.
Au commencement de l'été de 1635, son vaisseau abordait devant la jeune cité de Champlain. Il eut alors le bonheur de voir, quelques semaines avant sa mort, le célèbre fondateur de rotre vieille capitale.
Deux jésuites, les PP. Jérôme Lalemant et Buteux, qui venaient dépenser leur vie, comme plusieurs de leurs frères, sur cette terre de l'Amérique du Nord, firent avec lui la traversée !. Cette coïncidence eut sur toute sa vie une grande influence.
‘Plus encore que leur science, la mortification, la modestie et le dévouement de ces religieux, avaient touché son jeune cœur. Il se sentit attiré vers eux, s'instruisit de l’histoire de leur Compagnie, et vou-
lut avoir toujours un Jésuite pour directeur.
1 Le P, Jérôme Lalemant fut, ainsi que son frère Charles, supérieur des missions de la Nouvelle-France durant plusieurs années. Il était j'oncle du P, Gabriel Lalemant, compagnon martyr du P. de Brébeuf. Le P. Jacques Buteux se rendait chez les Attikamègues, en remontant le Saint-Maurice, quand lui et ses compagnons furent investis par une bande d’Iroquois, ‘à l'endroit où la rivière va tombant dans des précipices.” Le Père tomba blessé de deux balles à la poitrine et d'une autre au bras droit, Les barbares se ruèrent alors sur lui et l'assommèrent à coups de hache. On montre encore l'endroit où l’on croit qu'il expira,
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Rien ne témoigne mieux de la piété tendre qu'il avait envers les bienheureux de leur Ordre et surtout envers saint Jean-François Régis et le P. de Brébeuf, que le recours fréquent à leur médiation, et les conseils qu’il donnait à ses enfants ?.
Les relations fréquentes qui existaient alors entre les sauvages et les habitants de la nouvelle colonie rendaient nécessaires les services des interprètes. C'était le temps où chaque colon était à ia fois défricheur, soldat et apôtre.
M. Boucher se condamna à quatre ans de vie “dans les Pays d’'Enhaut, chez les Sauvages nommés Hu-
1 Sur l'un de ses manuscrits, intitulé :