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l'on à fait magnifiquement l'éloge d’un prêtre, en affirmant qu'il l’a dignement accomplie.
Dire sommairement ce qu'est cette œuvre, sera résumer la vie de M. Primeau.
Habitués que nous sommes au ministère du prêtre et à ses bienfaits, nous ne les voyons plus, souvent, qu'avec indifférence. La répétition des mêmes faveurs, comme celle des mêmes spectacles, finit par n'être plus remarquée. Le canadien élevé sur les bords du Saint-Laurent, ne remarque ::1..: naesté de son cours, pas plus que le colon des Laurenvides ne s'étonne devant les pics élevés de ses montagner, pas plus que nous nous étonnons devant les bienfaits et les beautés qu'offre régulièrement, à son tour, chacune des quatre saisons de l’année. C’est
encore une de nos faiblesses, de considérer presque
comme due, une faveur longtemps renouvelée. Un
bienfaiteur trop assidu nous semble obligé de l'être.
C’ess là, trop souvent, notre disposition, à l'endroit de nos curés. Ils nous ont habitués au spectacle sans cesse reproduit de leur dévouement. Leurs vertus n'ont plus souvent que des témoins indifféreuts ; eb grand nombre de chrétiens reçoivent comme leur dû, les fruits de leurs généreux apos-
tolat, D'aucuns même les reçoivent, et murmu-
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rent; d'autres les méconnaissent, d’autres les méprisent.
Que nos curés soient aujourd'hui ce qu'ont été leurs prédécesseurs, personne n'en doute. Or, il n'est pas un de nos patriotes chrétiens qui ne soit fier des premiers prêtres, qui ont arrosé notre sol de leur sang ! Pas une bouche canadienne et catholique qui n'ait redit le glorieux mérite des curés, gardiens et sauveurs de notre nationalité, après la cession du Canada. Mais cette œuvre de salut, continuée aujourd'hui par d’autres prêtres et d’autres curés, excite-t-elle la même chaleureuse reconnaissance ? Et pourtant n'a-t-elle pas le même mérite ? Sait-on combien de temps durercit la foi de notre peuple, et notre peuple lui-même,
puisque l’un ne peut vivre sans l'autre, —si l’on éteignait, à la fois, ces fovers de churité, de morale et de vérité, que nos curés entretiennent au centre de nos paroisses ? S'ils n'étaient là pour faire vivre les âmes, croit-on que notre société vivrait longtemps ?
Chez nous, comme chez tous les peuples, aujourd’hui comme toujours, règne le génie du mal avec sa hideuse progéniture, l’orgueil, l'ignorance, la haïne, le blasphème, l'astuce, l'injustice, l’immoralité.
A l'encontre de cette puissance de perdition, il faut
celie qui fait aimer et bénir, qui enseigne l'humilité, la justice, la franchise, la pureté. Pardonnex, consoler, cicatriser, guérir, sauver, sont des biens nécessaires partout où sont l’offense, l'égoïsme, les plaies, les maladies, la mort. Au chrétien qui sort de cette vie, il faut quelqu'un pour ouvrir la porte du ciel: cest l’œuvre du prêtre. On peut s’y habituer et la voir d'un œil indifférent, on ne lui enlèvera jamais sa sublime grandeur. Une vie qui s'y est fidèlement employée, est une vie toute de dévouement et de charité ; et c’est Bourdaloue qui a dit : “ Dévoucment et charité, voilà ce qui fait le héros.” Cet héroïsme n’exige ni l'éclat d’un grand théâtre, ni celui d'un grand nom ; il peut se trouver au fond de la plus obscure paroisse. Si le monde l'ignore, tant mieux ! Dieu le connaît, c'est assez.
Voilà la mission remplie par M. Primeau, et voilà son éloge.
Quatorze ans de ministère à Sherrington, y ont laissé des traces profondes de son zèle. Là, comme partout, il fut actif, el son ingénieuse bonté sut toujours lui charg ,
mains de dons, et ie cœur de paroles consolantes.
er également, et pour tous, les
Dans cette paroisse, pauvre alors, où se trou-
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DEUX ANNIVERSAIRES 3b9
les fonds nécessaires à la réparation de l’église, à la construction d’une sacristie et d’une école. Sa mémoire y reste attachée, comme elle est inscrite dans le cœur des fidèles paroïissiens. Quand il retourne à Sherrington, c'est encore aujourd'hui fête de famille. On le reçoit comme un père.
A l'automne de 1869, M. Primeau partit pour un long pèlerinage en Tverre-Sainte. A Noël, il était arrivé à Alexandrie et avait “le bonheur de célébrer la naissance de l’'Homme-Dieu dans le pays qui donna ur asile à la Sainte-Famille,” contre la fureur du cruel Hérode. Six jours après, dans une lettre signée sur le tombeau même de Notre-Seigneur, il exprimait les vives impressions de son cœur dans cette visite des lieux saints et pendant le saint sacrifice de la messe, qu'il célébra au Saint-Sépulcre. “ Quelles émotions, écrit-il, se pressaient dans mon âme! Les larmes coulent vite et avec abondance dans une circonstance semblable. Fculer de son pied la terre qui a bu le sang de Jésus-Christ, voir le marbre sur lequel son corps a été étendu pour être embaumé selon l’usage des juifs, approcher de l'endroit où il apparut à sainte Marie-Magdeleine, baiser la colonne à laquelle il était attaché pendant la flagellation, la pierre que l'ange enleva.... et
300 UNE VIEILLE SEIGMEURIE
enfin le tombeau où fut placé le corps sacré de Jésus: voir et pouvoir vénérer tout cela, pour un catholique, pour un prêtre surtout, n'est-ce pas le comble des jouissances promises au cœur chrétien sur cette terre ? ?”
À son retour de la Terre-Sainte, M. Primeau séjourna à Rome durant quelques semaines. Le 20 février, il obtint, avec ses compagnons, MM. Lussier et Doherty, une audience du Souveruin-Pontife, Il en a raconté les circonstance, dans une lettre émue à ses vieux parents. “Non, dit-il, de ma vie je ne passerai jamais un moment plus heureux !”
C'était à l'époque célèbre du concile du Vatican. M. le curé assista aux imposantes cérémonies de Saint-Pierre, à l'auguste procession des Pères traversant la basilique, avant d'entrer dans le cénacle du concile ; 1l put voir et entendre de près les plus illustres théologiens, écrivains, abbés, évêques et cardinaux ; voir et entendre Pie IX lui-même, limmortel pontife de l’Znfuillibilité.
Après avoir été l’heureux témoin de ce spectacle, le plus mémorable peut-être du XIXe sciècle, M. Primeau quitta Rome, à la fin de mai; il visita la
1 Le Nouveau-Monde, février 1870,
DEUX ANNIVERSAIRES 361 de haute Italie, la Suisse, l'Allemagne, passa une un seconde fois à Paris, et s'embarqua pour le Canada, le en compagnie de Mgr Bourget.
ien Son arrivée dans sa paroisse de Sherrington donna : lieu à une chaleureuse ovation *. Les travaux eau des champs furent suspendus, ce jour-là. Les parois- » 20 siens en foule, accompagnèrent leur curé sur un sier long parcours jusqu'au presbytère, où ils lui présen- Il tèrent leurs souhaits de bienvenue et leurs félicitamue tions, avant de se rendre avec lui à l’église, pour e ne offrir leurs actions de yrrâces à Dieu, par le chant | du Te Deum.
icar. M Primeau continua pendant sept ans encore à es de grandir dans l'affection de ses chères ouailles de tra- Saint-Patrice.
nacle plus Le curé de Boucherville eut des critiques; qui es et n'en a pas ? Ses œuvres ont été parfois censu- 1ème, rées; quelle bonne œuvre ne l'est pas, et quelles œuvres sont parfaites ? Peut-être même eut-il des tacle, 1 ennemis, des ennemis obscurs ? Il a eu et il a d’inle, M. nombrables amis.
ta la
1 L'Ordre, 12 août, 1870,
Sa bienfaisance, son hospitalité cordiale, sa franchise d’allure et de caractère, ses manières pleines d’une politesse simple et vraie comme sa charité ; ses nobles qualités de prêtre enfin, rehaussées en
rentilhomme, le font estimer de
lui par celles du g ses confrères et de tous ceux qui savent le cornaitre.
En l'appelant à la cure importante de Boucherville, Mgr Fabre à voulu récompenser son mérite et lui donner une preuve de sa confiance.
M. Primeau est le vingt-deuxième curé de la paroisse de la Sainte-Famille. Depuis 1877, il y d'ploya pour le bien toute son activité.
Outre la direction de sx paroisse, les réparations et constructions, dont nous avons parlé plus haut, il a pris part à d'autres œuvres, il a même été le promoteur de plusieurs entreprises d'un intérêt g 'néral, dans le diocèse de Montréal.
Sur l’une d'elles surtout, — sur l’œuvre de la cuthédrale de Montréal, —se sont concentrés ses pensées et ses efforts. [la mis à la faire réussir son influence et celle de ses amis, son temps, ses fativues, ses prières et celles de bien d’autres âmes pieuses, toutes les ressources que peuvent fournir
les plus ingénieuses industries. Pour en assurer le
DEUX ANNIVERSAIRES 363 % succès, il a payé de sa personne plus que nous ne M saurions le dire, LE: k Le bazar de 1886, au profit de la cathédrale FA Saint-Pierre, a eu dans le diocèse de Montréal toutes ds les proportions d’un évènement ; il aura sa place du marquée dans notre histoire religieuse, Or, c'est un fait connu comme le bazar lui-même, que la 16r- petite part, dan: son organisation ardue et compli- Rile quée, n'a pas été celle de M. l'abbé Primeau. Ceux i qui connaissent l'origine de cette entreprise avoue- Li | ront même, à sa louange, qu'il y a pris toute la part y que Mer Raymond lui attribue dans la grande réunion des anciens élèves de Saint-Hyacinthe. ris Il à été, avec M. l'abbé Racicot, l'âme de l’organiaut, sation du bazar. Tous deux, conspirant de zèle et ét d'habileté, ont marché à la tête de tous les dévouetérét 1 ments qu'ils ont suscités, et leur ont donné le mou-
vement, la direction, le succès. C’est l'hommage
ue que leur ont rendu les rédacteurs du journal, Le
pen- Bazar, dans leur numéro du 18 septembre.
On se fait difficilement une idée de ce qu'il a fallu
son
fati- d’abnégation, de courses, de fatigues, de sacrifices Ames de tous genres, pour réunir tant d'objets divers, et ynir réaliser avec eux la somme étonnante de cinquante er le mille piastres. Mais les motifs qui faisaient agir
M. Primeau, lui faisaient aussi aimer son travail ; et on ne se lasse point d'un truvail qu'on aime. Il continuait l'œuvre de Mgr Bourget; il ne lui en fallait pas davantage pour la croire glorieuse à Dieu, et pour y trouver un gage de succès. Son ardeur ne s’est jamais ralentie, et s'il le fallait, il recommencerait aujourd'hui avec le même joyeux courage,
À M. Primeau, de même qu'à Mgr Taché, le vénérable évêque de Montréal avait, sans doute, révélé les motifs extraordinaires qui l'avaient porté à l'érection de la grandiose basilique, au centre d’un
quartier de la ville presque entièrement protestant, Disons iinmédiatement, en tous cas, qu'une des premières Causes de son dévouement à l’œuvre de la cathédrale, était son attachement à la personne de
Mgr Bourget.
1 Dans son Oraison funèbre de Mgr Bourget, l'archevêque de Saint- Boniface raconta les démarches que firent les citoyens du quartier Saint-Jacques pour conserver chez eux le siège épiscopal. ‘ Le saiat ‘évêque, dit Mgr Taché, se recueille devant Dieu. Il est frappé ‘ d'une lumière divine ; il voit ce que nous ne pouvons pas voir, et il ‘* se décide à refuser cette offre. Ses raisons, il me les a confiées : je ‘“ne violerai pas son secret, mais je vous dirai mon appréciation. ‘* Dans sa carrière, rien ne m'a frappé plus que la détermination qu'il ‘a prise de venir ici. Les considérations qu'il m'a données m'ont ‘“ paru d’un ordre si élevé, si au-dessus de ce que l’homme ordinaire ‘‘ conçoit, que je me suis dit : Ah! qu’il est grand! Ah! qu'il est hé- ‘“ roique! Quel acte d'inspiration !” (L'Étendard, juin 1885).
de Sa
qu
d’autres ; pas à celui-là. Cette amitié, où s’échan- Le
M. Primeau a toujours professé pour lui une sincère vénération ; et rien ne lui fait plus d'honneur que l'amitié de Mgr de Martianapolis. Avoir gagné la confiance spéciale du pieux archevêque est, en sa faveur, un témoignage précieux et qui lui
tient au cœur. Il renoncerait volontiers à bien
geaient de sages conseils et une bienveillance affec-
tueuse, le respect filial et l'admiration, ne datait t, à point de quelques années seulement ; elle remontait à jusau’à la jeunesse du père de M. Primeau. 1h | Il y a de cela soixante et quinze ars. Mgr Bourget, alors jeune collégien, venait passer ses È vacances chez son frère, curé de Châteauguay. Ti il
mens
r vit souvent à l’église un jeune liomme, à peu nrès \ 8
de son âge, dont la piété et la modestie l’édifièrent : | | | c'était le père du curé de Boucherville. Ils se con- | j nurent, partagèrent quelquefois les mêmes amuse- l Ë ments, et par cet attrait naturel que deux cœurs | î vertueux sentent l’un pour l’autre, ils s'aimèrent à mutueliement, Ë
Lorsque, en 1837, le jeune collégien de Lévis, devenu secrétaire à l'évêché de Montréal, fut con-
sacré évêque de Telmesse, M. l'abbé Primeau n'avait
que sept ans, et déjà plusieurs récits de son père lui
avaient fait admirer dans Mgr Bourget les qualités du jeune homme et du jeune prêtre. Cette adm: ration s'est transmise comme une tradition dc famille, Et si Mgr Bourget a manifesté en toutes rencontres, aux fils comme au père, ses bienveillants égards, la famille lui a rendu en retour tout ce que l'on peut puiser dans des cœurs généreux, qui aiment et vénèrent profondément,
Quelques jours après les solennités du cinquantième anniversaire de prêtrise de Mgr Bourget, les cnfants et les petits-enfants de la famille Primeau se rendirent à l'évêché. Ils offrirent, avec leurs vœux, au vénérable évêque, un gracieux bouquet portant, suspendues à ses fleurs, des pièces d’or de cinq, dix et vingt piastres. Rien, pensaient-ils, ne pouvait être plus agréable à Sa Grandeur que l'offrande de ce don, au profit de l’œuvre de la cathédrale. Ils ne furent point déçus.
De tous les honneurs, dont il venait d’être l’objet, dans sa ville épiscopale, aucun, leur dit-il, ne l'avait ému plus tendrement, que cet hommage d’une famille estimée, “que ce cadeau des représentants d'une triple génération, où les vertus se transmettent si intactes et se multiplient si admirablement,
avec le nombre croissant de ses membres.”
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Plus tard, l'évêché étant engagé dans des difficultés financières, il se forma dans le diocèse, un “comité des finances” chargé de le tirer de cet embarras. M. Primeau fut élu membre de ce comité, “Je seconde volontiers ce vote de pleine confiance,” écrivait Mgr Fabre, en lui annonçant sa nomination, dans une circulaire du 24 février 1880.
Dès lors, commencèrent pour lui des travaux, des combinaisons, des aumônes, des démarches, dont la statistique ferait une page édifiante, Ils eurent les résultats attendus.
Muis ces nouvelles difficultés avaient absorbé toute l'attention, et l’œuvre de la cathédrale était abandonnée, : Les échafauds et même les murs de l'édifice en construction se détérioraient, L’achèvement semblait pour longtemps impossible, et les pluies, et les vents, et les gelées devaient avoir de longues années pour faire des ruines de ce monument,
Monseigneur de Martianapolis entreprit de remédier à ce triste état de chose,
Un jour que M. Primeau causait avec lui, dans sa résidence de Saint-Janvier, l'illustre archevêque lui fit part de son héroïque intention : “ Afin, lui
dit-il, de faire reprendre les travaux de la cathé-
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drale, j'irai encore une fois, avant de mourir, demander l’aumône à mes charitables diocésains d’autrefois. Dieu nous tiendra compte, j'espère, à eux et à moi, de contribuer à une œuvre divine.”
M Primeau sentit dans ces paroles la fermeté d'une décision arrêtée devant Dieu. Il en fut touché profondément. Dans son émotion, il se hâta d'offrir à Monseigneur de l'accompagner et de lui porter tous les secours en son pouvoir.
Ce dernier acte public du prélat octogénaire est apprécié comme un des plus admirables de sa vie. Caché dans sa chère solitude du Sault-au-Récollet, il pouvait y attendre la mort, tranquille, sans autre occupation que la prière, sans autre distraction que d'assister quelquefois les malheureux qui venaient lui demander de les consoler ou de les guérir ; il choisit de parccurir son immense diocèse, pendant les froids et les tempêtes d’une rude saison d'hiver: A l’âge de quatre-vingt-trois ans, épuisé par des infirmités, des souffrances continuelles, c'était, semble-t-il, s'offrir à la mort en martyr.
Quand il reparut dans toutes ces paroisses si catholiques, qui se plaisaient déjà à entourer son front de l’auréole de la sainteté, ce fut un véritable
enthousiasme religieux. On l'acclama partout.
Les aumônes qu'il recueillit furent abondantes ; plus abondantes encore les faveurs qu'il sema sur son passage.
M. le curé de Boucherville lui avait promis son secours, et il tint parole. L'œuvre de l'archevêque devint la sienne. Non-seulement il réalisa des sommes considérables, mais en récompensant par des bienfaits spirituels la générosité des donateurs, il exerça une œuvre apostolique en même temps qu'une œuvre de dévouement à l’entreprise de Mgr Bourget. C'est à lui que saut dus ces précieux souvenirs, portraits du \ énérable archevêque ou objets de piété bénits par lui, que la plus grande partie des familles du diocèse conservent
comme des reliques.
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