LETTRES DE NOBLESSE
Avant cette aomination, M. Boucher avait été chargé d’une mission importante. Le besoin de secours se faisant sentir de plus en plus dans la
Colonie, M. d'Avangour l'avait député à la cour de:
Louis XIV, “ pour supplier le roy de prendre sous sa protection une colonie qui se trouvait absolument abondonnée et réduite aux derniers abois.”
Tout ce qu'il y avait “de personnes en place dans le pays l'avaient chargé de leurs mémoires, et ils espéraient beaucoup du zèle de ezt officier qui connaissait mieux que personne le Canada, et que sa vertu rendait très propre à se faire écouter favorablement du Prince” ?,
1 P.de Charlevoix: Histoire de la Nouvelle-France, t. I, p. 360.
L'interprète de la garnison de Québec devenait done ambassadeur. Son patriotisme et ses talents, agissant sur un plus grand théâtre, n'en eurent que plus d'éclat et de succes.
Il profita du bienveillant accueil du roi, pour lui faire connaître le Canada, ses misères, ses besoins, ses luttes incessantes contre des ennemis toujours renaissants.
Les grandeurs de la cour, les fêtes des courtisans
n'eurent rien pour le distraire de sa mission, non
it été plus que de ses habitudes de piété.
in de “ Sa Majesté, dit encore le P. de Charlevoix, ans la témoigna beaucoup de surprise, en apprenant qu'un ur de: si bon pays eût été si fort négligé. Elle nomma e sous ensuite M. de Monts commissaire, pour en faire l& bsolu- visite et y intimer ses ordres, et commanda qu'on is” y envoyât incessammant quatre cents hommes de e dans ses troupes, pur y renforcer les garnisons des et ils postes les plus exposés” !
LE ONE M. Boucher amena de plus, à ses propres frais, RE ‘cent hommes de travail ;” mais une partie d’entre A vOTR* eux moururent pendant la traversée,et il.dut, avant
d'établir les nutres,subirdes dommages considérables,
1 Histoire de la Nouvelle-France, t. T, p. 360,
Louis le Grand, avec ce discernement qui lui fit toujours choisir et récompenser les hommes de mérite, reconnut les héroïques services de M. Boucher en lui accordant, aux applaudissements des grands de sa cour, des lettres de noblesse.
Nul ne les méritait mieux, et nul monarque ne pouvait en signer de plus honorifiques.
Le feu a détruit ce précieux document, dans l’incendie du séminaire de Québec ; mais pour la consolation de ses enfants, M. Boucher en obtint, en 1707, une autre copie que l’on conserve encore dans la famille :
“....Les témoignages qui nous ont été rendus, en l’année 1661, des services distir, .-és que le Sieur Pierre Boucher, alors Gouverneur des Trois- Rivières, nous avait rendus, dès l’année 1649, dans les emplois importants que nous lui avions confiés en la Nouvelle-France, et particulièrement dans celui de Gouverneur des Trois-Rivières, nous auraient engagé à lui donner des marques glorieuses de notre estime, en lui accordant des lettres d’ano-
blissement; pour lui et pour ses enfants, nés et à
naître en loyal mariage ; mais ces lettres ayant été
brûlées dans l'incendie arrivé ar séminaire de
Québec, nous avons eu égard aux remontrances
lui fit ES de . Bouts des
que ne
as l’inla contint, en
encore
rendus, e Sieur Trois- 9, dans confiés it dans s, nous brieuses & d’anoés et à ant été aire de
trances
qu’il nous a faites, pour nous supplier de lui en faire expédier de nouvelles, en vertu desquelles il pût continuer de jouir, ainsi que sa postérité, des honneurs et des avantages qui sont réservés à la noblesse. A ces causes, de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale, nous avons par ces présentes signées de notre main, le dit Sieur Boucher et ses enfants nés et à naître en loyal mariage, anoblis et anoblissons et du titre de gentilshommes décorés et décorons, voulons et nous plaît qu’en tous lieux et endroïts de notre royaume, et en tout pays soumis à notre domination, ils soient tenus et réputés nobles et gentilshommes, et comme tels qu’ils puissent prendre la qualité d’écuyers et parvenir à tous les degrés de chevalerie et autres dignités, titres et qualités réservés à la noblesse, jouir et user de tous les honneurs, prééminences, franchises et exemptions dont jouissent les anciens nobles de notre rcyaume, tant qu'ils vivront noblement, tenir et posséder Fiefs et Seigneuries qu'il a, ou qu'il pourra acquérir. Et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre notre sceau.
“ Donné à Versailles, le 17 juin de l'an de grâce 1707, et de notre règne le 59e. N
(Signé) “Lours,. ”
Après avoir repris, à son retour, le gouvernement de Trois-Rivières, M. Boucher fut promu, par le Censeil souverain, à une autre charge importante, celle de juge royal ?.
Ce choix seul suffirait à justifier les éloges qui ont été faits de l'honnêteté, du jugement et du sens pratique de M. Boucher, de la confiance et de l’estime qu'il s'était acquises. Il faut remarquer, en outre, que sog autorité n'était due qu'à ses qualités naturelles. M. Boucher n’était pas un homme instruit ; il était arrivé à Québec trop jeune et avait été trop constamment livré à la guerre et à d’autres diverses fonctions, pour avoir pû se ménager le loisir de faire des études.
Cependant il n’exerça pas longtemps la charge de juge royal. Il demanda lui-même sa démission
et l’obtint du gouverneur en conseil, en 1664. ‘“ Sur
1 ‘ Le Conseil, est-il dit dans sa commission, en conséquence et au ñAésir de l'arrêt de son érection, voulant pourvoir de personnes capables pour exercer les états et offices de juge royal aux Truis-Rivières, de Frocureur du Roy et d’un greffier et notaire au dit licu a fait choix de Sieur Boucher gouverneur du dit lieu pour tenir et exercer la dite charge de juge royal.... Et ordonné que les appellations des Sentences du juge du dit lieu ressortiront en ce Conseil, et leur sera deslivré des provisions des dites charges, et en attendant exerceront par provisions, et attendu la charge de gouverneur qu'à le dit Sieur Boucher au dét lieu il est exempté de la prestation de serment en ce Conseil” *,
* Jugements et Délibérations du Conseil Souverain, vol. I, p. 58.
ment ar le
tante,
3S qui u sens e l’eser, en ualités 16 ins- ; avait autres
ger le
charge
nission
. “Sur
nee et au nes Capa- -Rivières, fait choix er la dite des Sensera deseront par jeur Bouent en ce
la requeste présentée au conseil par le sieur Boucher..... tendante à ce qu'il fust deschargé de la charge de juge Royal aux dites Trois-Rivières, ouy sur ce le procureur Général du Roy, le Conseil a donné acte et accordé au dit sieur Boucher les fins de ses demandes. .... 5h,
En retour de sa fidélité au service de la Nouvelle-France, M. Boucher reçut, quelques années après, une autre récompense qui offre plus d’intérêt encore à notre sujet. L’intendant Talon voulant montrer, lui aussi, combien il appréciait ‘les bons et utiles services ” du sauveur de Trois-Rivières, lui donna, accorda et concéda la seigneurie de Boucherville, ayant cent quatorze arpents de front sur
deux lieues de profondeur, à prendre sur le fleuve
Saint-Laurent, bornés des deux côtés par le Sieur
de Varennes *, avec les Iles nommées Percées ...…. pour jouir de la dite terre en tous droits de Seigneurie et justice *,
1 Jugements et Délibérations du Conseil Souverain. Vol. I, p. 288. 2 Le fief que M. de Varennes possédait au sud-ouest de Boucherville, lui avait été concédé quelques jours seulement, (29 octobre 1572), avant la concession de la seigneurie des Iles Percées à M. Boucher. Il avait vingt-huit arpents de front sur deux lieues de profondeur, à prendre sur le fleuve Saint-Laurent ; il fut appelé le fief Tremblay. (Registre d’Intendance, Vol. 1, folio 17) -(Bouchette : Topographie du Bas-Canada, p. 200).
3 C£ Notes et documents, III,
Ce domaine ajouté à un autre d’une lieue et demie de longueur sur deux de profondeur, situé sur les bords de la rivière Yamachiche, comme on peut le lire encore dans les Documents relatifs à la tenure seigneuriale !, et ajouté aussi à une île qui lui avait été concédée, en 1655, faisait de sa
seigneurie une des plus belles de tout le Canada.
1 Cf. Notes et documents, IT.
ue eb . situé me on ifs à la une île t de sa
nada.