‹ Une ville de l'Islam: FèsChapitre 2 sur 53 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

tuaire où repose son saint fondateur, et, dans la ceinture verte de ses jardins, de très vieux remparts lézardés.

Derrière ces hautes murailles, c'est le moyen âge, et un moyen âge encore très vivant, avec ses industries primitives et un commerce actif entre TEurope d'un côté et la région saharienne de Tautre ; c'est surtout un centre de culture islamique très fermé à l'étranger, mais qui n'est pas sans charme et sans raffinement. La renommée de l'Université de Fès attire encore dans ses medersas des étudiants de tout le Maghreb, même de l'Algérie ; ils viennent y chercher renseignement d'après les méthodes immuables et traditionnelles de l'Islam occidental. Près de deux mille musulmans originaires de ïlemcen et formant une colonie compacte sont venus à des époques diverses y chercher un refuge contre la brutalité des Turcs ou la conquête française; de nos jours encore cette colonie se grossit fréquemment de nombreuses individualités à qui notre civilisation et nos mœurs furent trop odieuses, notre contact et notre administration parfois trop rudes; ceux-là préfèrent les ruelles sombres où passent seuls leurs coreligionnaires drapés dans leurs haïks blancs, aux rues de leur ville natale éclairées à l'électricité, mais où l'infidèle commande.

Par ses origines, comme par son aspect et ses

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institutions, Fès est la cité maure par excellence. Né de rislam il ne succède pas comme Tanger ou* Ceuta à d'antiques cités phéniciennes ou byzantines, mais c'est la doyenne des villes musulmanes du Maghreb. Son type historique est celui des anciennes capitales de TAndalousie : assez fréquent au moyen âge, il se trouve être actuellement unique au monde, car seul il a pu se maintenir dans son intégrité... C'est donc à Fès que Ton peut le mieux suivre la formation et le développement d'une cité maghrébine ainsi que d'une société maure qui est, en quelque sorte, la classe pensante et dirigeante du Maroc et qu'il nous est donc si utile de connaître et de pénétrer.

Aussi ai-je fait précéder la description de la ville et l'étude de sa population d'une première partie historique qui ne peut, d'ailleurs, dans un travail aussi réduit, avoir de prétention scientifique et se borne à être un court exposé. Mon but était surtout de suivre la capilale du Maroc à travers les siècles de son histoire, d'après les chroniques arabes, en faisant une large part aux citations et en recherchant sur place les vestiges ou les souvenirs du passé. Cette méthode prête peu aux développements littéraires et expose à tomber dans la monotonie, mais elle permet de suivre les conceptions des princes qui régnèrent sur Fès et de mieux pénétrer l'esprit de son histoire.

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