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LES DYNASTIES GHERIFIENNES. 73
redonner à Tlslam occidental la cohésion qui lui faisait défaut sous les derniers Mérinides.
Fès, qui avait déjà la prépondérance religieuse, devait jouer un rôle important dans la Renaissance islamique du \\i^ siècle qui aboutit à Télat social actuel du Maroc. Il eut aussi la mission civilisatrice qu'il avait déjà remplie pour les Almoravides et les Almohades. Les Chorfa, comme leurs devanciers, perdirent rapidement leur rudesse saharienne dans la capitale des Mérinides * . C'est là que Mohammed Elmehdi organisa l'administration du pays et régla le cérémonial de la Cour. Mais Fès n'allait plus être comme sous les Mérinides capitale exclusive. Les nouveaux venus qui avaient entrepris l'unification de l'Empire — œuvre à laquelle ils ne réussirent qu'imparfaitement — allaient dorénavant et jusqu'à nos jours résider alternativement à Fès ou à Marrakech, selon que les soulèvements des tribus du nord ou du sud de l'Empire exigeaient leur présence dans Tune ou l'autre des deux capitales^.
Les seuls monuments qui perpétuent à Fès le souvenir de la première dynastie chérifîenne sont les deux bastions qui dominent au nord et au sud Fès Elbâli. Ces deux bastions furent construits en 990 (H.) sur l'ordre du sultan Ahmed Elmansour en même temps
1. « On raconte que depuis leur entrée à Fès le prince et ses courtisans, qui étaient alors vêtus de casaques jaunes et portaient la trace visible de leur existence bédouine, avaient fait les plus grands efforts pour acquérir les manières des gens des villes et en prendre les habitudes. » Nozhet Elhadi (traduction Hondas).
2. Les Chorfa Saadiens, originaires du Draa, résidaient cependant de préférence à Marrakech. Les Chorfa Filala ou Alaouites (dynastie actuellement au pouvoir) au contraire préféraient le séjour de Fès ou de Meknès.
que les bastions de Larache. Solidement bâlis en pierres de taille par des esclaves chrétiens, leur architecture, qui n'a rien d'arabe, rappelle les fortifications européennes du xvi® siècle*. Le même prince, d'après le Jedouet Eliqtibâs. fît également construire les grands borj qui sont près de Fès Eljedid^. Ces deux fortins, dominant l'un Bâb Fetouh, l'autre Bab Elgisa, semblent plutôt destinés à dominer Fès qu'à le défendre. Il ne faut pas oublier que les premiers Saadiens n'avaient pu s'emparer qu'après un siège long et pénible de la ville restée Odèle aux Mérinides. Depuis cette époque, le loyalisme de ses habitants a toujours été assez précaire. Fier de la protection de Mouley Idris et du prestige que lui donnent ses savants et ses chorfa, Fès a conservé jusqu'à nos jours un esprit frondeur et prompt à la critique. Sa population fut presque conslamnient favorable aux marabouts contre lesquels le pouvoir central eut à lutter et ses révoltes eurent souvent un caractère religieux^ Aussi, pendant les deux derniers siècles son histoire est-elle étroitement mêlée à celle de toutes les séditions et à tous les soulèvements. A l'origine, les deux Adoua de la ville primitive étaient souvent en guerre entre elles; de même, on vit parfois, à l'époque moderne, Fès Elbâli fermer ses portes et
1. Il doit s'agir du borj de Sidi Bou Nâfa, de celui de Bou- Touîl et de Borj Elmeherres (borj brisé) qui fut miné sous le règne de Mouley Abdallah et n'a pas été relevé de ses ruines.
2. Le nom français de bastions, qu'employaient sans doute les esclaves chrétiens leur est resté en arabe... On désigne encore sous le nom de bastioun ces deux fortins au lieu d'employer le mot borj.
3. Ce furent tout récemment les critiques des Ouléma et des. Chorfa de Fès et les bruits qu'ils faisaient répandre dans les tribus sur le genre de vie et les tendances du Sultan actuel qui déterminèrent l'insurrection de Bou Ilamara.
soutenir des luttes contre Fès Eljedid résidence du souverain et des guich, c'est-à-dire des familles militaires.
Nous avons vu que les différentes dynasties berbères qui régnèrent sur le Maroc depuis la chute des Idrissites, s'appuyèrent toujours sur leurs tribus d'origine. C'était pour avoir près de lui les Béni Merin que Yaqoub ben Abdelhaqq construisit Fès Eljedid.
Lorsque les chéri fs furent au pouvoir, ils comprirent la nécessité d'avoir aussi autour d'eux quelques troupes sur lesquelles ils pussent particulièrement compter. Ils s'appliquèrent donc à former dans la population certains éléments qui leur fussent liés par l'intérêt et la tradition. C'est ainsi que les Cheraga et les Oudeya furent amenés à camper au nord de Fès, et dans la plaine de Sais. Ces tribus, que l'on nomme tribus de Guich* ou tribus makhzen étaient destinées à constituer l'armée; en échange des services militaires qu'elles devaient rendre au souverain, elles reçurent des terres et des exemptions d'impôts.
Ce fut pour les Cheraga qu'il venait de constituer en Guich que Mouley Rechîd, le premier sultan de la deuxième dynastie des Chorfa, les Alaouides, actuellement au pouvoir, fit construire la casba du Khemis, sur remplacement de l'ancien camp des Lemtouna (Almoravides), au lieu dit alors parc de Ben Salah -.
1. Guich est la prononciation marocaine du mot arabe djich ^^■:^^, armée. — Inorganisation du guich, commencée par les Saadiens,fut définitivement achevée par Mouley Ismaïl, qui créa le guich des Abid ou des Bouakhar. Le Kitâb Elistiqsa (traduction Fumey) en donne l'historique complet.
2. Ben Salah, chef des Andalous, avait dirigé la défense de Fès, lors du siège entrepris par Mouley Rechid pour s'emparer de la ville. Il fut mis à mort, ainsi que ses compagnons, après la victoire de ce prince. Ettorjemân (traduct. Houdas).
LES DYNASTIES GHÉRIFÏENNES. 77
Cette casba, attenante par un de ses angles à la porte nord de Fès Eljedid, doit son nom à la proximité du grand marché qui se tient le jeudi* près de Bab Elmahrouq. Elle porta successivement le nom des tribus de Guich, auxquelles elle fut affectée ; d'abord casba des Cheraga, elle devint casba des Oudeya; puis, lorsque les Oudeya furent dispersés après leur révolte contre Mouley Abderrahman, en 1824, elle fut attribuée aux Cherarda, qui les remplacèrent dans le Guich de Fès. Le nom de Casba des Cherarda lui est actuellement donnée, concurremment avec celui de Casba du Khemis.
Mouley Rechîd paraît avoir eu pour Marrakech moins de goût que ses prédécesseurs, les Saadiens ; ses préférences étaient pour Fès, où il fut transporté après sa mort^. Indépendamment de la casba des Cherarda, on lui doit le pont du Sebou, le plus beau du Maroc ^ qu'il fit construire à une demi-heure de la ville, pour rendre plus aisées les communications avec la vallée de Taza et la région Est de son empire. C'est aussi à lui qu'on doit la medersa Echcheratin *, élevée dans le quartier appelé de son temps Dar Ebacha Azzouz, et qui est, après la Bouanania, la plus belle medersa de Fès.
Le séjour de prédilection de Mouley Ismaïl et de ses fils était Meknès, le Versailles marocain. Ce n'était