‹ Une ville de l'Islam: FèsChapitre 6 sur 53 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

SoMMAïuE. — Établissement de la dynastie Idrissite au Maroc. — Fondation de la ville par Mouley Idris. — L'Adoiiat Elandaloiis et TAdouat Elqarouiyin. — Les deux premières mosquées des deux Adoua; la Zaouiya de Mouley Idris et Jamaa Ennouar.

Au nord du Moyen Allas, entre les cimes élevées du massif des Beraber et les montagnes du Rif, s'étend la vallée de l'Ouêdlnnâouén, roule naturelle de toutes les invasions arabes en Espagne et dans les plaines de Touest marocain. C'est à son débouché dans la plaine de Sais au pied du Zâlagh que fut élevée la ville de Fès. Les écrivains musulmans font habituellement remonter l'histoire du Maroc à sa fondation qui est un des curieux épisodes de l'islamisation de leur pays.

Vers le milieu du ii® siècle de l'Hégire, Idris, descendant d'Ali, gendre du prophète, chassé d'Arabie par les Abbasides, arriva dans la petite ville de Oulili au milieu des Berbères du Maghreb, dont une partie était déjà

convertie à l'Islam. Ce fugitif allait être le chef d'une dynastie qui régna deux siècles et forma le Maroc.

Adopté par la tribu des Aouraba, qui, déjà musulmane , se donna pour chef le descendant du prophète, il prit rapidement de l'ascendant sur quelques tribus des environs et n'eut pas de peine à faire valoir aux yeux de ces Berbères guerriers et pillards les avantages de la guerre sainte. Les infidèles étaient près d'eux car tous les indigènes étaient loin d'être convertis; la plupart des tribus un peu éloignées de Tanger et des plaines, passages naturels des conquérants ou plutôt des missionnaires arabes, étaient chrétiennes, polythéistes ou même juives de religion. Idris combattit les tribus infidèles, les convertit de gré ou de force et arriva ainsi jusqu'à ïlemcen. Marié à la Berbère Kanza, de la tribu qui l'avait adopté, il eut un fils qui fui comme lui appelé Idris et allait achever son œuvre.

La rapidité avec laquelle se formait le nouvel empire aux portes mêmes de l'Ifriqiya n'était point sans inquiéter le Calife Abbaside, mais en même temps elle attirait les dissidents et Oulili* se remplissait d'Orientaux qui venaient se grouper autour d'Idris ben Idris, notamment deux groupes importants des tribus arabes de Qaïs et d'Azd. Tous les adhérents étaient les bienvenus. Soit calcul, soit orgueil de race, Idris était plus attiré par ces Arabes que par les Berbères, à qui pourtant il devait tout; il en faisait ses habituels compa-

1. La petite ville de Oulili est située sur le \ersant sud-ouest du massif montagneux du Zerhoun près des ruines de l'ancienne Volubilis; elle contient environ 4 000 habitants dont beaucoup sont Chorfa. La gloire d'être groupée autour du tombeau d'Idris j'end toute la ville Zaouiya. Elle en a perdu son ancien nom que les lettrés lui donnent seuls parfois; pour le peuple c'est la Zaouiya de Mouley Idris ou simplement la Zaouiya.

gnons et choisit pour intendant ou Vizir l'un d'eux, Omeïr, de la tribu de Azd.

Le moment était arrivé d'achever l'Empire d'Occident par la conquête de l'Ifriqiya et de l'Andalousie. Mais à cet Empire il fallait une capitale et Idris résolut d'abord de construire une nouvelle ville où ses compagnons trouveraient place et où, surtout, les nouvelles traditions islamiques, c'est-à-dire, orientales et monarchiques, pourraient être plus facilement établies que dans la petite ville berbère de la montagne.

Sa décision ne fut pas prise en un jour. D'après la tradition rapportée par le Roud Elqartas, qui s'étend longuement sur la fondation de Fès, il avait déjà commencé des travaux sur les pentes du Djebel Zalagh, lorsqu'un torrent se précipitant une nuit de la montagne emporta ce qui avait été construit. Il chercha ensuite l'emplacement de la ville à Khaulân^ sur les bords du Sebou, mais craignit, après réflexion, une inondation de ce fleuve. Alors il chargea son ministre Oméïr Elazdi d'explorer la région.

Après avoir parcouru la plaine de Sais, Oméïr arriva à l'endroit appelé de nos jours Râs Elmâ où jaillissent les sources de la rivière de Fès. « Eau douce et légérel dit-il, après avoir bu à ces sources, climat tempéré, immenses avantages!... ce lieu est magnifique! Ces pâturages sont encore plus vastes et plus beaux que ceux du fleuve Sebou. » Une chapelle dont on voit encore le minaret en ruine marque près de Ràs Elmâ la place où, d'après la légende, s'arrêta Oméïr. Suivant ensuite le cours de la rivière, il arriva un peu au-

1. Khauldn : Sources sulfureuses situées sur la rive gauche du Sebou à 2 kilomètres environ en amont du pont.

dessus de son confluent avec le Sebou, dans un vallon entouré de collines et dominé au Nord par le Zàlag-h. C'est là que devait être Fès, sur le territoire des Zouâgha et des Béni Yarghich, tribus Zenâta dont beaucoup de membres professaient encore les religions chrétienne ou juive, ce qui était fréquent à l'époque. Suivant un récit, sans doute légendaire, remplacement de TAdouat Elandalous fut acheté 1 500 dirhems aux Béni Yarghich et l'acte de vente fut dressé par Abou Elhasen Abdallah Elregragi, secrétaire d'Idris; celui de l'Adouat Elqarouiyin coûta 3 500 dirhems qui furent payés aux Zouàgha.

La fondation de la ville fut commencée, dit l'auteur du Uoud Elqartas, le mois de Rabi Ettâni 192 de l'hégire (808 J.-C). La précision de cette date est controversée, mais à deux ans près les historiens sont d'accord. De chaque côté de la ville, Idris traça les limites de deux cités et entoura chacune d'elles de murs. On les appela bientôt Adouat Elqarouiyin et Adouat Elandalous, comme nous le verrons plus loin, du norn d'émigrants de Qairouan et de l'Andalousie qui vinrent les habiter.

Le Roud Elqartas nous montre Idris traçant les enceintes, faisant construire les murs, puis y plaçant des portes :

Il commença d'abord par l'Adouat Elqarouiyin et prit pour point de départ le sommet du tertre d'Aïn Alloun où il construisit une porte qu'il nomma Bab Ifriqiya; ce fut la première porte de la ville; de là, il dirigea Je tracé des murs dans la direction de Ain Dourdoura jusqu'à Aqbat Essaatâr et y construisit une porte qu'il nomma Bab Hisn Sadoun; continuant ensuite jusqu'à Aghlàn, il y bâtit une porte qu'il nomma Bab Elfours (porte de Perse) puis descendant vers

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