‹ Une ville-égliseChapitre 16 sur 121 · RlLLIET, loC. Cit., pp. LXIII-LXX · texte numérisé non relu

RlLLIET, loC. Cit., pp. LXIII-LXX

2. Mémoire présenté par Farel le 16 janvier 1537 (Rilliet, loc. cit., pp. xix-xxix).

3. Roget, les Suisses et Genève, II, pp. 27(5-280 (Genève, 1865)*

qu'ils fussent, les objecter à Calvin et à Farel, c'était pour les Genevois une façon de respirer. — Il n'y aura pas de Cène à Pâques, ripostèrent les deux prédicateurs. On leur avait refusé le droit d'excommunier quelques-uns; ils faisaient mine d'excommunier la cité. Un de leurs collègues, ancien moine, insultait du haut de la chaire les Genevois, ces « ivrognes, » qui considéraient le royaume des cieux comme « le royaume des grenouilles ». Il fut jeté en prison. Ainsi s'exacerbait le conflit. L'État voulait que Calvin distribuât la Cène, et Calvin s'y refusait; l'État défendait que Calvin prêchât, et Calvin montait en chaire. Finalement, le 23 avril 1538, Genève rejeta Calvin ; on lui donnait trois jours pour disparaître et pour emmener avec iui son ami Farel1.

Les Genevois allaient, à la façon de Berne, tenter de gouverner leur Église. Libérés de Farel, libérés de Calvin, leurs Conseils allaient pouvoir jouer un rôle d'évêque,un rôle de pape, et, chez eux comme à Berne, le césaro-papisme semblait triompher. On croyait vivre sous le règne du pur Évangile, mais la distinction primordiale entre le domaine de César et le domaine de Dieu, cette nouveauté souveraine que l'Évangile avait introduite dans le monde, était oubliée, abolie. Quatre pasteurs se trouvèrent,

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pour accepter cette situation, et pour dire humblement aux magistrats : « Selon l'ordonnance qu'il plaira aux Messieurs de Genève, nous ministrerons la Cène K » L'un d'eux, Jacques Bernard, était quelques années plus tôtcordelier, puis, suivant les expressions sanglantes de Calvin, ayant « contemplé le Christ sous la forme d'une femme, qu'il avait ensuite corrompue de toutes les façons2, » il était venu à la Réforme. Sa conscience et son verbe n'avaient secoué le joug de Rome que pour se soumettre au joug des bourgeois.

De loin, Farel et Calvin méprisaient ces conducteurs d'âmes, devenus des esclaves. « Il vaudrait mieux, disaient-ils de trois d'entre eux, que l'Eglise fût complètement dépourvue de pasteurs, plutôt que d'être pourvue de pareils traîtres sous le masque de pasteurs. Jl n'y a pas de jour où ils ne soient publiquement flétris pour quelque manquement, soit par les hommes, soit par les femmes, soit par les enfants 3 . » C'étaient là, pour Genève, de mauvais éducateurs : elle devenait une ville de liesse, où l'on se donnait « toute licence de dancer, jouer, yvrogner et paillarder 4, -» une ville où « l'on

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