Opp. Calv., XXI, p
4. Registres du Conseil, 7 février 1539, cités dans Roget, V Église et l'État à Genève du vivant de Calvin, p. 25 (Genève, 1867).
l'ÉCLOSION D'UNE « CITE DE DIEU >> 37
prêtres « relevaientles cornes1 », préconisant de nouveau la « mode papistique. » Que les pasteurs actuels fissent réponse à Sadolet, Genève ne pouvait l'espérer : pour se mesurer avec cet humaniste, leur théologie était encore trop courte, trop incertaine. Froment, qui naguère, sous couleur d'enseigner à lire, avait, sur le Molard, semé la graine du pur Évangile, était, lui aussi, au témoignage de Farel, « dégénéré en ivraie2 ». Mais, puisque Messieurs de Berne s'attachaient assidûment à faire de Messieurs de Genève des réformés, on fit suivre à Berne la lettre de Sadolet, et les Bernois chargèrent Calvin d'y répondre. Lui, le banni, lui, contre qui se concentrait depuis un an toute la politique religieuse de la cité, il était chargé d'expliquer à Sadolet pourquoi les Genevois ne voulaient plus de la messe 3.
Ils voulaient donc des prêches, c'était chose décidée, mais ils en avaient de moins en moins, car, au cours de 1540, fatigués des luttes des partis qui déchiraient la viile et se plaignant des insolences quotidiennes qui leur étaient faites, deux de leurs pasteurs s'en allèrent. Il en restait deux encore; c'était peu. Quant aux campagnes voisines, elles ne devaient avoir,