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AVANT-PROPOS

Lorsqu'en 1907 Genève réalisa la séparation des Eglises et de l'Etat, on fut frappé, en France, du concours que les catholiques genevois prêtaient au vote de la loi, et des intentions très sincèrement équitables dont elle s'inspirait; et la pensée nous vint qu'il pouvait être intéressant d'étudier d'un peu près cet épisode de politique religieuse, et de rendre hommage, avec les catholiques de Genève, à l'esprit de tolérance et de respect de la hiérarchie ecclésiastique dont avait fait preuve, à Genève, avec l'assentiment courageux d'une minorité de pasteurs évangéliques, le gouvernement radical de M. Henri Fazy.

A peine avions-nous effleuré ce travail,

VllI ONE VILLE- ÉGLISE : GENÈVE

que l'histoire môme de cette Ville-Église dont l'année 1907 avait sonné le glas nous devint une tentation : outre qu'elle nous apparaissait comme un fragment capital de Thistoire générale du protestantisme, nous voyions se dessiner devant nous un phénomène religieux d'un caractère unique, les démarches d'une cité qui tout d'un coup s'était laissé bouleverser, dépeupler, repeupler, pour se rasseoir sur une certaine conception de Dieu et du règne de Dieu, conception exclusive, intolérante, et tout en même temps rayonnante, conquérante.

L'année 1914 amenait pour Genève un émouvant centenaire : celui du jour où elle était entrée dans la Confédération suisse, et où, pour y entrer, elle avait dû s'annexer d'importants territoires catholiques et reculer l'étroit périmètre qui jusque-là l'enserrait. Et tandis que nous revivions, dans les bibliothèques de Genève, tout le passé de la Ville-Eglise, tandis que nous revivions, dans l'œuvre magistrale de M. Borgeaud, tout le passé de son Université, les fêtes patriotiques, helvétiques, auxquelles s'associaient en 1914? avec une égale allégresse.

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les Genevois de toutes confessions, nous paraissaient consacrer l'avènement définitif d'une tout autre Genève, singulièrement différente de la défunte Ville-Église.

Du haut de la chaire de Saint-Pierre, le 5 juillet 191^ M. le pasteur Auguste Gampert commémorait cet avènement. ïl était de ceux qui naguère, en face de la majorité du corps pastoral, avaient osé prendre parti pour le projet de loi qui séparait l'Église de FÉtat, et qui transformait les conditions du « règne de Dieu, » telles que les avait conçues la vieille Genève. Que ton règne vienne! Ainsi s'intitulait son sermon : il invitait l'Église de Genève, séparée de l'État, à « ne pas demeurer en contemplation devant les édifices splendides de son passé, » mais à « accepter comme un privilège de ne plus dépendre que du Christ1 »«. Sous ces voûtes où pendant des siècles l'État genevois avait remplacé le Pape, les ouailles de

(1) Gami>eut, Que ton règne vienne, p. 14 (Genève, 1914;.

M. le pasteur Gampert durent sentir que la ville était à un tournant de ses destinées.

Tournant rapide, semble-t-il, puisque, en 1918, quatre ans après, nous voyons un catholique, pour la première fois depuis Calvin, entrer au Conseil d'État de Genève, et un autre catholique devenir doyen de Tune des Facultés, dans cette Université qui n'est autre que l'ancienne Académie de Calvin. Voilà bien des nouveautés, et je devine qu'à Genève elles éveillent dans certaines consciences, auxquelles je compatis, une impression d'anxiété chagrine. C'est chose si difficile, et si onéreuse, d'admettre, dans la pratique, qu'une autre Genève est née. Mais dès 1907, dans cette cathédrale de Saint-Pierre que ces âmes traditionalistes redoutent si cruellement de voir un jour leur échapper, l'éloquent et évangélique pasteur Gampert leur disait bien nettement :

Nous n'en sommes plus au temps de Théodore de Bèze, où, dans cette chaire, on priait contre les Turcs, papistes, païens et autres infidèles qui blasphémaient le nom du Seigneur... (1).

(1) Gampert, l' Appel de Dieu, p. 13 (Genève, 1907).

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