Rouet, VElg lise et l'État ù Genève, pp. 88-iH
Au demeurant, puisque, à cette même époque, dans les dialogues sacrés qu'écrivait à leur intention Sébastien Castellion, les écoliers du collège lisaient que les hommes de bien, les partisans de la vérité, les enfants de Dieu, les justes, sont une minorité, n'était-il pas normal qu'au point de vue politique le rôle de la majoritéj le rôle des injustes, des « enfants de ténèbres, » fût dès lors étroitement limité1 ?
Contre ces enfants de ténèbres, le Consistoire, tout de suite, se mit en besogne. La foi et les mœurs, l'honneur de Dieu, l'honneur des citoyens, furent chaque semaine, par ses soins, scrupuleusement vengés. On comparaissait devant lui pour gamineries et pour débauches, pour adultère et pour bal de jeunes gens, pour blasphèmes et pour un festin trop copieux, pour manque d'assiduité aux prêches et pour superstition papiste. Ce tribunal employait à la ville et dans les campagnes ses délateurs, chargés de prendre note du péché; et chaque membre du Consistoire devait lui-môme apportera ses confrères, tous les huit jours, l'indication des délits qu'il avait pu constater et qui méritaient châtiment.