février 1542 (Herminjaud, VII, pp
2. Texte dans Heter, pp. 201-276. — Sur la création du Consistoire, voir Doumergue, V, pp. 165-172,
quelque mesure une émanation du Petit Conseil, et se retournait sans cesse, ensuite, vers cette même assemblée, pour appeler les pénalités d'Etat sur les coupables qui les avaient méritées.
Il n'y avait plus, dans Genève, de hiérarchie sacerdotale. Mais le patriciat des Conseils allait, avec le temps, participer de plus en plus étroitement au pouvoir disciplinaire dans l'Église et à la vie de l'Eglise, et entremêler à la gestion des intérêts temporels une influence lointaine ou prochaine sur les consciences. Si la logique dirigeait toujours les faits, on pourrait croire que le calvinisme, prêchant le sacerdoce universel et supprimant toute hiérarchie cléricale, dût se montrer favorable, dans Genève, à la domination politique des classes populaires; il n'en fut rien. Le mouvement aristocratique, qui un peu partout au seizième siècle diminuait ou balayait les antiques Franchises, ne fut nullement gêné par Calvin, « aristocrate lui-même d'instinct et d'habitude1 ». Les habitants des anciennes terres épiscopales et des anciennes terres du chapitre, désormais annexées à la cité de Genève, furent traités en sujets plus qu'en citoyens; on n'étendit pas jusqu'à eux le béné-
1. Behguer, Calvin, le Moïse moderne (dans Jubilé du quatrième centenaire, p, 19, Genève, 1909). — Cf. Wilusto* Wàuum, Jean Calvin^ Çhamw H Cwre, tFf)4i W^j&Sj p. 899
fice des « Franchises1 ». Et Ton constata bientôt que Genève elle-même ne s'était affranchie de l'épiscopat et de la papauté que. pour tomber peu à peu, comme cité et dans une certaine mesure comme Eglise, sous l'hégémonie, de plus en plus stricte, d'une aristocratie civile. On vit succomber, dès 1543, le droit d'initiative politique qu'avait exercé, durant tout le moyen âge, l'assemblée générale du peuple. Le peuple ne put désormais rien discuter ou proposer qui n'eût déjà été envisagé parles Deux Cents; et les Deux Cents, à leur tour, ne purent désormais rien discuter ni proposer qui n'eût été envisagé par le Grand Conseil '2. Même amputation des droits électoraux : les quatre syndics, désormais, devaient être choisis par le peuple, sur une liste de huit candidats présentés par le Conseil, et le peuple n'avait plus le droit de porter son suffrage sur d'autres noms. Enfin, même au point de vue religieux, s'il est vrai de dire que le pasteur, une fois confirmé par le Conseil, devait être accepté par le consentement commun des fidèles, le droit de veto, dont cet article des ordonnances paraissait investir le peuple, ne semble
1. James Fazy, Précis de V histoire de la République de Genève, /p. 235 (Genève, 1838). — Du Bois-Melly, De Vexercice des droits féodaux dans l'ancien territoire de Genève (B.I.N., XXX, 1890 pp.33M04}.
2. Hexiu Fazy, les Constitutions, de, \$ République <l:> GfttèVfi
pp, a
guèr*e, en fait, s'être exercé1. Genève devint, lentement, un Etat aristocratique, et James Fazy, commentant ces changements, a dit que « ce furent les restrictions religieuses qui amenèrent à Genève les restrictions politiques2 ». On a beaucoup discuté cette thèse , et probablement elle est trop absolue3. Durant l'exil même de Calvin, le régime aristocratique avait fait des progrès ; ces progrès se poursuivirent après son retour. Il n'en fut pas l'ouvrier responsable, mais il ne fit rien pour les enrayer, ni même pour les contrebalancer. Il est permis de croire qu'aux yeux de l'observateur pratique qu'était Calvin, les Genevois de 1541 n'étaient pas mûrs pour être, dans une Église, des membres libres et souverains. Dès lors, dans rétablissement religieux, il fallait limiter leur liberté, et plus encore leur souveraineté. Simultanément, était-ce conséquence ou coïncidence? leurs franchises civiques périclitèrent. Cet esprit de défiance que suscitaient un certain nombre de citoyens, papistes mal résipiscents ou libertins mal pensants, et qui forçait l'Église de les tenir en bride et l'État de leur faire sentir le mors, devait avoir une répercussion sur le terrain de la vie civique et politique.