Galiffe, Notices généalogiques, III, p
4. Sur les curieuses discussions qui précédèrent et suivirent le rétablissement de Noël, voir Gaberel, III, pp. 46-49. En 1728 encore, la Compagnie des Pasteurs blâmera les régents de n'avoir pas tenu classe le jour de Noël.
5. Louis Tïïomas, la Doc{> >».■ «'/« iifnQnçbp '-" tfUrtèfftC pp, 4344 (G^èye, 18?Jh
Calvin, prohibant comme trop papistiques un certain nombre de prénoms. Le vieux nom de Claude, qu'avaient aimé tant de générations de Genevois, fut impitoyablement proscrit. Ainsi disparaissait un lien suprême entre les vivants et les morts; et Montaigne trouvait que ces procédés de la Réforme manquaient de délicatesse1. Mais lorsque Calvin parlait, les morts n'avaient qu'à se taire, tout comme les vivants. La primitive Église s'était laissée aller à quelques condescendances pour certains usages païens, qu'elle avait tout doucement tournés à la gloire de son Dieu; mais le Dieu de Calvin n'eût jamais admis ces accommodations. L'idée même de transition n'avait aucun sens pour cet inflexible génie: il était venu pour abolir l'âme populaire qu'avaient formée des siècles d' * idolâtrie, » et pour en créer une nouvelle.
La fréquentation collective de la Cène devait sanctionner l'éclosion de cette âme nouvelle. Malheur à ceux qui s'y dérobaient ! Après deux interrogatoires, Jeanne Petersman, ayant déclaré qu'elle voulait vivre en la foi de l'Eglise de Rome et que, dès lors, elle ne pouvait recevoir la cène, était proclamée rebelle, et renvoyée devant les Conseils, pour être « corrigée
1. Essais, I, chap. xjlyi. Cf. Roget, Histoire du peuple dé Genève, II, p. 249 (Genève, 1871-1884). — Galiffe, Nouvelles pages d'histoire exacte, soit le procès .de Pierre Arneatix, pp. 76-77 (M, L JV.,IX, 1863),
par manière évangélique, afin quelle n'allât pas autre part pour ydolâtrer 1 ».
Mais la vieille conscience religieuse de Genève, même frappée à mort, éprouvait encore des convulsions. Et l'on murmurait, un peu partout dans la ville : c'est un Français, que ce Calvin, et c'est de Français qu'il s'entoure; de quel droit ces Français nous rnènent-ils ? Des hommes qui n'étaient pas de Genève, mettaient un zèle soupçonneux à perpétrer dans toutes les consciences, individuellement, successivement, la ruine de tout le passé, pour procéder à la reconstruction morale de la cité. Elles étaient protestantes, ces consciences; elles ne voulaient pas que Pierre de la Baume revînt ; elles n'allaient pas en Savoie chercher la messe; mais était-ce leur faute, à elles, si elles toléraient en leur for intime, presque inconsciemment, quelqu'une de ces contradictions qui, dans les coeurs les plus infidèles au passé, perpétuent quelque chose de ce passé? Elles s'étaient déchirées d'avec elles-mêmes, jusqu'à r^tte fibre lointaine où la déchirure faisait trop souffrir : pourquoi ces Français leur demandaient-ils davantage ? Il y a des incohérences au fond de toute vie : tel rationaliste est superstitieux; tel libertin porte des médailles; le croyant commet ce suprême acte d'incohérence, le péché. Pour