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Roget, Histoire du peuple de Genève, II, pp

2. Galiffe, Nouvelles pages, pp. 96-109. — Gautier, la Médecine à Genève jusqu'à la fin du dix-huitième siècle {M. S. H. XXX (1906), pp. 138-148). La dernière sorcière brûlée à Genève devait être Michée Ghauderon (6 avril 1652). Le docteur Ladame estime qu'un grand nombre de procédures enta-

miers mois de 1545, dix-neuf femmes et sept hommes périrent; et Genève semble avoir été le foyer d'où se répandit dans les cantons suisses, dans la Savoie et jusqu'à Lyon, la croyance aux « boute-peste ».

Dans les seules années 1542 à 1546, on compta, dans cette très petite ville qu'était alors Genève, 58 condamnations à mort. Du 17 février au 15 mai 1545 il n'y eut pas moins de 34 personnes brûlées, écartelées ou pendues. Le 6 mars 1545, le directeur de la prison vint dire aux conseillers qu'il ne savait plus comment loger et nourrir les captifs K Cette prison si remplie n'était autre que l'ancien Évêché. C'est là jadis qu'Adhémar Fabri avait proclamé les libertés de Genève : aujourd'hui les Genevois s'y entassaient, pour être châtiés et domptés. Une méthode s'inaugurait ainsi, pour éloigner de la cité où Dieu devait régner le scandale dont Dieu s'irrite, le scandale dont la cité pâtit : cette méthode était précisée dès l'année 1543, dans la nouvelle codification des lois genevoises, qu'avaient préparée, sur la demande du Conseil, Calvin et le chroniqueur Roset. Dans ce code, le mot « mort » revenait sans cesse : mort contre l'idolâtre, contre le blasphémateur,

mées à Genève au seizième siècle eontre des sorciers et sorcières ont été perdues, et qu'on ne peut en fixer le chiffre {Ladame, Procès criminel de la dernière sorcière brûlée à Genève, p. 1, Paris, 1888).

1. Gauvee, Nouvelles pages d'histoire exacte, p. 6, n. 2, et 97.

contre le fils qui frappe son père, contre l'adultère, contre l'hérétique; et ce code prolongeait, en les aggravant, les pénalités judiciaires de l'époque antérieure. Certaines imaginations ingénieusement féroces trouvèrent même de nouveaux procédés de torture, comme si tout artifice était bon, si cruel fût-il, pour démasquer les arlifices de Satan {.

Il y eut, dans ces mêmes années 1542 à 1546, 76 décrets de bannissement. Aux portes de Genève durent souvent se croiser, d'une part, s'en allant en terre savoyarde ou bien en terre suisse, des catholiques attachés au droit qu'avaient leurs consciences de ne se point soumettre au calvinisme, et d'autre part, entrant à Genève, des réfugiés de France ou d'Italie, qui, chassés de leur patrie, s'en venaient demander à la ville de Calvin le droit de vivre en protestants. C'étaient comme deux cortèges de consciencesfugitives, qui toutesavaient perdu leur patrie, et le plus souvent, avec leur patrie, leurs biens. Consciences déracinées, libérées de toute attache à la terre, par leur façon personnelle de concevoir le chemin du ciel. Mais les unes, celles qui déménageaient de Genève, allaient se disséminer comme elles pourraient dans les terres catholiques, voisines ou lointaines, sans grand espoir d'y reconquérir une

1. Fazy, Procès de Jacques Gruet, p. 21, n. 2. (M. I. N., XVI,

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situation matérielle équivalente à celle qu'elles avaient sacrifiée. Quant aux autres, celles qui emménageaient, elles apparaissaient à Calvin comme le sel qui convenait pour l'aride terre genevoise. Une cité chrétienne idéale, sous l'action des prédicants et des bourreaux, devait enfin s'édifier sur l'emplacement de la Genève papistique : par cela même qu'elle deviendrait un sûr asile pour les membres du Christ, elle devait être, d'après le rêve de Calvin, un indestructible sanctuaire pour Dieu. Ces étrangers qui avaient souffert, qui avaient fait leurs preuves, pour la gloire du Dieu de Calvin, devenaient ainsi comme les pierres de choix, commelesassises élues. Religieusementparlant, c'était naturel, mais comment s'étonner qu'un certain nombre de Genevois, insuffisamment accessibles à ces considérations religieuses, souffrissent de cette intrusion comme d'un affront ?

Ils pouvaient souffrir, mais en silence : gare à eux s'ils parlaient ! Le Consistoire avait des oreilles ouvertes, et des sentences prêtes. « S'il y avait la guerre, disait un garçon pharmacien, je frapperais plus fort sur les Français que sur les ennemis. » Il eut à s'expliquer devant le Consistoire1, et le Consistoire, encore, eut à

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