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AVANT-PROPOS XXI

Elle se plut jadis à coiffer ses armes d'un auguste cimier, le trigramme du Christ; et peut-être voulut-elle affirmer ainsi qu'elle ne relevait plus du Pape, mais de Jésus seul, qui dans ce temps-là — Servet en sut quelque chose — était encore, à Genève, officiellement considéré comme Fils de Dieu. Mais ce trigramme était un legs du passé catholique : un distingué numismate de là-bas, M. Eugène Demole, vient d'en retrouver l'émouvante genèse (1). Dès itfli, Tévêque de Genève, dans un mandement, avait ordonné, à la prière des syndics, et pour la perpétuelle vénération du nom de Jésus, que ce nom serait mis, désormais, sur les portes de la ville. La Genève de la Réforme subissait, sans le savoir, l'influence d'un « idolâtre » du quinzième siècle, saint Bernardin de Sienne,' grand propagateur de la dévotion au nom de Jésus. Lorsque en i54o, avant le retour de Calvin, un écu d'or fut frappé, qui encadrait entre les mots : Post tenebras lux, le trigramme du Christ entouré de rayons, et lorsque en i54s le

(1) fievue misse de numismatique, jq{ (1917), pp, 35? 360

Conseil ordonna que « sur les portes rlétiVes de la ville fussent mis des Jésus sur les armes de la ville, » les rayons de lumière qui s'attardaient à briller, autour du nom du Christ, sur les monnaies et sur lés portes de Genève réformée, étaient la survivance d'une autre lumière que celle dont s'ehorgueillissait l'entreprenante devise. Ernest Naville eût goûté cette pacifiante exégèse des armes genevoises s il eût plu à l'auteur du livre sur le Témoignage dit Christ et ïariilé du monde chrétien, qu'Un reflet de Rome eût subsisté sur le blason de Genève, et que ce reflet, en plein vingtième siècle, y fît encore resplendir le Christ.

Nous tenons, en tête de ce livre, à remercier tout spécialement M. le docteur Maillart- Gosse, qui nous a si gracieusement ouvert sa très riche collection de gravures, et qui nous a permis d'en bénéficier pour l'illustration; M. Henry Tronchin, qui nous a libéralement autorisé à reproduire deux tableaux de son admirable galerie de Bessinge ;

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M. Brun, qui a bien voulu mettre à notre disposition son beau portrait de l'abbé Carry. Nous savons que beaucoup de Gene^ vois, même étrangers à l'Eglise romaine, aimeront à retrouver ici les traits de ce prêtre, qui fut un ouvrier d'avenir.

M. Edouard Favre, président de la Société d'histoire et d'archéologie, MM. Théophile Dufour, Eugène Ritter, Henri Heyer, Edouard Chapuisat, Horace Micheli, l'abbé Albert Vogl, nous aidèrent de leur hospitalière érudition. Qu'il nous soit permis de les unir, dans l'hommage de notre reconnaissance, à M. Cramer-Micheli, dont les obligeantes communicatiohs nous mirent à même d'étudier de près la reconstruction de l'Eglise nationale genevoise; à Mlle Augusta Fouilloux, qui voulut bien, au cours de nos corrections d'épreuves, faire pour nous, sur place, de nombreux suppléments d'enquête; à M- Gardy, bibliothécaire de l'Université; à M. Edouard Dufour, bibliothécaire de la Société de lecture. C'est en explorant les salles de cette Société — héritage, qui chaque jour s'enrichit, de plusieurs générations de haute culture — que nous avons

appris à connaître la lointaine Ville-Église, en même temps que les bonnes grâces de l'accueil genevois nous faisaient aimer la « Genève ville Suisse », la Genève d'aujourd'hui.

Paris, 12 avril 1919.

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