AVANT-PROPOS XIX
pourtant — elle fut enfin l'objet : Post Unebras lux. « Rien n'existe de ce qui s'est développé depuis la mort des apôtres, observe avec Une éloquente stupeur M. Eugène Ritter. Ces quatorze ou quinze siècles, qui ont été féconds pour la pensée, et abondants en sainteté, un coup d'épongé les efface. 11 y a là quelque chose de comparable au vandalisme fanatique des Musulmans (i). » Voilà comment Un Genevois mieux informé juge l'état d'esprit dont s'inspiraient les Genevois du seizième siècle lorsqu'ils libellaient l'orgueilleuse devise.
Mais le teftips n'est plus où les armes de Genève s'exhibaient comme un appareil de polémique... Qu'est-ce que les ténèbres, aujourd'hui, et qu'est-ce que la lumière? Parmi les Genevois épars demeurés fidèles à l'antique orthodoxie réformée, j'en trouveraïs plusieurs pour qui l'évolution actuelle du subjectivisme protestant n'est qu'une marche vers les ténèbres, et pour qui la lumière demeure le dépôt de la foi, le dépôt dont Genève s'écarte. Faudrait-il donc un
(1) Eugène Rittek, les Eglises chrétiennes au matin du viixjtième siècle, pp. 73-74, Paris, 1912.
XX UNE VILLE-EGLISE t GENÈVE
jour renverser la devise, et confesser avec tristesse : Post lucem Tenebrsel Mais non : les trois beaux mots qui figurent dans les armes de Genève méritent d'être pieusement respectés; il n'est aucune confession chrétienne qui ne puisse aimer à les faire siens. Nous les traiterons, ces trois mots de la vieille Genève, comme Genève moderne traite des formules dogmatiques beaucoup plus vénérables encore : nous y chercherons un symbole, un magnifique symbole. Post tenebras lux! Cela pourrait, cela devrait être la devise de toute vie humaine ; car il est du devoir de tout homme de disposer des ascensions dans son cœur pour s'élever des ténèbres du moi vers la lumière du détachement, et des ténèbres de la chair vers la lumière de l'esprit. Post tenebras lux ! Je me refuse à voir, dans ces mots, la constatation provocante d'une victoire confessionnelle ; j'aime mieux les interpréter comme une prière, comme une aspiration, comme un élan. Je voudrais que la Ville- Église, comme autrefois Gœthe mourant, invoquât de la lumière et toujours plus de lumière,