‹ Une ville-égliseChapitre 61 sur 121 · Cartier (B. S. //., II, pp. 192, 193 et · texte numérisé non relu

Cartier (B. S. //., II, pp. 192, 193 et

3. Au dix-septième siècle encore, après avoir envoyé à Agrippa d'Aubignô des matériaux pour son Histoire, les Con« seite h Gtenèv? en prohiberont nmpreasiQn è Genève,

de la cité du refuge, des nuages s'accumulaient : elle se sentait menacée — et le protestantisme avec elle — par le traité qu'Emmanuel-Philibert de Savoie signait en mai 1577 avec six cantons catholiques des Ligues suisses. Le roi de France, à vrai dire, venaitbientôt à la rescousse, et de Genève, et du protestantisme, en concluant avec Soleure et Berne, en 1579, un traité pour la protection des Genevois; et le choix du protestant Sancy comme ambassadeur auprès des Ligues accentuait la signification de cet accord. Mais il est des heures où les efforts tentés pour établir un équilibre de forces amènent, tout au contraire, le déclenchement des hostilités. Genève sentait qu'une offensive savoyarde demeurait toujours prochaine. Les Bernois, en 1584, s'unissaient derechef à Genève par une alliance dite perpétuelle, à laquelle Zurich s'associait; mais en 1589 ils désertaient cette alliance pour traiter avec Charles-Emmanuel de Savoie, qui, cette année même, orgasait contre Genève une terrible agression1, L'avoyer Louis Pfyffer, qui fut à cette époque, pour la Suisse catholique, une sorte de directeur politique, dépensait tous ses efforts pour brouiller le roi de France avec « cette ville corrompue de Genève et la canaille impie qui l'habitait »; il s'essayait à négocier des ententes

| gpiQfl (i<>, j s,;t.. hn-f discours (Godet, pp, 136-138),

120 UNE VlLLE-ÈGLiSE ! GENÈVE

entre la France et la Savoie. Henri IV, à certains instants, tenait bon pour Genève; à d'autres instants, il fléchissait, se dérobait; et les périodes durant lesquelles son influence semblait s'installer dans Genève comme une souveraineté protectrice, étaient marquées par un refroidissement entre la cité genevoise et les cantons protestants, qui craignaient que Genève ne dévint un jour, pour la France étrangère, la porte de la patrie suisse1.

Il y eut là, pour Genève, entre 1580 et 1605, un effrayant quart de siècle, durant lequel elle acheva de se bien connaître, en luttant pour sa vie, en ne comptant que sur elle, en rendant évidente, pour toutes les consciences, l'intime solidarité du peuple et de l'Eglise. Le peuple s'armait, se battait^ faisait sentinelle; et parce que ce peuple était en même temps une Église, les délégués qu'il envoyait en Angleterre, en Ecosse, en Germanie, en Pologne, en Hongrie, en Transylvanie, pour avoir de l'argent, rentraient à Genève, les mains pleines2. Un moment, en 1586, les magistrats songèrent, à cause du malheur des temps, à sup-

1, Oechslî, dans les Cantons suisses et Genève, pp. 27-44. — Rott, Histoire de la représentation de la France auprès des cantons suisses, II, pp. 235 et suiv. (Paris, 1902) — Fazy, Genève et Charles-Emmanuel I*' [1589-1591) (Genève, 1909).

2. Sur les collectes en Angleterre de 1583 à 1603, voir Vreeland, Etudes sur les rapports littéraires entre Genève et V Angleterre jusqu'à la Nouvelle Héloïse, p. 59 (Genève, 1901).

primer l'Académie; alors Bèze s'insurgea : « Si cela se fait, déclara-t-il, Genève sera ensevelie, nos ennemis s'en réjouiront; cette école est la pépinière des ministres de France; on y envoie d'Angleterre des écoliers1. » C'était comme Eglise, comme centre d'Eglise, comme séminaire d'Eglise, que la vie, pour cette nouvelle Genève, valait la peine d'être vécue; et c'était à ce titre qu'une partie de l'Europe l'aidait à vivre, c'était à ce titre que des protestants de Gex, que des Vaudois, venaient la défendre au prix de leur sang2; et c'était à ce titre, enfin, que battant le rappel dans les salles du Collège, elle poussait aux remparts les étudiants anglais, français, italiens, pour que, les armes à la main, ils empêchassent Genève de succomber. L'argent qu'on envoyait à l'Académie pour la gloire et la diffusion de la Réforme payait, aux heures critiques, l'achat des armes ou l'équipement des troupes : la Réforme avait besoin que ce coin de terre demeurât libre; et cela, d'avance, justifiait les virements de fonds qui attribuaient à des soldats ce que de pieuses âmes avaient offert pour les prédicants3. « Prie Dieu, écrivait Bèze à l'un de ses amis, qu'il protège ce nid d'hirondelles dans lequel tant d'oiselets chassés

Page 1