Oesciili, dans les Cantons suisses et Genève, pp
2. Henri Fazy, la Suint- Barthélémy et Genève (M, I. N., XIV, 1879).
pistes, chuchotait-on, désirent, de loin, la tète de M. de Bèze, comme ils ont eu celle de M. l'amiral. Pour avoir l'aide de Dieu, pour s'aider eux-mêmes, les magistrats commandèrent que chacun eût à « tenir ses armes prêtes et à hanter les sermons ». Ainsi les Genevois étaient-ils conviés aux sermons, comme à des mobilisations spirituelles, qui se prolongeraient ensuite^ s'il le fallait, jusqu'aux remparts, pour défendre contre l'assaillant éventuel l'honneur de la ville et la tête de M. de Bèze. L'assistance aux prêches devenait comme un épisode de la défensive : on y venait puiser la confiance qui fait vaincre; on y venait apprendre les desseins de Dieu sur Genève. De jour en jour, les réfugiés arrivèrent, pasteurs de France, fidèles de France; on les logea, on les nourrit, on empêcha les propriétaires d'élever le prix des loyers, on demanda de l'argent aux villes protestantes voisines pour assister ces confesseurs de l'Évangile. Mais avant de les recevoir, Genève les purifiait: si quelqu'un d'entre eux, pour sauver son repos ou sa vie, avait, en France, pris part à quelque cérémonie papiste, il devait se confesser, devant le Consistoire, de s'être ainsi « pollué aux idolâtries, » et faire réparation de sa faute1; ensuite seulement, il
l. Exemples dans Cramer, pp. 174-176.
jouissait de la Gène, par un acte de fraternité religieuse qui était comme le prélude de la fraternité civique. C'est par de telles méthodes que PÉglise de Genève préservait l'intégrité du peuple de Dieu.
Les magistrats, politiques prudents, cédant aux désirs de Messieurs de Berne, qu'intimidait le ministre du roi de France, empêchaient les imprimeurs genevois de publier des protestations contre la Saint-Barthélémy 1 ; ils contraignaient Bèze d'aller faire imprimer loin de Genève son livre sur le droit des magistrats2, et peu s'en fallait qu'après avoir permis l'impression du livre d'Hotman : Franco-Gallia, ils ne retirassent l'autorisation, par crainte de la France. De toute évidence, il n'entrait pas dans leurs pensées d'exposer Genève à des ennuis diplomatiques en l'érigeant en citadelle de certaines théories politiquement suspectes3. Mais le sentiment même qu'ils avaient de la situation précaire où se trouvait leur ville amenait ces prudents économes à donner à la force militaire, dès lors répartie en quatre régiments, l'organisation qu'elle devait conserver pendant plus de trois cents ans. Car à l'horizon