‹ Une ville-égliseChapitre 63 sur 121 · Borgeaud, I, p. 169 (Bèze à Durnhofler, 27 août · texte numérisé non relu

Borgeaud, I, p. 169 (Bèze à Durnhofler, 27 août

2. Abbé Gonthier, Œuvres historiques, I, pp. 177-332 (Thonon, 1901). — Pératé, la Mission de François de Sales en Chablais {Mélanges d'archéologie et d'histoire publiés par racole française de

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Gex, étaient parcourus par d'actifs Jésuites, un Français, Jean Saunier, un Ecossais, Alexandre Humaeus. Tout aux portes de Genève, enfin, la petite ville d'Annemasse, au début de 1597, devenait le quartier général d'un controversiste capucin, le Père Chérubin: il y promenait en glorieux cortèges le Crucifix et l'Hostie, ces deux victimes de la Réforme genevoise. C'est ainsi que du Chablais, et du Genevois, et d'Annemasse, la propagande catholique paraissait défier les ministres de Genève. Le défi, parfois, devenait public, soit qu'on les convoquât dans quelque cité savoyarde, soit qu'on osât surgir dans Genève même, pour leur imposer une « dispute ». Saint François de Sales, en 1596, conférait sur le Molard, trois jours durant, avec le pasteur de la Faye * ; il retournait à Genève, en avril et juillet 1597, à l'instigation du pape Clément VIII, pour avoir deux entretiens secrets avec Bèze ; et Bèze, après de la Faye, lui faisait l'effet d'un « cœur de pierre2 ».

A mesure que grossissait autour de Genève le chiffre des convertis, des processions s'or-

1. Hamon, Vie de saint François de Sales, éd. Gonthier et Letourneau, I, pp. 223-224 (Paris, 1909). — Veuillot, Vie des premières religieuses de la Visitation- Sainte-Marie, d'après la H. M. Madeleine-Françoise de Chaugy, I, pp. 291-296 (Paris, 1865).

2. Hjlmon, op. cit., 1, pp. 245-262. — Saint François de Sales à Clément VIII, 21 avril 1597 {Lettres, l, pp. 268-272). (Nous citons les lettres de saint François de Sales d'après l'édition publiée par les Visitandines (J'Annecv, aux tomes X! et Rivants (}e ses û&uwyw,

12 i UNE VILLE-ÉGLISË : GENÈVE

ganisaient, pour les encadrer, et pour attester aux voisins genevois, à ces « cœurs de pierre, » les progrès de la foi romaine. De tous les points de la Savoie, les 7 et 8 septembre 1597, des confréries de pénitents s'ébranlaient, faisaient route vers Annemasse ; on dressait sur la route d'Annemasse à Genève une grande croix de bois, que solennellement saint François de Sales bénissait; et sur cette croix on mettait une plaque, qui signifiait aux promeneurs genevois :

Ce n'est point la pierre ou le bois Que le catholique adore ; Mais Dieu, lequel mort en croix, De son sang la croix honore.

Un théologien de Genève, Lignaridus, au printemps de 1598, descendait à Thonon, à la rescousse des ministres protestants : il commençait une joute contre le Père Chérubin, puis rentrait à Genève, avec prestesse, se dérobant à des joutes nouvelles; le Père Chérubin prolongeait ses défis, aucun autre pasteur ne les relevait1. « Il est temps de faire aux alentours de cette ville de Genève, écrivait saint François de Sales, des œuvres pies en grand nombre : réformes d'abbayes, prédications, disputes, publications d'opuscules et choses semblables,

1. Boiioeaud, I, p. 251. — Fleury, Saint François de Sales, le P, Chérubin et les ministres de Genève (Paris. 1864)-

DE BÈZE A LA REVOLUTION FRANÇAISE IgS

dar ainsi le renard crèvera dans sa tanière1. » Les « Quarante-Heures » de Thonon, en septembre 1598, marquaient un triomphe pour saint François de Sales et pour Rome : d'im^ mensçs processions se déroulaient, faisant défiler sous les regards du cardinal de Médicis et du duc de Savoie tous les réformés dont les consciences acceptaient l'obédience romaine2. A défaut de pasteur, Genève s'essayait à expédier dans ces régions, désormais perdues pour le Dieu de Genève, quelques ingénieux colporteurs, qui furtivement distribuaient des livres calvinistes; mais si l'on devait lutter à coups de livres, la Savoie ne voulait pas être vaincue : une imprimerie se fondait, à Thonon, pour publier et propager une littérature catholique; à côté de cette imprimerie allait bientôt s'ouvrir une université, et puis une école industrielle, pour accueillir, former, faire vivre les convertis de Berne ou de Genève qu'on gardait l'espoir d'attirer; et le duc de Savoie se préparait, sur les instances du nonce, à fortifier Thonon, à faire de cette ville une citadelle ca* tholique en face de la citadelle calviniste3. De grands espoirs fermentaient dans les

1. Saint François de Sales au nonce Riccardi, 18 mai 1598 {Lettres, I, p. 337).

2. Sur ces Quarante-Heures, voir les deux lettres de Charles-Emmanuel lui-même dans Documents sur l'Escalade, pp. 120-121.

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