Choisy, op. cit., p
îtô UNE VtLLE-^GLÎSË ! GENÈVE
prendre dans Genève, comme partout dans le monde réformé, que « sortir par le libre examen d'une religion dont le libre examen est lui-même le fondement, ce n'est point proprement en sortir, c'est plutôt en développer et épurer la doctrine1 » ; mais la Genève du dixseptième siècle n'était pas encore mûre pour de telles conclusions ; elle surveillait la tentation même de penser librement. On l'épiait, dès l'aurore de la vie intellectuelle, dans les jeunes cerveaux d'étudiants : sous Bèze, en 1579, un étudiant italien connut la prison, pour avoir osé, dans un factum, relever vingt erreurs de son professeur de dogme; ce jeune homme n'était autre que Giordano Bruno, et sans doute il n'aurait eu qu'à rester à Genève, et à continuer d'y parler, pour y trouver, sans trop de délai, le sort qui l'attendait au Campo di fiori"1. En 1622, on vit s'organiser dans Saint-Pierre une grande pompe d'excommunication contre un jeune Rémond, d'Annonay, coupable d'avoir, avec un autre camarade, raillé les Ecritures et les pasteurs, et qui, après avoir été condamné à l'échafaud, avait obtenu sa grâce. On le conduisit dans le temple jusqu'au pied de la chaire, l'anathème s'abattit sur lui, et puis on le fit sortir,
1. Jules Lf/maitre, les Contemporains, VI, p. 263 (Paris, 1896).