Une ville sous le régime collectiviste
Certains intellectuels enseignent à la jeunesse fran(;ciise que le socialisme collectiviste et révolutionnaire est le dernier mot du progrès humain et prépare aux générations futures un nouvel âge d'or.
(;ette opinion, toute poétique, ne repose sur aucune donnée scientifique et ne procède d'aucune règle précise, d'aucune expérience acquise; elle est donc au moins discutable.
En attendant qu'il se montre vraiment rénovateur et vraiment régénérateur, le socialisme collectiviste et révolutionnaire produit surtout le mal, sème la ruin(% enfante Tanarchie.
J.es citoyens brestois viennent de faire une cruellvî cxi)érience. A la veille des élections générales municipales de 1908, narrer leur infortune est œuvre nécessaire et nous considérons comme un devoir d'en mettre le tableau sous les yeux de tous les électeurs fran^*ais, des contribuables de toutes les villes de France à qui pareille calamité ])eut advenir demain.
A mesure que l'Idée Socialiste se pro])age chez un jHMiple, on constate, du même coup, l'amoindrissement des énergies, la chute des caractères et, comme
conséquence, le tarisseniimt des sources de vie natio nale : commerce, agriculture, industrie, armée, marine.
En France, les excès des révolutionnaires de 93^ premiers champions du socialisme moderne, provo quèrent le 18 Brumaire et firent apparaître le Sabre de Napoléon salué alors par les populations terrorisées comme un symbole de résurrection et d'affranchissement. En 1848, même cause et même effet : Napoléon apparaît bientôt comme le sauveur de la société menacée.
Héroïquement, mais inutilement, de bons républicains se font tuer sur les barricades du 2 décembre qui eussent agi plus efficacement pour la conservation de la République en barrant la route aux démagogues, auteurs responsables du deuxième coup d'Etat bonapartiste.
De nos jours, après 37 ans de République, est-il exagéré de dire que les progrès considérables de la Sociale marquent un recul certain de l'idée Républicaine et que deux forces se trouveront bientôt en pré sence sur le champ clos des batailles intestines :
La révolution, la réaction ?
Exposer l'œuvre néfaste d'une municipalité collectiviste-révolutionnaire comme celle de Brest, c'est apporter un sérieux élément d'appréciation à l'étude de ce problème général, de cette question si grave dont l'opinion ne peut manquer de se préoccuper très vivement désormais.
Nul ne saurait nier aujourd'hui les ravages du socialisme collectiviste et révolutionnaire sur l'ensemble du territoire où il s'est étendu comme le phylloxéra entamant, pourrissant jusques au plus
ni
bas de leurs racines les plants autrefois vigoureux de notre grande et forte nationalité.
Voici les résultats d'une expérience partielle notée jour par jour. Nous allons suivre les sillons du champ de démonstration où a poussé en toute licence la mauvaise herbe socialiste ; résumer l'œuvre d'une municipalité et d'un conseil municipal issus du Socialisme ; montrer en même temps que l'affreuse tromperie des promesses électorales, la faillite complète du programme, le néant des résultats pratiques ; puis, dépeindre les ruines accumulées, accuser les déficits et les pertes, énumérer les désastres.
Il importe, n'est-ce pas ? que l'histoire de la Municipalité Aubert et Cie passe à la postérité, — et que la leçon profite aux électeurs de toute la France.
Il faut que les Brestois de plus tard, ceux qui viendront après les Brestois d'aujourd'hui, soient mis à même de connaître, par le menu, ces quatre années de folie municiî)ale qui, certes, marqueront dans ce que Ton appelle les « annales » de leur cité ; mais tous les citoyens français sont intéressés au même degré à en être instruits.
Ce fut un temps d'arrêt certain, indiscutable désormais, dans les transformations d'in^giène et d'embellissement utilitaire dont une ville moderne peut à bon droit se montrer jalouse, surtout lorsqu'elle compte plus de 80.000 habitants dans sa population agglomérée, et près de 120.000 si Ton considère que les communes suburbaines de Lambézellec, de Saint- Marc et de Saint-Pierre-Quilbignon, bien qu'administrativement autonomes, mêlent leur existence quotidienne à la vie brestoise elle-même, respirent le même air, boivent la même eau, sont unies par les
rails cVacier du même tramway, A'éliiciile incessant de voisinage et d'intimité.
L'heure des élections approche ; elle sonnera bientôt par tout le pays.
Répandre Thistoire véridique de la gestion municipale brestoise depuis le mois de mai 1904 jusqu'à ce jour est le moyen le plus pratique, le plus sûr de préparer les cito^^ens aux luttes électorales procliaiues ; ceux qui ont i)âti à une revanche éclatante du l)on vsens, de la raison, de la vérité ; ceux qui sei-aient tentés d'essayer du Socialisme, à une inmdente manœuvre de stoppage.
Certains faits de la plus extrême gravité, ceux, notamment qui remontent à la premières et à la deuxième année de cette période néfaste à tant d'intérêts, sont déjà oubliés.
Les politiciens rouges qui en furent les auteurs responsables, et comme les metteurs en scène, complent sur cet oubli ; espèrent ainsi retaper leur populaivité à jamais compromise, puis se représenter, demain, devant les électeurs en des attitudes d'agnelets innocents et doux.
Xous nous efforcerons de mettre en vive lumière toute cette sombre comédie, de ne négliger aucun incident, de reprendre par le menu les actes de ces exploiteurs de crédulité populaire.
Depuis leur entrée à l'Hôtel de Ville, nous avons suivi ces nu^ssieurs de très près et rien de ce qu'ils ont fait ne nous a échappé. Tour à tour, ils nous sont apparus violents sectaires, inconscients, absurdes, comiques ; ils ont mis parfois le comble au grotesque et leur administration restera longtemps légendaire sur les deux rives de la Penfeld, par
toute la Bretagne, par toute la France et même à l'étranger où ils ont excité la verve du caricaturiste et (lu chroniqueur.
Le malheur a voulu que par un calcul politiqui dont le sens nous échappe, dont le but nous fuit, le gouvernement de M. Combes, d'abord, puis celui de M. Clemenceau, aient consenti à couvrir de leur protection officielle une assemblée tintamarresque guettée par Guignol et digne surtout du théâtre de maître Polichinelle.
La jjresse du monde entier a gémi des scandales déplorables dont, grâce à cette collaboration inexplicable de deux ministères radicaux avec des gens de désordre et de révolution, la ville de Brest fut longtemps troublée.
Cette connivence aujourd'hui évidente de deux cabinets successifs avec la municipalité socialisterévolutionnaire brestoise se manifesta de la façon la plus clioquante par l'exécution inique, inqualifiable, (le hauts fonctionnaires militaires et civils qui eurent le tort d'accomplir juscpi'au bout leur difficile devoir.
Ce fut une indignité.
Lorsque des bandes hurlantes traversaient les rues de la ville, brisant portes et fenêtres à coups de cailloux, braillant Vlntcniationalc, conspuant h^s amiraux, démolissant les propriétés privées, assiégeant les lu^tels et les maisons particulières, la municipalité refusa de re(iuérir les troupes et il fallut priver le citoyen-maire Aubert de sou droit de réquisition.
11 fallut lui (3nlever, en même temps, ses ]K)uvoirs de police.
Dès lors, le maire devait être impitoyablement frappé, révoqué.
On n'en fit rien ; au contraire !
Au milieu de Tanarchie générale déchaînée et menaçante, deux hommes eurent cependant le courage d'assumer des responsabilités : M. Collignon, préfet du Finistère et M. Tourel, sous-préfet de Brest. M. Clemenceau leur fit payer cher cette intrépidité. Nous aurons à rcAxnir sur ceux-là dans les pages qui vont suivre. Le chef du gouvernement se rendit coupable en cette circonstance d'une très mauvaise action contre laquelle nous ne cesserons de protester ; il obéit aux rancunes inavouables d'individualités plutôt négligeables et qu'il pouvait briser d'un geste, à la grande joie de tous les bons citoyens brestois.
Ketrouverons-noas à la veille du scrutin où doivent logiquement sombrer les socialistes cette complicité gouvernementale et verrons-nous encore une fois des ministres tendre une perche secourable aux tristes administrateurs élus, on peut le dire, (( en un jour de malheur » ?
Jusqu'à présent, jusqu'au moment où ce livre est remis aux mains de T imprimeur, l'œuvre municipale se résume en deux mots : NÉANT, RUINE.
Aucun des grands projets de travaux devenus pressants n'a pu aboutir.
Le régime des eaux signalé comme pernicieux par les autorités médicales les plus autorisées n'a pas été modifié (1).
(1) Un rapport du directeur en chef du service de santé du 11' corps d'année. M. Annesley. en date du 22 avril l!»04. constate (|ue sur les dix sources ou réservoirs (|ui alimentent la ville de Brest, six sont contaminés. La présence du « Itacteiium coli » a été constatée, notamment, dans les trois réservoirs de Stanyalar, qui envoient les eaux à la caserne du Château, ou, chaque année, d ailleurs, éclate la fièvre typhoïde.
Les fortifications qui devaient tomber sous le souffle puissant de la trompette socialiste sont encor3 debout. Pas une porte de ville n'a été élargie.
L'hospice, où les malades sont littéralement entassés, n'a subi aucune amélioration.
Le théâtre aurait été mis en faillite si la caisse des contribuables n'avait été là pour venir au secours d'une direction annihilée par l'ingérence incessante et impérative de conseillers municipaux ignares et prétentieux entre les mains desquels la dernière des baraques foraines eut périclité.
Les impôts triplent, quadruplent, pour toutes les catégories de contribuables.
L'ne crise immobilière sans précédent réduit au chômage une armée d'ouvriers, et l'industrie du bâtiment subit un arrêt complet.
Sous couleur d'humanitarisme, les maîtres collectivistes révolutionnaires mettent littéralement le budget au pillage.
Des subventions pécuniaires sont votées, sans vergogne, pour toutes les entreprises de grève et d'action directe signalées aux édiles brestois par la Confédération Générale du Travail.
. La caisse publique se transforme rapidement en vache à lait, et l'on voit, de toutes parts, affluer les sollicitations les plus invraisemblables.
Sans examen, de parti pris, et pour le seul plaisir de conspuer et de taquiner l'infâme bourgeois et le non moins affreux capitaliste, les révolutionnaires de l'Hôtel de Ville suppriment les fêtes traditionnelh\s comme le concours hi]>])ique, où le commerce h^cal trouvait auparavant de gros profits ; ils expul- >sent les officiers d'un immeuble (jui leur était affecté
j>ratni1(mi(mt pour le cercle iiiilitaire ; ils s'en preuuent inêine aux sociétés de gymnastique sous prétt^xte qu'elles sont des pépinières de « patriotards ».
Et ce sont de perpétuels conflits non seulement entre les Amiraux préfets maritimes et la Mairie, mais encore entre la municipalité et l'administration préfectorale et sous-préfectorale.
Bref, de (pielque côté que Ton porte les yeux, lors- (lue Ton considère rensemble de cette période déplorable^, au cours de laquelle la ville de Brest fut considérée* comme la cité sainte de Pincohérence et de Tanarchie, on n'aperyoit que désastres matériels et ruines morales.
Et tout cela dépasse bien, n'est-ce pas ? le périmètre de l'enceinte fortifiée de la cité, car Brest est avant tout un grand arsenal maritime, une vaste usine de défense nationale, une réserve de bateaux de guerre et de munitions ; c'est dans ses eaux, au pied de son château séculaire que, depuis Louis XIV, les forces navales fran(;aises du Ponant se construisent, se ravitaillent, recrutent leurs équipages.
Or, quel patriote soucieux de la sécurité nationale, quel citoyen honnête peut, sans effroi, songer à cette énormité, à ce contre-sens, à ce scandaleux et pénible spectacle qu'un port de guerre soit transformé en école d'anti-militarisme, de révolution sociale, de collectivisme et d'action directe ?
Quelle confiance le pays peut-il avoir dans ses forces défensives lorsqu'il sait que le drapeau rouge a été adopté comme emblème sacré par ceux dont la mission toute spéciale est d'assurer la garde du drapeau tricolore ?
Hervé, l'homme du drapeau dans le fumier, est un
brestois. Il compte .ses plus fervents adeptes dans la municipalité et dans le conseil municipal au sein desquels, d'ailleurs, l'ouvrier et le commis de l'arsenal régnent en maîtres ; le citoyen Goude, adjoint au maire, célèbre par d'innombrables frasques antimilitaristes et révolutionnaires, est commis du port de guerre ; son compagnon Vibert, autre adjoint, est simple ouvrier dans le même établissement maritime; mais l'ouvrier vaut bien le commis au point de vue des idées de chambardement social et de propagande collectiviste ; puis, autour d'eux, d'autres ouvriers, d'autres commis, grands parleurs et violents meneurs. Xous les verrons à l'œuvre, tout à l'heure.
Cet exposé préliminaire a seulement pour but de montrer l'intérêt de ce livre non pas seulement au point de vue particulier de la ville de Brest actuellement contaminée, — mais encore et surtout au point de vue du pays tout entier.
Pour garantir les individus bien portants du mal qui court, la méthode préventive est employée avec succès par le médecin habile et perspicace; potir préserver les villes encore indemnes du fléau collectiviste révolutionnaire, rien ne vaut le document, le fait irréfutable, l'anecdote authentique, la peint ur»^ d'après la nature même, le croquis pris sur le vif au bon moment, et enfin l'exposé pur et simple des situations.
C'est à quoi tend notre effort en ce travail.
Nous procéderons par ordre :
Avant de décrire les etîets, nous rtMlimlierons h*s causes ; avant de récapituler les résultats, nous irmonterons aux sources mêmes et aux origines, cni-
une telle calamité ne s'abat pas sur une ville comme un coup de tonnerre. Il est toujours, en pareille occurrence, des signes avant-coureurs de l'orage et de la tempête. L'anarchie est, la plupart du temps, le produit direct de fautes accumulées par les adversaires les plus résolus de Tanarchie.
Lorsque nous connaîtrons les causes de la catastrophe, nous aurons, du même coup, appris ce qu'il faut faire et ce qu'il importe de ne pas faire pour en éviter le retour.
Nous aborderons, aussitôt après, l'histoire anecdotique d'une expérience socialiste et collectiviste poussée à fond dans une des grandes cités françaises, dans notre i)rincipal port dé guerre.
A la veille des élections municipales, notre œuvre vient à son heure, et l'exemple de Brest doit servir aux autres villes de la République.