‹ Une ville sous le régime collectivisteChapitre 2 sur 32 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Les causes de la crise

Il est bien entendu que, dans ce livre écrit surtout pour l'édification des masses, nous nous efforcerons de montrer les hommes et les faits sous leur jour réel.

Il n'entre point dans nos intentions de produire un pamphlet et l'impartialité la plus absolue doit guider notre plume en ce labeur où la vérité seule, dégagée de tout ressentiment politique, comme de toute mesquine préoccupation de popularité, doit apparaître.

C'est pourquoi, dès le début, et sans hésitation aucune, nous considérons qu'il serait souverainement injuste de faire retomber toutes les responsabilités sur la classe ouvrière.

La classe ouvrière, c'est toujours elle qui paie — mais il nous sera facile de démontrer qu'elle paie l)lus cher lorsque ses prétendus amis, les socialistes, collectivistes et révolutionnaires, sont au pouvoir et tiennent en mains la direction des affaires, les finances et ce que l'on aî)i)elle vulgairement « la queue de la poêle )).

Le caractère particulier d(^ la ville de lîi'c^st a été

(lélini par ce voyageur qui, péuétrant pour la première fois à l'intérieur de la vieille cité bretonne, s'écria soudain :

— C'est une population d'ouvriers !

En effet, et dès Tabord, ce qui frappe rétrangej' fraîchement arrivé c'est Vaspect ouvrier de la rue luvstoise. Nulle part ailleurs, même dans les grandes villes industrielles et manufacturières du Nord, cette impression n'est aussi forte.

Et si du trottoir, le passant lève les 3'eux vers l'architecture des demeures, il est immédiatement lixé sur l'absence presque absolue du luxe, du confortable, du modernisme, corollaire naturel de l'air sence de richesse et de la rareté de l'aisance.

Des officiers, des fonctionnaires, des soldats, des ouvriers, — voilà le gros de la population. Le commerce se débat en ce milieu et subit des alternatives de bons et de mauvais jours suivant les circonstan ces, suivant les caprices du moment, les occasions, les hasards ; ses bénéfices ne sont pas toujours très brillants.

Quant à Tindustrie, on peut dire qu'elle n'existe guère qu'à l'état embryonnaire et se réduit au strict minimum : on aurait grand'peine à découvrir une demi-douzaine d'usines tant à Brest que dans ses environs.

La seule industrie, la seule usine vers laquelle tous les regards se tournent, toutes les mains se tendent, toutes les sollicitations s'empressent : c'est Farsenal.

Depuis Riclielieu, Brest vit de et par la marine.

Il en résulte qu(* les fils de la Bourgeoisie caressent un idéal unique : devenir officiers de vaisseau, ou médecins, ou commissaires ou agents quelconques

(le la marine de guerre, — et que les enfants du peuple veulent tous devenir soit des matelots, soit des ouvriers du port. L'initiative commerciale et industrielle ne saurait trouver parmi ceux-là que de très rares champions.

Voilà donc, n'est-ce pas ? le terrain le meilleur' pour la semence socialiste, collecti\iste et révolutionnaire.

La population est pauvre, — les salaires sont bas. Ils sont bas depuis des siècles et l'histoire locale apprend que dès 1709 les ouvriers du port brisaient à coups de pierre l'huis des personnages civils et des autorités militaires afin d'obtenir quelque menue amélioration. On sait que cet usage s'est perpétué à travers les âges et jusqu'à nos jours et qu'il est encore pratiqué à Brest toutes les fois que par un^^ (( manifestation » le prolétariat croit devoir rappeler aux bourgeois l'existence du socialisme.

Sous la Révolution — la première — Brest tint à honneur de se placer dès le début en vive lumière rouge. •

Le douzième couplet de la Carmagnole est consa cré aux Bretons :

Oui, je suis sans culotte, moi.

En dépit des amis du roi Vivent les Marseillais Les Bretons (>t nos lois.

Bretons est ici mis ])our Brest ois, car c'est surtout à Brest que sévit la tourmente^ révolutionnaire, et cela avec une rare intensité. 11 suffit, ])()ur s'en convaincre, de relire les écrits du temps. .Malgré Unir

imprécision, en dépit de la hâte avec laquelle ils furent rédigés, on y retrouve cependant le tableau très réaliste des scènes les plus violentes, les plus odieuses.

Brest n'eut alors rien à envier à Paris, ni à Nantes, en fait d'atrocités sanguinaires.

Dans les treize couplets de la Carmagnole vous chercheriez vainement d'autres provinciaux mis au premier plan de la gloire. Les « Marseillois » et les Bretons sont seuls à cet honneur ! Il convient de dire que le 20 juillet 1792 la division des volontaires du Finistère arrivait sous les murs de Paris avec les fédérés marseillais, et que Bretons et Provençaux fraternisèrent immédiatement.

Dès 1791, une scène d'une sauvagerie inouïe se déroulait en pleine ville de Brest sur ce champ de bataille illustré depuis par tant d'exploits révolutionnaires. C'était le 23 juin, jour de la Fête Dieu, de jeunes officiers étaient réunis dans un café militaire de la rue Saint- Yves. Des caricatures avaient été dessinées sur les glaces de ce café ; l'une d'elles représentait « l'autel d^ la Patrie » sous un croquis bizarre. C'était une simple plaisanterie. Mais on ne badinait pas, à cette époque ! La foule s'ameute, envahit le café. Les autorités interviennent trop tard, comme toujours. Bref, un officier du régiment de Poitou, M. Patris, voyant ses camarades menacés d'être écharpés par le peuple en fureur, a l'héroïque courage de se déclarer l'auteur du dessin incriminé et d'en prendre toute la responsabilité. En cinq minutes il est saisi, terrassé, assassiné, décapité. Le cadavre est jeté par une fenêtre dans la rue ; puis, la tête est portée en triomphe au bout d'une pique

autour de la ville... Ce n'est qu'un an plus tard que l'infortunée princesse de Lamballe subissait un sort semblable à Paris.

Bien auparavant encore, Brest s'était mis en vedette. A la suite de la publication du nouveau Code maritime, des équipages s'étaient révoltés, qui avaient menacé de mettre la ville à feu et à sang et de massacrer la population. La nouvelle des événements du 14 Juillet 1789 avait surexcité les esprits au plus haut point. Un Conseil général de la commune, investi de pouvoirs dictatoriaux et qui était composé d'éléments bourgeois et militaires, avait été formé qui tenta, bien vainement, d'ailleurs, d'arrêter l'anarchie naissante. Ce Conseil était présidé par M. Branda, maire. En décembre 1789, le Conseil général de la commune cessait son administration et était remplacé par une Assemblée régulière, présidée par le maire Malmanche, lequel fut, plus tard, guillotiné. Les troupes, surtout celles de la Marine, étaient fortement travaillées par la propagande révolutionnaire: le 22 avril 1790, les sous-officiers des cinq divisions du corps royal des canonni(»rs-matelots signèrent un pacte contre leurs officiers, u hordo aristocrate qui, semblable à l'hydre, veut infectei* par ses odieux propos la liberté naissante. »

Le militaire-citoy(»n apparut dès lors dans tout»^ sa sphmdeur. L'indis('i])liue était favorisée^ ])ar h^ Conseil général, dont l'émulation révolutionnaire* était entretenue avec un s(Mn jaloux \k\v la Société «les Amis de hi Coiisl i( ii f ion, sorte de syndicat de la délation, dans le genre de celni (|nr la l'ranc-c vit tlenrir de nos jonrs. l.e 14 juillet 1790, h^s soldats et les matelots })ortèrent à travers les i-ues des pan-

cartes injurieuses, menayautes pour leurs chefs, pour les nobles et les ecclésiastiques. C'était d'ua bien mauvais augure. Une grève des ouvriers de l'arsenal éclate le 29 août suivant ; les grévistes jettent des pierres sur la femme de l'intendant, Mme Redon, qui, pour préserver son mari menacé, avait essayé de calmer les perturbateurs. Le 6 septembre, quinze cents matelots mutinés débarquent des vaisseaux V America et le Majestueux et se rendent à l'Hôtel de Ville pour protester contre le nouveau code pénal ; puis, ce fut le tour de l'équipage de la frégate la Fidèle. L'insubordination gagne tous les vaisseaux de la rade : les officiers sont obligés de quitter leur bord sous la huée de leurs hommes !... Finalement, les révoltés triomphent et le Code pénal est réformé par l'Assemblée nationale. Résultat : le 6 octobre 1791 on constatait que cinq capitaines et deux cent huit lieutenants de vaisseau avaient abandonné l'escadre !

En pleine Terreur, Brest compte environ 24.000 habitants. L'anarchie est partout. Les équipages des vaisseaux sur rade sont en perpétuelle mutinerie. En février 1794, la guillotine est dressée au centre de la ville, et fonctionne sans arrêt. Le 20 mai, dans la même journée, en moins d'une heure, les vingtsix administrateurs du Finistère sont exécutés sans qu'il s'élève de la foule, témoin de cet horrible massacre, un seul cri de protestation.

... Ce court préambule historique montre bien la nature du terroir ou devait, un siècle plus tard, germer magnifiquement la graine socialiste, collectiviste et révolutionnaire.

En des temps plus rapprochés, au cours des an-

nées qui précédèrent immédiatement le triomphe municipal des collectivistes, d'autres événements se produisirent qu'il eût été facile, sans doute, de prévenir. Un peu d'énergie, un peu de clairvoyance de la part des hoiirfjeois qui avaient alors la direction et la responsabilité des affaires eût probablement entravé l'essor révolutionnaire.

Est-ce scepticisme ? Est-ce crainte d'une impopularité fatale pour des scrutins futurs ? Est-ce simple pusillanimité ? Il nous serait difficile de l'établir, mais il est bien certain, et nous devons à la vérité de le dire, que la faiblesse des pouvoirs publics, et nous parlons ici aussi bien des administrations civiles que des administrations militaires, fut la cause principale et directe, la préparation normale et bénévole des événements qui s'épanouirent au scrutin du 8 mai 1904.

Ce jour là, stiivant l'expression dti déptité radical Isnard, alors chargé des intérêts législatifs de la première circonscription et l'un des auteurs responsables de la catastrophe : « Brest rugit bien ».

M. Isnard ne se doutait pas que le rugissement révolutionnaire aurait pour premier effet de le mettre à la porte du Palais Bourbon. C'est pourtant ce (\u\ advint, et cet honorable représentant éprouvait, deux ans plus tard, en mai 190(), la désagréabla surprise de se voir honteusement battu, après avoir été renié de ht façon la plus brutale par ceux qu'il avait toujours flattés, par h^s gens dont il avait sans cesse encotiragé les passions subversives. Admis de])uis lors à la retraite parlementaire, Tex-député peut méditer à loisir sur les dangers de certaines compromissions, sur le péril de certaines conces-

sions. Ce n'est i^a^s tout de hurler arec les loups, il importe de se garer de leurs crocs.

Donc, M. Isnard, député radical de la 1'^ circonscription de Brest depuis 1898 jusqu'à 1906, peur être considéré comme Tun des artisans principaux de la victoire collectiviste révolutionnaire de 1904. Il en avait étourdiment préparé les voies, au méi)ris, da reste, de toute reconnaissance vis-à-vis du conseil municipal républicain précédent dont la majorité des membres était plutôt de tendances radicales et avait, en toutes circonstances, favorisé sa réélection>

Ministériel toujours et quand même, aussi bien avec Waldeck-Rousseau qu'avec Combes et Sarrien, M. Isnard l'eût encore été avec M. Clemenceau si le suffrage universel capricieux et volage n'avait interrompu brusquement le cours de ses exploits.

Ce ministérialisme constant et immuable inspirait aux amis du député radical une sainte confiance. Ceux qui faisaient partie des corps élus voyaient en ce fidèle blocard l'intermédiaire tout indiqué entre eux et les ministres. C'est en vain que, déjà, l'anarchie la plus violente se manifestait, non pas seulement dans le tumulte de réunions privées, mais encore dans la rue même où, depuis 1902, il n'était pas rare de voir de scandaleuses promenades de révolutionnaires, marchant, en colonnes serrées, drapeau rouge déployé, et chantant tout ce qu'il devrait êtr3 déf(^ndu de chanter en un pays civilisé, répandant partout cette impression qu'il n'existait |)lus aucune autorité capable de maintenir l'ordre et d'imposer le respect de la libre circulation — le député inspirait ( onfiance à tous, et l'on se montrait certain que, tô': ou tard, grâce à ses relations, grâce à son « influence

bien établie au Parlement )) il y aurait moyen d'arranger les choses et de réconcilier une fois de plus, la chèvre socialiste et le chou radical.

N'était-il pas l'ami de M. Pelletan, ministre de la marine ?

Le 15 mai 1903, M. Isnard crut devoir amener M. Camille Pelletan parmi ses électeurs.

Ce jour-là, le ministre de la marine du Cabinet Combes fit, à Brest, une entrée solennelle.

La municipalité, que présidait alors avec un-d grande probité M. Charles Berger, maire, n'aperçut pas le piège qui lui était tendu; elle y donna tête baissée en favorisant par de larges subsides la récep tion triomphale de M. Camille Pelletan. Très hon nête, elle vit seulement que son devoir était d'être courtoise et de traiter l'hôte de Brest de la façon la plus aimable.

Celui-ci demeura trois longs jours parmi les Brestois. Nous ne rappellerons point tous les nombreux incidents de ce voyage ministériel. Ses caractéristiques furent les suivantes: à son arrivée à la gare de rOuest, vers sept heures le samedi matin, le ministre aperçut, derrière les amiraux Gourdon, préfet luaritinie, ot de Courthille, commandant en chef de l'escadre du Nord, une belle bannière rouge dél)loyée : celle du Syndicat (illégal) des ouvriers du port de guerre; le hindi soir, au départ, ce fut encore le drapeau rouge de l'arsenal qui, flottant audessus d'un peuple immense accouru pour acclamer M. Camille Pelletan, salua une dernière fois, pardessus la tC^te des amiraux et des généraux tout chamarés d'or, l'éminent désorganisateur de la marine française.

— C'est tout simplement odieux î gémissait tristement un vieux républicain du Finistère, membre du Sénat depuis de longues années, et qui refusa de se mêler au cortège officiel.

Odieux I le spectacle l'était, en effet, au plus haut degré, mais beaucoup refusaient d'en convenir. Le maire de Brest, M. Charles Berger, avait adressé au ministre un discours de bienvenue des plus corrects : (( Aux acclamations qui vous ont accueilli à votre arrivée, lui disait-il, vous avez pu vous rendre compte des sentiments de notre population et de vson vif désir de vous recevoir: c'est qu'elle vous est reconnaissante des améliorations matérielles et morales que vous avez apportées dans la situation du personnel maritime et ouvrier ».'

Cette reconnaissance se traduisit, pendant le séjour ministériel, par d'innombrables beuveries et banquets. M. Camille Pelletan et son secrétaire M. Tissier prononcèrent de copieux discours et firent toutes les promesses les plus risquées à leur clientèle socialiste et à celle du député Isnard...

Leur visite fut aussi le triomphe de l'apéritif.

Un témoin oculaire raconte que des bouteilles et des verres d'absinthe ornaient constamment les tablettes intérieures des fenêtres dans les salons d'honneur de la Préfecture maritime.

D'autre part, la liqueur verte coula en flots pressés dans nmintes coupes prolétariennes ignorantes du Champagne.

L'absinthe détraqua certainement quelques estomacs, mais le véritable apéritif, celui qui eut les conséquences les plus funestes, ce fut Faugmentation de

salaire solennellement promise à toute une armée de travailleurs et jamais accordée; ce fut le mirage de situations améliorées offert à des auditeurs confiants et d'ailleurs intéressants, mais dupés une fois da plus.

M. Camille Pelletan, sur les pas de qui le peuple chantait la Carmagnole et V Internationale à la barbe étonnée des amiraux et des généraux, partit de Brest, dans une incroyable apothéose. Son départ nous rappela celui du général Boulanger, quittant, en pleine ivresse de i^opularité la ville du Mans où il était venu, il y a quelque vingt ans, faire de la propagande et recruter des partisans.

Durant tout son séjour à Brest, M. Camille Pelletan avait été plutôt l'hôte du Syndicat rouge de l'arsenal, présidé à ce moment par le citoyen Yibert, devenu depuis premier adjoint, qu'il n'avait été celui du Préfet maritime ou de l'amiral commandant en chef l'escadre du Nord.

Les égards que le ministre de la marine avait témoignés à ce syndicat indiscipliné et toujours agité, donnèrent immédiatement une force énorme au parti révolutionnaire. Le citoyen Vibert prit de l'importance. Il se campa tout de suite candidat à la mairie.

La bannière rouge du Syndicat de l'arsenal avait été pourvue d'une frange d'or, afin de conserver à cet emblème les apparences syndicalistes.

Les Brestois apprirent, à leurs dépens, à de fréquentes reprises, que la frange d'or n'était là que pour la frime: toutes les fois que l'étendard sortait, accompagné de plusieurs milliers de manifestants, (•'étaient des carreaux cassés à coups de pierre, des chants de guerre sociale, des passants trop bien vê-

tus bonscnlés et injuriés, des bagarres, et, nous allons le voir bientôt, des émeutes assez graves.

M. Pelletan était venu au mois de mai.

Or, voici ce qui se passait bientôt après :

C'était à l'époque de ragitation relative aux bureaux de placement. Pour Brest, où ce genre d'établissement n'existait i)as, le motif n'était pas sérieux; mais le citoyen Vibert, fort de l'appui officiel du gouvernement, s'empara de cette revendication plutôt parisienne et mit tout à l'en vers.

Vint le camarade Lévy de la Confédération général du Travail.

La municipalité républicaine d'alors, toujours trop confiante, accorde la salle de la Bourse du Commerce, pour une conférence qui a lieu le samedi soir 5 décembre 1903, devant une assistance énorme.

Ce fut une soirée mémorable.

Surexcités, galvanisés par le discours de Lévy, les auditeurs sortent vers dix heures, formés en colonne serrée. Des cris sauvages retentissent bientôt. Les manifestants ont évidemment des projets d'action directe et immédiate. Ils veulent envahir l'hôtel de la Dépêche (le Brest, mais le personnel est armé ; on renonce à cette invasion. Des mesures de sécurité notoirement insuffisantes avaient été prises, et, bientôt, soldats et agents sont débordés.

Le maire de Brest, M. Charles Berger, dînait à ce moment chez le Préfet maritime, en compagnie de M. Tourel, le nouveau sous-préfet de Brest et de M. Denier, procureur de la République. On vint avertir ces messieurs de ce qui se passait et que l'hôtel de ville était sérieusement menacé par une forte troupe d'émeutiers.

En effet, la police luttait depuis quelques instants contre les socialistes conduits par Lévy à l'assaut de la mairie.

Il y avait de part et d'autre de nombreux blessés.

Le commissaire central, M. Sénac, avait dû déjà tirer sept coups de revolver.

Les commissaires de police Dupuis, Lefebvre et Martin, sont contusionnés. Les vitres du f^oste de la mairie volent en éclats sous les cailloux lancés à toute volée.

Le combat dure depuis plus d'une heure.

Parmi les blessés, on compte : MM. Brusq, chef de la sûreté ; Jean-^Iarie Le Pape, sous-brigadier ; Le Hir, sous-brigadier; Hervé Le Guen, Yves Cornée, Délavai, Jean Le Gall, André Gall, Jacq, Bray, Biaise, agents, ce dernier a les vêtements traversés de part en part d'un coup de couteau. Le gendarme Stéphan, a également reçu des blessures.

Dans le poste, on apercevait un énorme moellon du poids de 800 grammes lancé de l'extérieur.

Lorsque vers minuit, M. Tourel, sous-préfet, arriva, en compagnie du procureur de la République, les émeutiers étaient bien près d'être maîtres du terrain. Le représentant du gouvernement fut accueilli l)ar des cris liostiles et des sifflets.

Il fallut finir par où l'on aurait dû commencer : en cinq minutes, l'infanterie coloniale eut déblayé le terrain...

On pense bien que le citoyen A'ibert et son syndi cat de l'arsenal n'alhiient pas laisser ])asser une pareille occasion de flétrir les autorités brestoises jiourtant si indulgentes.

Le placard reproduit ci-dessous fut affiché.

La lecture de ce document donnera une idée de Fétat d'anarchie qui, six mois après le passage de M. Camille Pelletan et six mois avant les élections municipales, régnait déjà dans la ville et surtout dans le port de guerre.

Voici cet échantillon de la prose du citoyen Vibert, ouvrier du port, et secrétaire-président du Conseil d'administration du Syndicat de l'arsenal :

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