CIRCULAIRE
A la suite des dernières élections municipales, on m'a demandé si les membres des personnels civils relevant de la marine pouvaient accepter les fonctions de maire ou d'adjoint.
lia où la loi n'a établi aucune incompatibilité, je ne me l'cconnais jjas le droit d'en établir une et d'empêcher les élus du suffraj>e universel de porter leur choix sur ceux de leurs collègues qui leur sembleraient les plus dignes.
On objecte que le service de l'Etat pourrait souffrir de l'obligation où se trouveraient les maires et adjoints pris dans le personnel de la marine de s'absenter de leur travail pendant les heures exigées pour l'accomplissement de leurs fonctions municipales.
Il est évident qu'il convient de leur laisser, sans les priver de leur pain quotidien, le temps de s'acquitter de leurs nouveaux devoirs.
Je pense qu'il suffira de s'adresser à leur bon sens et à leur conscience pour qu'ils n'essayent pas d'abuser de la faculté qui leur serait ainsi accordée et qu'ils continuent à assurer leur service aussi complètement qu'il sera possible.
S'il vous semblait qu'il en est autrement, vous m'en aviseriez, et, s'il le fallait, je ferais en sorte de limiter leur l)résence au temi)s strictement réclamé pour l'accomplissement de leur mandat. Si l'on se i'api)Qlle le petit nombre de cas sur lesquels porte la question posée, on aura quelque peine à croire que le service de l'Etat puisse souffrir d'absences aussi restreintes dans les limites raisonnables.
Signe : PELLETAX.
Dans ces conditions, 'SLM. A'ibert et Goude étaient autorisés à conserver leurs fonctions d'adjoints, à en remplir les différentes obligations sans s'exposer à (( être privés de leur pain quotidien ».
Le syndicat ronge de Farsenal se trouvait, du
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même coup, formidablement armé. Eu outre, il allait trouver, dans le mécontentement ,i»,énéral des ouvriers de l'arsenal, une base d'opération redoutable pour la campagne à mener contre la hiérarchie umritime, contre le (jalon ^ contre Tofficier de tout grade.
Depuis d(^ longues années, les ouvriers des arsenaux de la marine réchunaient, et ils réclament encore, des augmentations de salaires. Leurs réclamations ont presque toujours trouvé au Parlement un accueil sympathique. Ceux de Brest, en particulier, furent toujours soutenus par les représentants du Finistère, et cela malgré l'agitation malsaine de leur syndicat, dont l'attitude i-évolutionnaire a eu, dans toute la France, un fâcheux écho. Il ne faudrait pas croire, du reste, et nous le disons une fois l)our toutes, (jue les travailleurs de l'immense usine militaire qui s'élève sur les deux rives de la Penfeld soient, en majorité, des insurgés, des anarchistes, des antiuiilitaristes.
Dans ses ])lus beaux jours, le syndicat ronge, fondé le 8 avril lî)00, ne compta guère i)lus de 2 à 2.500 membres, sur un effectif total de (J.OOO ouvriiTS. Aussi, dans l'étude (juc nous entre] »renons, il importe de ne i)as confondre la très énergi(iue volonté (jue nous avons de montrer au l)ays le péril de l'action syndicaliste ])ar- 111 i le i)ers()nnel des arsenaux, aA'ec tel ou Ici autre sentimenl mes(iuin el coupable (|ui tendrait à vouloir discréditer aux yeux de roi)inion toute une catégorie de salariés très dignes d'intérêt, si l'on ('(Hisidère leurs besoins el les ressources mises à leiii' disi)osil i(Mi par l'IOlal-rairon. Il esi deux l'a-
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(;ons de s'occuper des ouvriers-électeurs : la ])reniière, elle est coutumière aux jwliticieus arrivistes, consiste à les flatter, à leur promettre la lune, à les approuver dans tous leurs écarts et dans toutes leurs fautes ; la seconde, et c'est la meilleure, est de dire simplement aux prolétaires où est la vérité, de (|uelle façon légale et sage ils doivent aiguiller leurs revendications, de les mettre en garde surtout contre les moyens d'action directe et de révolte si étourdiment conseillés par les iiiilitants socialistes et ré^'olutionnaires.
Le syndicat rouge a manœuvré de telle sorte que si, (raventure, un étranger questionne un habitant de l>r(\st ap])artenant à l'une quelconque des classes moyennes sur la situation des ouvriers de l'arsenal, il s'attire inévitablement cette réponse :
— J/ouvrier du port ! Intéressant ?... Vous voulez rire, sans doute ? Il n'a rien à faire. Son pain est assuré. De plus, il a une retraite... C'est un privilégié...
Or, voici (juel est le privilège résumé en cette formule : salaires trop bas, ])ersonnel trop nombreux, organisation défectueuse du travail.
Salaires tro]) bas, et, en eff(^t, sans sortir de France et des industries d'Etat, voici des ouvriers des arsenaux de la guerre avec des salaires de 30 0/0 supérieurs à ceux de leurs camarades de la marine ; c(nix des tabacs supérieurs aussi et de G2 0/0 ; ceux d(^s allumettes supérieurs de 90 0/0.
Le salaire^ moyen de r(>uvri(M' dans les arsenaux de la marine (\s| de 3 fr. 50 i)ar jour, très inféi'ieur aux salaires accordés ])ar l'industrie privée simi-
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aire : aux chantiers de La î*5eyue, il est de 4 fr. 50 ; i Saint-Nazaire, de 5 fr. 20 ; aux usines métallurgiques de la Loire, de 4 fr. 35.
La retraite moyenne des ouvriers des arsenaux îst, à l'âge de 50 ans, après 25 ans de services, de )00 fr. Elle peut être portée à 750 fr. si le bénéti- •iaire prolonge sou service au delà des limites susndiq liées.
Comparons maintenant avec l'étranger : Dans l'arsenal de Plvmouth, le salaire moven de l'ouvrier
l'est pas inférieur à 6 fr. 50. Et cependant, la Prance construit ses bateaux avec des majorations rariant de 35 à 50 0/0 sur les sommes dépensées 3our le même objet en Angleterre. De telle sorte lue la marine française s'arrange de façon à payer »es vaisseaux 50 0 0 plus cher que la marine anrlaise, tout en donnant à ses ouvriers des salaires noitié moindres I En tenant compte du bas prix des natières premières chez nos voisins, on ne peut î'empêcher de trouver de sendjlables écarts tout à 'ait extraordinaires.
Il y a forcément quehiue chose de mal organisé •hez nous, et ce défaut d'organisation, tout en grerant le contribuable, a ]>()ur résultat de mettre Tourrier d(^ la nuirine dans un état très voisin de la misère, II faut méditer, à ce ])ro])os, le tableau driv^sé lar M. Dagnaud du budget de la famille ouvrière •é(Iuit(^ aux seuk^s ressourc(^s du salaire moyen, soit 1.005 fr. par an ! (1)
Cil jU'éfet mai'itimc h' «lisaii naguère :
(( La solniioii de ces <|U(*siiniis isnljurcs cj m-gM-
1 (i. hairnaud ; La (\nuiUion des oucriers des arsenaux' de Ui marine lyoi .
iiisatîon du travail) iest d'autant plus grave que la race s'étiole (4 que les enfauts arrivant à la puberté sans avoir été suffisamment nourris deviennent moins aptes à alt'ronter les épreuves que réserve à notre pays le siècle qui est en train d-e s'ouvrir. »
11 y a là, très évidemment, des questions qui doivent intéresser tous les gens de cœur et de raison, sans acception d(^ i)arti. Et, ([uand elles apparaissent, il faut avoir le courage, parfois très difficile, d(i repousser loin de soi les colères légitimes et les indignations que peuvent provo(j[uer certains procédés de violence.
Les procédés de violences sont toujours regrettables, et il ne faut cesser de les blâmer. Mais l'écrivain impartial doit donner à chacun ce qui lui revient. Aussi devons-nous fiétrir également les procédés de certains politiciens qui, par exemple, à la veille d'une élection, font miroiter aux yeux de pauvres diables d'ouvriers d'Etat, leurs électeurs, des promesses d'augmentation de salaire. Ce scandale s'est produit à Brest lors des élections législatives de 1902. Le député radical Isnard, craignant sans doute pour son siège, fit publier, deux jours avant le scrutin de ballottage, le tract que voici :