CHAPITRE VI
L^Arsenal. — L'œuvre du SYndicat rouge.
Deux Préfets maritimes en fâcheuse posture
Nous iivoiis vu (|ue le .s^'iidicat (( rouge » de Tarsenal avait joué uu rôle très important daus les évéuemeuts de 1904 et de 1905. Ce syndicat fut qualifié d(» von (je à partir du jour où sous l'influence de M. lîiétry, député de I>rest, un syndicat (( jaune » ou indépendant se forma en 190G. La loi n'autorisant pas encore les syndicats de fonctionnaires, Texistenc(î de ceux des arsenaux est parfaitement illégale. \a\ ministre du commerce du cabinet de M. de Freycinet, M. Juk^s Koclie, soutenait le 17 noA'cmbre 1891, devant la Ohand>re des députés, (^ue les agents du gouvernement n'avaient pas le droit de bénéficier de la loi du 21 mars 1884, « i)arce (lue, disait-il, cette loi ne s'api)li(iue ])as à eux ; i)arce (]ue s'ils se syndiquaient, c(^ serait contre la représentation nationale (^Ue-mênie (]u'ils organiseraient le syndicat )). La ('hand)re donna raison à M. Jules Koclie. Va\ 1894, Al. lîartliou soutint sans succès la thèse (le AL Jules Koclie et, le 22 mai, la majorité émettait le vomi suivant, (pii entraîna la chute du ministère ( Aisimir-rericM* : (( La ('hand)re, considérant (jne la loi de 1884 s'applique aux ouvriers cl
employés de l'Etat aussi bien qu'à ceux des industries privées, invite le gouvernement à la respecter et à en facilitei* l'exécution. » Eu 1896, un membre du Sénat tenta vainement de faire dissoudre comme illégaux des syndicats. L'ordre du jour du 22 mai 1894 avait déjà produit son effet et de toutes parts, dans les manufactures de l'Etat, s'ébauchèrent des groupements syndicalistes.
Vint M. Camille Pelletan. A peine devenu le chef de la marine, celui-ci lançait la circulaire suivante :
Le miuisti'e de la Marine à messieurs les vicc-aitiiraux commandant en chef, préfets maritimes ; les directeurs des établissements hors des ports.
Paris, 25 octobre 1902.
Messieurs,
J'ai pu m'assurer à maintes reprises que les autorités locales relevant du départeinoiit de la marine conservaient certaines hésitations au sujet des rapports qu'elles peuvent entretenir avec les syndicats d'ouvriers et d'employés civils jusqu'à ce que ces syndicats soient officiellement reconnus et comme si, aujourd'hui, ils étaient simplement tolérés.
Une loi déjà ancienne a créé la liberté des associations syndicales, en indiquant dans quelles conditions elles pouvaient se former. Toutes celles qui ont satisfait à ces conditions possèdent une existence légale, sans avoir besoin d'une reconnaissance officielle i)articulère.
On s'était demandé, au début, si la liberté des syndicats s'étendait aux })ersonnels civils qui sont au service de l'Ktat. La question est tranchée dei)uis longtemps, et le gouvernement, depuis un certain nombre d'années, est entré en relation avec des syndicats d'ouvriers ou d'emi)loyés relevant d'autres dé])arlements ministériels. Il est impossible d'admettre que la marine ait un régime légal différent de celui du reste du pays.
Les doutes que j'ai remarqués n'ont donc aucun motif, et les autorités des ports ou des établissements de la marine n'ont aucune raison d'hésiter à entrer en rapport avec les syndicats établis parmi leurs subordonnés en vertu de la loi du 21 mars 1884.
Camille PELLETAN.
Nous voici loin de la thèse des Jules Koche et des Barthou (1). Le ministre de la Marine du cabinet Combes ouvrait ainsi délibérément l'ère des difficultés pour les préfets maritimes, avec lesquels, désormais, les syndicats des arsenaux s'accoutumèrent à traiter d'égal à égal. Celui de l'arsenal de Brest se lança éperdument dans la politique active. Et comme il avait mené le bon combat socialiste, c'est dans son sein que les électeurs allèrent chercher les conseillers municipaux les plus marquants. Le 8 mai 1904, douze ouvriers ou employés de l'arsenal étaient élus. Lorsqu'il s'agit de choisir les membres de l'administration municipale, le commis de l'arsenal Goude et l'ouvrier Vibert furent nommés adjoints.
A cette occasion encore, M. Camille Pelletan témoigna à ces agents une sympathie sans limites.
Une circulaire du ministre de la Marine, vice-amiral Krantz, en date du 24 mai 1898, prescrivait que (( les emploA'és civils de la marine peuvent être conseillers municipaux, à la charge, toutefois, de n'accepter aucune mission de nature à absorber leur temps au détriment du service. Ils ne devront donc se laisser nommer ni maires, ni adjoints, ni membres {\v commissions susceptibles de les astreindre à (les réunions fonctionnant pendant les heures de bureau ; ils auront soin, d'une manière générale, (pu^ leur service; ne souffre en rien de l'accouiplissi»ineul (lu maudat ]uunicii>al. »
^\. Camille Pelletan n'hésita pas à rap[)orter les décisions a ni (h* i mires.
r On sait que M. BarUi(»u, iiiinislrc dos Ti'avaiix l'iiblios du cahinof, CliMiicnceau, a continué do se nionlrcr hoslilc aux syndical s de fonctionnaires.
— [Cri —
Le préfet maritime, avant appelé Pattention du ministre de la Marine sur la situation irrégulière dans laquelle se trouvaient les deux adjoints, eu égard à la circulaire Krantz, reçut la réponse que voici :
Paris, le 21 mai 19 04.