‹ Une ville sous le régime collectivisteChapitre 15 sur 32 · A. ISNARD · texte numérisé non relu

A. ISNARD

y\. Isiuiid fut élu — et ^•ali(lé ])ari*e qu'il était «lu :*ôté (lu mouvcniciiKMit. \'u député de ]'()])])osit ioii qui cfil ('iu])l()yé des ui(>y(Mis aualo.mK^s eût été iiuj^it()yald(Mii(>:i< iiiNalidé ponr laits de coi'i'upt iou élcctoi-alc.

Si (Micoj'c les piomcssc^s du déy)nté élu a\'ai<Mil été

t(»iuios ! Si la situation de ses électeurs bénévoles avait été réellement améliorée, ce procédé de chantage électoral eût pu passer inaperçu — mais il n'en fut rien. A force d'être bernés par leur député radical, les ouvriers de l'arsenal voulurent le remplacer, en 1006, par un député collectiviste. Ils ne réussirent pas, mais leur geste avait été provoqué par les tromperies de l'autre.

Ces choses dites, (4 il fallait les dire, nous allons voir le syndicat rouge à l'œuvre dès que la circulaire de ]\r. Camille Pelletan lui eût ouvert les portes de la préfecture maritime. Et nous allons, certes I en voir de raides.

C'est le 6 décembre 1903 que le (( conseil d'administration du s^mdicat des travailleurs réunis du port )) prend ouvertement position contre les autorités civiles et militaires et se déclare pour les émeutiers (1). Jusqu'alors, ce conseil d'administration avait agi dans l'ombre. Le factum A has les assassins ! indiquait nettement de quel esprit ce syndicat était animé. Il se lançait en plein dans la bataille politique, dans la guerre des rues...

Les élections municipales ont lieu. Voici les membres du (( conseil d'administration » en force a l'hôtel de ville. Désormais, ces messieurs vont s'ap- ])li(iuer il créer au gouvernement, voire à leur bon ami Camille Pelletan, les pires difficultés.

La grève générale des arsenaux qui, jusqu'alors, était restée dans le domaine des rêves, semble vouloir devenir une réalité au commencement de juillet 1004, c'est-à-dire au moment même où la ville de

fl). Voir les pages 14 et 15 (\{\ présent ouvrage.

— Kii) —

Brest était en proie à l'émeute. Une réunion générale des ouvriers a lieu, où il est décidé qu'un refevendum sera organisé. Les agitateurs, en tête des- ^ quels apparaît l'adjoint Vibert, ont soin d'entourer leurs délibérations du plus grand mystère. Le rcferendiim a lieu le 10 septembre 1904. Les résultats en sont tenus secrets. Le tract que voici avait été distribué aux intéressés :

Camarades,

Etes-vous partisans dp la grève générale dans les trois ras suivants :

1" Si l'on veut vous enlever la journée de huit

heures OUI ou NON

2" Si nous n'obtenons pas nos principales revendications : augmentation des retraites, retraites proportionnelles, relèvement des salaires OUI ou NON

3' Etes-vous d'avis de faire la grève par solidarité avec les autres ouvriers de l'Etat, si une de leurs organisations engage un mouvement pour obtenir la journée de huit heures OUI ou NON

Nota. — Chaque camarade est prié d'effacer une des deux réponses à chacune des deux questions ; effacer oui. si l'on veut voter non ; effacer non, si l'on veut voter oui.

Camarades,

Le congrès de juin 1904 prit la décision de proposer un mouvement d'ensemble dans tous les établissements de la marine, si la commission du budget met une trop grande mauvaise volonté à répondre à nos justes revendications.

Camarades, réllécliissez et votez en toute conscience. Devonsnous entrer en lutte av^^c TEtat-Patron. s'il n'a pas plus d'égards pour nous que les exploiteurs civils ? Ou devons-nous attendre encore longtemps la bonne volonté de nos gouvernants ? Devant les inconvénients de la grève, devons-nous reculer ?

Devons-nous craindre quelques privations pour obtenir nos revendications légitimes ? Camarades, répondez sincèrement, et quelle que soit votre décision, soutenez-la énergiquement et sans faiblesse.

Les préparatifs de ce rcfcrcndii m avai(Mit naturellement donné lieu à des débordements oratoires (jui

])r()V()q lièrent T intervention du vice-amiral Mallarmé, ])réfet maritime, commandant ou clief le 2*" arrondisscMiKMd. I/amiral fit afticlun' Toi^lre du joui- (jue voici :

Bresf, lo 14 soptembro 1904.

Le vire-amiral commandant en chef, préfet maritime, a eu connaissance des paroles regrettables prononcées par des ouvriers de l'arsenal au cours d'une réunion publique.

Il n'entre en rien dans ses intentions d'entraver l'exercice de la liberté syndicale. Il croit seulement utile de faire remarquer <m.v ouvriers que cette liberté peut parfaitement se concilier av£c la correction que, comme agents de l'Etat, ils doivent conserve/' toujours, aussi bien en deliors que dans l'enceinle de i'ars nal. En cette qualité, ils sont tenus d'éviter soigneusement toute parole injurieuse à l'adresse du gouvernement ou des aulori'ér,, toute e.i'citation jrublique à l'indiscipline, à la haine ou à la révolte.

En s'écartant de cette ligne de conduite élémentaire, les ouvriers s'c.r])oseraient, jusques et g compris le congédiement de l'arsenal, à des peines disciplinaires que le vice-amiral commandant en, chef, préfet maritime, ne prononcerait certainement qu'à regret, mais devant l'application desquelles son devoir ne lui permettrait pas de reculer. Auparavant, il tient à faire appel au bon esprit des ouvriers, et il espère fermement qu'ils sauront désormais, en toutes circonstances, conserver l'attitude digne et respectueuse des lois, qui est l'apanage des hommes libres.

Les recommandations qui précèdent s'appliquent à toutes les catégories de pers(mnel civil de la. marine, notamment au.r commis du persoirnel de gestion et d'e.réculion.

Le présc/tl orilre sera affiché dans tous les idelieis.

A Mallarmé.

On a remarqué le ton modéré d(^ cet avis vraiment paternel.

Le préf(»t maritinu» a soin d(^ mettre en dehors Taction de la liberté syndicaliste^ ; mais il rappc^lle éneriii(]U(Mn(^nt aux a;.>ents de l'Etat (]u'aussi bien en deliors (|U(^ dans l'enceinte de l'arsenal, ils doivent cons(^rver de la tenue et de la corrfH-tion vis-àvis du ii'ouvernement...

En d'autres termes, le grand chef du 2' arrondissement maritime conseille à ses employés de l'arsenal de ne jamais avoir recours aux violences, de fliscuter leurs intérêts professionnels avec calme et d'attendre sans colère la décision de leur patron, l'Etat.

^r. le vice-amiral préfet maritime se met ainsi en conflit direct avec ceux qui, depuis longtemps, enfreignent exactement le contraire aux travailleurs (lu port de guerre.

( '(\s derniers ne tarderont pas à faire comprendre il ce haut « galonné )) qu'il se mêle de choses qui ne le regardent point. Xous ne sommes plus au temps on un amiral avait le droit de donner un ordre à ini ouvrier ou un commis du ])ort î Devant la commission extraparlementaire de la ^Marine qui est venue à Brest, le préfet maritime déclare, le ven- (li'edi 23 s(^pteml)re, « qu'il ne peut pas admettre (jue des employés des arsenaux, même en dehors de leur travail, puissent outrager leurs chefs ». Et c'est le huigage mêiiK* d(» la raison.

Or, le syndicat du i>ort de guerre allait donner aux membres de la commission une petite fête à la- (juelle ceux-ci n(^ s'att(Mi(laient pcMit-être pas. C'était le samedi 24 sc])tembrc, h^s ouvriei-s de l'arsenal sont convoqués à nu meeting, afin d(^ ])rotest(*r con- Ire l'ordre du jour de l'amiral. Le citoyen N'ihert (•riti(Hie vertement cette inlerveiil ion lU'éftn'torale. Puis, un iiKMubre du syndicat, le citoyen Le (îall, tient à ])réciser, atin (|ue nul n'eu ignoi-e, les ])aroles (]u'il a ])rononcées le S sei)tenibre et (pli ont motivé la remontrance du gi-aud cliej'. \^)ici cm^s paroles textuelles :

Xons avons le droit à la vie comniune comme un président de la Répnbliqiie et comme tous les foutus cochons qui nous gouvernent...

Personne ne m'empêchera de dire ce que je pense, ajoute rouvrier du port Le GalL et l'on aura beau torturer les hommes, on n'étouffera jamais la pensée...

Il eût été vraiment dommage, en effet, d'étonffer des pensées aussi belles !...

Plusieurs autres orateurs parlent ensuite. Le citoyen Le Gall fait de l'esprit :

Citoyens, cet ordre du jour n'existe plus, car nous n'en voulons pas.

Je crois, amiral, que quand vous n'aurez quo des armes comme celles dont vous vous êtes servi à nous opposer, vous pourrez toujours signer « Mal armé » .

Un autre citoj^en, Demeule, ouvrier également dans Tarsenal, s'exprime en ces termes :

« L'amiral Mallarmé protège la République parce qu'il touche 40.000 francs par an pour faire le fainéant.

« Je ne m'adresse pas à l'homme, ajoute-t-il, mais à l'autorité.

« Mallarmé est un fonctionnaire et moi un ouvrier ; il a fait vœu de défendre la patrie parce qu'il a une patrie ; moi, je n'ai rien sur la terra.

« Ce cher amiral Mallarmé m'a fait interroger par M. Jaouin, directeur des constructions navales par intérim.

« En me rendant à son appel, j'ai buté contre l'amarre du Léon Gambetta, le bateau marsouin, qui est chargé d'envoyer des cailloux dans le port.

« M. Jaouin m'a demandé s'il était vrai que j'aie injurié les galonnés à la tribune.

« Je lui ai répondu que oui, en lui disant que j'avais le droit de critiquer cr^ux qui f . . . les bateaux à Ja côte et des millions au fond de l'eau. »

Cette réunion véritablement édifiante se termine par un ordre du jour que les subordonnés de l'amiral lui adressèrent sous pli spécial :

Les citoyens réunis, le M septembre, à la salle de Venise, au nombre de 3.000, protestent énergiquement contre la circulaire du préfet maritime et demandent au ministre le retrait de cette circulaire et la déclare non avenue.

Afin de bien terminer la soirée, les ouvriers organisèrent nne bruyante manifestation et s'en vinrent chanter devant la préfecture maritime :

Mallarmé à Charenton. ton tnine, Mallarmé à charenton. ton, ton !

Il fallut disperser ces braillards à coups de crosse de fusil.

La guerre sévissait donc désormais entre le préfet maritime et le syndicat de l'arsenal, soutenu par la municipalité, soutenu aussi, on le verra plus tard, par le ministre de la Marine qui, finalement, lâcha complètement le préfet maritime...

Mais, pour le moment, et comme les membres de la commission parlementaire avaient vu de leurs yeux ce qui s'était passé le soir du 24 septembre devant la maison de l'amiral, M. Camille Pelletan fut obligé d'esquisser un geste d'énergie et de désavouer les syndiqués en révolte.

Il est vrai que la grève générale des arsenaux se préparait doucement et donnait à réfléchir au gouvernement de M. Combes.

L'attitude du syndicat brestois révolta même certains groupements des autres ports de guerre. Les commis des arsenaux de Cherbourg et de Toulon ])rotestèrent par motion publique contre les agissements anarchistes de leurs camarades de Brest.

M. Tissier, celui qui fut surnommé l'Eminence Grise de M. Camille Pelletan, put se rendre compte, par lui-même, de la tournure que prenaient les événements, de la violence de la campagne entreprise de concert par la municipalité et le syndicat de l'arsenal contre l'amiral ]\rallarmé. A la séance du conseil municipal rlu 30 septembre 1904, le commis

Goiidc s'exprimait sur le compte de son chef, le préfet maritime^, avec un cynisme vraiment stupéfiant (1).

Un employé subalterne pouvait se permettre de braver impunément le commandant en chef du 2® arrondissement maritime, sous les ordres directs duquel il était en service.

jM. Cuvinot, sénateur républicain de l'Oise, rapporteur du budget d(» la ]Marin(^ pour 1004, appréciait ainsi la situation :

Ce n'est pas seulement l'ardeur au travail dont on constate la disparition, mais aussi celle du respect envers les chefs et de la discipline. On cite des exemples d'insubordination très regrettables ; un ouvrier entre dans le bureau d'un ingénieur, faisant le salut militaire, la paume de la main en avant, dans laquelle il a tracé en grosses\ lettres le mot que Cambronne illustra ; un autre ouvrier, et celui-ci conseiller municipal de Brest, déclare à un ingénieur que, si l'amiral veut de lui des explications, il n'a qu'à venir les lui demander en réunion publique. Que réclament donc aujourd'hui les ouvriers de Brest dans les réunions si tapageuses qui leur ont valu le paternel ordre du jour de l'amiral Mallarmé ? Simplement le droit d'insulte ])nbliqu(' anx galonnards qui sont leurs chefs et aux gouvernants qui ne veulent pas être leurs esclaves. Ils nient la patrie, bien qu'ils n'aient d'autre raison d'être que sa défense.

C'est le syndicat rouge des ouvriers du port qui est le maître de la municipalité de Brest ; le conseil municipal compte parmi ses membres un tiers d'adliérents de ce syndicat et, dans l'entrevue que la délégation des ouvriers eut avec la commission extraparlementaire, M. Vibert, adjoint, pour montrer combien les ouvriers étaient malheuj'eux, dit que plus d'un millier étaient inscrits au bureau de bienfaisance ; M. Delobeau, ancien maire de Brest, lit observer qu»^ le nomhrc des assistés était moindre de son temps ; il est vrai qu'alors la municipalité de Brest comptait moins de frères et amis dans le syndicat ; mais

^1) Voir pnpro fil,

le syndicat nest pas encore content ; toujours par la voix de M. Yibert, il a annoncé qu'il allait être forcé de demander un secours de 10.000 francs au conseil municipal. Il n y a pas de doute que le syndicat nobtienne ce secours, car il est en même temps conseil municipal.

On voit que le syndicat a de vastes appétits. Ce n est pas seulement la marine qu'il considère comme une vache à lait, mais aussi le budget de la ville de Brest, qu'il essaye, d'accord sans doute avec le conseil municipal, de terroriser par des manifestations nocturnes réglées, si bien réglées que, samedi, une bande de cinq cents ouvriers est alléf librement conspuer le préfet maritime, et que la manifestation s'est dispersée devant la police sans la moindre bagarre, lorsque le groupe des manifestants a voulu dépasser la préfecture.

Ces manifestations, cet amour du bruit et de la réclame pourraient un jour tourner mal pour les ouvriers des arsenaux ; maintenant quMl est nettement établi que ceuxci ne produisent plus en raison des salaires qu'ils touchent, quil.s sent une des causes de la déchéance do notre marine, les représentants des populations non maritimes auront donc à examiner si les sacrifices que ces populations consentent pour la défense navale ne sont pas hors de proportion avec les résultats qu'ils donnent ; si la marine a toujours trouvé l'accueil le plus favorable à ses demandes de crédits, c'est qu'elle représentait un élément de sécurité pour le pays ; du jour où l'on verra qu'elle manque à sa tâche, Tère des sacrifices sera terminée.

Loin (!(' (lécroîtiv, raiiareliic ^aiiuait.

Le jeudi 18 ()ct()l)i'e, une scène absolument inouïe, et que l'on croirait volontiers inventée pour les besoins de la eause, si le coni])te rendu n'en était consigné dans (les docunients officiels, se déroulait dans le cabinet mênie du préfet nuiritinie.

l'ensemble, nniis ])our des motifs différents, le syndicat des ouvriers du ])ort et celui des connnis avaient sollicité une entrevue avec raniii-al.

Le syndicat des ouvriers fut iutrcMhiii le jM-eiiiier, 1^1 \oici ce (jui se j>assa :

Ia'îs citoyeus X'iberl, Martiu, Demeule, Le Gall, Guilloii, sont admis auprès du préfet maritime, qui est assisté du contre-amiral Germinet, chef d'étatmajor ; du contre-amiral Juliel, major général ; de M. Jaouin, ingénieur en chef des constructions navales, et dp M: ]^ lieutmiapt û^ \mma\ cVArtliémar de Cranstics

L'amiral, après avoir reproché aux délégués leur attitude vis-à-vis du commandement, les invite formellement à ne plus prendre désormais la parole dans les réunions publiques. Ajoutant que si, dans les réunions privées, il leur était loisible de traiter de lpur§ ifltél'êti^ corporatifs, il n'étajt p^sj ^npifl^

i^4i^sp(3y^f^bl^ tp'iis cons^}T^s^^^t à l'égftViî d^ leuvs

cHpfs tPUt§ la parr-ection et toute la déférence nécessaires à la discipline des arsenaux.

11 interroge alors successivement les citoyens Le (lall, auteur de la phrase <( foutus cochons » ; Demeule, qui montre les officiers de marine comme aptes surtout à jeter les navires à la côte, et Guillou, les invitant à rétracter leurs injures et à ne plus les répéter à l'avenir.

Les trois camarades refusent ironiquement, mais énergi(iuement, de rétracter leurs discours, et le bureau du syndicat présent se déclare absolument solidaire de leurs actes et de leurs paroles.

Il n'est ])as difficile de comprendre qu'après un semblable (mtretien, rien n(^ se trouva arrangé... Au contraire I

D'ailleurs, ])r(»s(]ue aussitôt, on placardait (mi ville des affiches conviant les travailleurs à de nouveaux meetings de protestation.

Après Feutrevue des ouvriers, les commis furent admis devant le préfet maritime.

Justement émus de l'attitude de quelques-uns de leurs camarades, c'est-à-dire des citoyens Goude, Mornu et consorts, à l'égard du préfet maritime, les commis raisonnables du port avaient résolu de solliciter une entrevue avec l'amiral, afin de lui exprimer les sentiments véritables de la spécialité, sentiments qui sont loin d'être révolutionnaires.

Le préfet maritime avait refusé, tout d'abord, d'accéder au désir des commis ; mais il revint sur sa décision.

Il recevait donc une délégation com^^osée des citoyens Goude, Chouanière, Mornu, Trémel, Gallic, Cabaret, Kozagoute, Bernard, etc., membres du bureau de l'Association des commis, Dussaubat, IJréard et Desbrousses, délégués.

Le citoyen Bréard prit la parole et fit connaître au i)réfet nmritime qu(^ les commis de l'arsenal avaient pour leurs chefs le plus grand respect et le plus profond attachement.

Le ]>réfet ]uaritime déclara que son ordre visait deux im])rudents et non le c()r])s tout entier des connnis, ])()ur lequel il é})roin(' la plus grande estime.

I/auiiral exiU'inui, eu oulrc, le désir (|ii(» les injures adressées au cours d(»s séances luunicipales, aussi bien contre» MM. le contre-amiral .Tidu^l et Ar- (louin, agent ])rincipal, (juc^ contre lui-même, fussent rétractées (mi su ])résence, ajontant (pie si l(\s commis sont (l(»s citoyens libres de faire telle polénii(|tie <ni'il l(Mii* semble bon, en dehors de l'arsenal, ils

n'en doiveut pas moins être respectueux à réj2;ar(l des officiers.

Le cito^'eu Goiide prit alors la parole :

(( Amiral, dit-il, retirez la lettre que vous avez écrite au maire de lîrest, dans kuiuelle vous le priez de iapi)eler les conseillers au respect qui doit être dû à leurs chefs, et je retirerai alors les paroles prononcées au sein du conseil municipal. »

L'amiral lit alors remarquer au cito^^en Goude qu'il aggravait plutôt son cas en posant pareille condition.

L'entrevue prit tin sur ces mots ; l(\s délégués se retirèrent.

On con^'oit l'émotion causée parmi la jxjpulatiou l)ar ces faits, racontés, le lendemain, tout au long dans les journaux de Brest et de Paris. Il est just(^ d'ajouter que le syndicat des commis désapprouAa publiquement le <( camarade » Goude. »•

Ce qu'il y eut de plus fort en toute cette (extravagante^ aventure, c'est que l'amiral, au cours des entrevues du 13 octobre, avait donné connaissance à ses subordonnés d'une lettre-circulaire, assez raide, de ^L ramille Pelletan. Celui que les ouvriers du ])ort avaient surnommé « le ministre des petits )) s'exprimait sévèrement sur le compte des agitateurs et des agités de l'arsenal. Qu'on en juge plutôt :

Paris, 11 oclubre lUOi.

J'étais absent {|uaiid votre lettre est arrivée au ministère. Je l'ai lue dans les derniers jours de mon court voyage, et j'y réponds dès mon retour,

II résnifn des rensrigiicmciils ijuc vous me doiuiez et de ceux que j'ai recueillis que, d'après les journaux et un certain nombre

l'atleslations que vous avez reçues, à une réunion publique, eonroquée par le Syndicat des ouvriers du port, le gouvernennent et les autorités maritimes auraient été grossièrement injuriés, qu'on uirait eu la prétention de prononcer, par un vote, la nullité d'un locument que vous avez signé, et que des manifestations vio'^.n- :es, dirigées contre vous, auraient suivi la réunion.

Il importe de savoir quelle part revient de ces incidents au personnel relevant de la marine.

On ne saurait, en elTet, tolérer de telles mœurs dans les arsenaux, où s'élaborent les armes de la défense nationale. Il est vTài que les ouvriers, sortis de l'arsenal, sont des citoyens ayant a même latitude d'action que tous les autres ; au point de vue pénal, ils ne relèvent que du droit commun. Mais encore faut-il, pour qu'ils soient en mesure de continuer leur travail, qu'ils puissent conserver dans l'arsenal des rapports normaux avec le personnel dirigeant. Ils seraient en droit de se plaindre si on les laissait sous les ordres de chefs qui les auraient collectivement et ^iolemm.ent outragés par des paroles rendues publiques ; à plus forte raison, ne peuvent-ils pas croira que je sois disposé à imposer à aucun de leurs .chefs la collaboration d'hommes qui. fdaîés dans l'atelier sous leur autorité, rempliraient la ville, une fois sortis, du bruit des outrages dont ils les accableraient. De tell.^s violences de langage rendent évidemment imposs'bîes les relations qu'exige un travail auquel des hommes qui ont quelque .souci de leur dignité prennent part, les uns avec une mission de direction, les autres à titre de subordonnés, et celui qui s'y livrerait n'aurait pas à se plaindre s'il était rayé du nombre des ouvriers de la marine : il se serait exclu lui-même.

On aurait, il est vrai, d'après certains récits, essayé d'expliquer ces excès de langage en alléguant le manque d'instruclion des orateurs. Je ne saurais m'arrèter à une pareille ra'son. Ce serait se faire des travailleurs l'idée la plus injuste que de considérer des insultes aussi grossières comme un langage naturel chez eux. Aucun de ceux qui ont pour eux quelque estime ne songe à invoquer, pour pallier les fautes de quelques-uns. une excuse injurieuse pour tous.

Il serait particulièrement grave que 1 » Syndicat représentant légal des ouvriers du port, pût être considéri' comme solidaire des faits que vous m'avez signalés. Conformément à l'état de clioses élahli par nos lois républicaines, j'ai voulu que. dans la marine comme dans dautr-s administrations, l'autorité entrât en relations avec les organisations régulières chargées par les travailleurs de défendre leurs intérêts. I^(^s rapports habituels qtii' nécessite un tel régime excluent évideminent les proci'dé's injurieux incompatii)les avec la dignit'"' et lautorilé des chefs «le notre Hotte.

Les ouvriei's ne forment pas un corps militaire, mais ils vivent dans un milieu oii (uni ;ippaiMient à la défense nationale, où ii

l»lup;irl des aulivs personnels sont soumis à la discipline de

l'armée et où il serait plus déplorable que partout ailleurs de

voir se répandre des habitudes de violences et d'injures, qui ne seraient acceptables nulle part.

I.a liberté de l'oulrage n'est pas écrite dans nos lois. .Tajouie (jue ce n'est pas celle que revendiquent des citoyens dignes de leur titre. Si les paroles de la nature de celles qu'on a rapportées comme ayant été prononcées à Brest ne sont pas suivies de poursuites et de répressions pénales, ce n'est pas que la loi ne les frappe pas, c'est qu'un gouvernement de liberté n'a point de peine à les dédaigner et répugne à se mettre à la chasse de tous les gros mots prononcés contre lui.

Ici, certaines violences auraient des inconvénients dont la gravité ne peut échapper à un homme de bon sens.

Le gouvernement de la Répubhque s'efforce, depuis un certain nombre d'années, d'instituer entre lui et les travailleurs qu'il emploie des rapports conformes à son principe démocratique. Je me suis efforcé de compléter, à cet égard, dans la marine, l'œuvre commencée avant moi.

Les ouvriers des arsenaux ont des organisations syndicale^ qui ont toujours accès auprès des autorités des ports et auprès du ministre pour faire connaître leurs besoins et pour présenter] leurs revendications, l^n tel état de choses a paru, à beaucouj d'esprits, incompatible avec la double nécessité de disciplinai qu'imposent dans la flotte de guerre les règles constitutives de toutes les armées et celle de tout ce qui se rapporte à la navigation.

Il n'y a pas lieu de s'arrêter à cette objection. Les ouvriers ne sont ni des marins, ni des soldats : ils ont le droit à la situ.ition, aux libertés et aux garanties que possèdent tous les ouvriers dans notre démocratie.

Le régime actuellement établi est donc conforme à l'esprit de nos institutions. Mais si les ouvriers, auxqiuds on a restitué îe droit de défendre leurs revendications, semblaient vouloir s'ériger en maîtres ou en juges des autorités dont ils relèvent, outrager et menacer au lieu de discuter, et dicter des exigences aux pouvoirs publics au lieu de leur apporter des revendicalinns et des l'aisons, il est trop aisé de voir le résultat qu'obtiendrait fatalement, à bref délai, je ne dis pas cette pratique, mais cette grossière parodie du régime que nous essayons d'instituer. A tort, mais inévitablement, par des actes ou des excès de langage isolés, elle en semblerait la condanuialion expérimentale. Ni le pays, ni le Parlement n'accepteraient de voir le connnandenient de la défense nationale à la merci des décisions tumultueuses ou des vnjures d'un des personnels qui lui sont subordonnés. Les ouvriers des p(»rts seraifMd bi(Mi avcMigles s'ils ne voyaient pas, dans les auteurs de certains outrages grossiers, leurs i)ires et peut-ètie

leurs plus perïides ennemis : car ceux-là réussiraient, à la longue, à amener contre eux les mesures que les partisans du régime ancien n'obtiendront jamais avec leurs calomnies incessantes.

Je suis presque certain que tous les ouvriers le comprennent, comme le font ceux de tous nos autres arsenaux militaires ; j'aime même à croire que les faits ont été grossis ou dénatures, qu'ils dovent être attribués en grande partie à des éléments étrangers à la marine ; que si des propos analogues à ceux que l'on rapporte ont été tenus, ils l'ont été par des exaltés ou des ivrognes, qu'on a eu tort de ne pas rappeler au respect. Mais la continuation des faits de ce genre ne peut être tolérée ; il n'entre pas dans les habitudes de la marine de prononcer sur ses personnels d'après les rapports de police. Je ne vous demande donc pas d'en provoquer à ce sujet, mais je vous prie, pour cette fois, d'appeler devant vous les représentants du Syndicat, de leur faire comprendre, en leur montrant cette lettre, les idées que je viens d'exposer, de les interroger sur les faits qui se sont produits, de leur rappeler que ce n'était point la peine de leur donner les moyens de porter des revendications devant vous et devant moi, si, avant de nous saisir de ces doléances, ils provoquent, pour les soutenir, des manifestations injurieuses et tumultueuses, et de réclamer d'eux un désaveu formel des propos et des procédés ou! rageants qu'on leur attribue ; désaveu sans lequel vous ne pourriez plus entretenir aucune relation avec le Syndicat des ouvriers du port de Brest.

Camille PP:LLETAN.

La lettre du (( iiiiuistre des petits )) n'eut pas plus d'ett'et sur r(»s])rit des membres du syudieat révolutionnaire (jue les paroles paternelles de Tainiral.

Le <]u(d est désoiMiiais en^a^^é à fond. Li^s fers sont croisés centre la disei])line et ^anar(•lli(^ De (]uel côté sera donc la victoire tiuale ? Il ne s'a.iiit plus, ici, (Tune (|ueslion hresioise. C'est la l'^rance tout entière d c'est la marine nationale (pii sont intéressées à cette passe (rannes.

L'amiral Mallarmé, jiisteinenl oui ré des insolences du commis de l'arsenal (îomle, a\ai( demandé an ministre la réunion d'un conseil d'en-

(pu'^te ai)i)('lé à jn.ii'er cet employé, qui était en état inauifeste (riiisubordiiiation viohnite.

Le -() octobre, le Petit Parisien aniioii(;ait, avec le Tcnij)-'^, que le préfet maritime, n'obteuaut pas satisfaction, était disposé à demander sa mise en disponibilité. Goude étant devenu homme politique par suite de son élection au poste d'adjoint au maire, M. Pelletan hésitait à le frapper. Deux fois, l'amiral écrivit au ministre. Deux fois, le ministre fit la sourde oreille.

L'amiral se décida à partir pour Paris.

Les choses se compliquaient. En effet, 31. Pelletau faisait ouvrir une campaiiiie dans le journal la. Dépêche (te Toutoii-se, dont il est un d(*s ]jrinci])aux collaborateui's ; son but était d(^ rejeter maintenant tous les torts sur le préfet maritime, ("était une malice cousue de gros fil blanc. La feuille toulousaine et combiste accusait Tamiral d(^ vouloir faire frapper un conseiller municipal. Or, le préfet maritime s'était uni([uement plaint dé] l'attitude indisciplinée et souverainement inconvenante que M. Goude avait prise et conservée, pendant ])rès d'une heure, dans h^s salons de la préfecture, le lo octobre, lorsque, i)our obéir à l'ordre même du ministre, l'amiral avait convoqué le bureau de l'Association des commis, dans le but de lui communiquer la lettre de M. Pelletan du 11 octobre.

La scène avait eu lieu devant do nond)reux témoins, ])armi lesquels les collègues de M. (îoude ; il n'était donc i)oint étonnant qu'elle se fût ébruitée ; ]\L (ioude n'avait pas été convot^ué à la préfecture maritime en sa ([ualité de conseiller muni-

cipal, mais bien en tant que commis de la marine ; il se trouvait là en service commandé, de sorte que son manque de correction ne pouvait relever que de la discipline militaire. Prétendre le contraire, c'était nier le principe même de cette discipline.

La Dépêche de Toulouse commentait une seconde erreur en accusant Tamiral ^fallarmé d'avoir voulu pousser son chef à un acte antirépublicain et antidémocratique, car tous ceux qui ont approché l'amiral savent que, tout autant que M. Pelletan, il est l'ami et le protecteur des humbles.

La lettre ministérielle du 11 octobre avait pourtant produit la meilleure imi)ression j^armi les autorités maritimes, (|ui y avaic^it vu, très éneri;i(]ueiiicnt exprimée, la résolution du ministre de ne j)lus souffrir de» la part du personnel civil les atteintes graves à la discipline.

Or, dès 1(» 13 octobre, une nouvelle infraction était constatée à la charge d'un commis, avec cett(^ circonstance aggravante^ qu'elle se produisait (mi service et i}endant, ou immédiatement après, la l(Htur(» de la lettre même du ministre.

N'était-ce })as là le cas de dcMiiander respectueusement à c(dui-ci de mettre ses actes d'accord avec ses écrits ? Comment concilier son refus avec sa lettre (In 11 octobre ? Celle-ci aurait-e^le été h^ résultat d'une pression (exercée sur sa volonté ])ar ses collègues du cabinet, et, au fond du c(eu]', la ré])i-ou- A^erait-il ?

(^ue voulait dire enfin la Dépèelie de Toulouse ])i\v l'expression (( l'uiuiful unruil roulu (/ue le )ui- 'ui.slrc l'îl Irudnirc en juslicc un conseiller ninn'ieilKfl )) /

Oe journal Ji»nore-t-il qu'iiu conseil d'enquête soit autre chose qu'un organe d^^ juridiction disciplinaire et non pas pénale ?

Où est-il dit (^ue même la citation en justice d'un consiMller municipal (( soit une atteinte au droit du suffrage universel » ? Cette citation n'est-elle pas un droit pour tout citoyen qui se juge lésé, injurié ou ditïamé par des propos tenus publiquement en séance du conseil municipal aussi bien que dans n'importe quel autre lieu de réunion ? Existeil une loi qui crée, pour les conseillers munici- ])aux, une immunité semblable à celle dont jouissent les députés et sénateurs, de par la Constitution ? Et si cette loi n'existe pas, comment qualifier la j) rétention de certains conseillers municipaux d'échapper au droit commun, absolument comme si elle existait ?

Allions-nous assister à ce phénomène : les anciens privilèges abolis dans la nuit du 4 août 1789J rétablis au profit exclusif des municipalités socia-j listes ?

La vérité est que l'incident Mallarmé-Goudej mettait M. Pelleta n en très fâcheuse posture socialiste. Et l'amiral fut sacrifié.

On ne sut jamais exactement ce qui se passa au' cours des entrevues de M. Pelletan et de l'amiral, — ce dernier n'étant pas très enclin aux épanchements dans le sein de la ivresse. Le préfet revint h Brest, le 30 octobre, découragé. Evidemment, il avait été mal reçu.

Le 5 novembre, le conseil municipal tout entier, ]iar un vote public, se solidarisait avec le camarade

Goiide, (( qui avait défendu la suprématie du pouvoir civil )).

La situation n'était plus tenable pour l'amiral. Il quitta Brest le mercredi 9 novembre pour ne plus revenir. Il avait sollicité un congé de trois mois, qu'il obtint, on le devine, sans difficulté.

Le Temps publiait à ce sujet les lignes suivantes:

Los incidents qui. depuis plusieurs mois, se succèdent, à Brest, entre la prf^fecliire maritime et les ouvriers et commis de l'arsenal, que les dernières élections ont portés au conseil municipal de cette ville, ont leur épilogue.

Les cris de Démission! poussés par les ouvriers dans les manifestations nocturnes, devant la préfecture, ont été entendus et approuvés en haut lieu.

L'amiral Mallarm.é a été obligé de demander un congé, faule par lui d'obtenir du ministre la juste satisfaction qu'il demandait. La lutte s'était circonscrite entre l'amiral et un de ses subordonnés, le commis Goude, qui, depuis qu'il a été nommé au conseil municipal de Brest, profitait de sa situation pour faire voter des blâmes au préfet maritime par l'assemblée socialiste.

On ne peut dire que les ouvriers fissent réellement cause commune avec le commis Goude, car on doit se souvenir que lorsque la délégation de la commission extraparlementaire était à Brest, le s'>crétaire général du Syndicat des ouvriers mit sur le compte de l'inhabileté de parole des orateurs les expressions injurieuses qui, en réunion publique, furent adressées aux autorités maritimes. De même, dans l'entrevue que l'amiral Mallarmé eut, sur l'ordre de M, Pelletan, avec les délégués du Syndicat des ouvriers et de la Fédération des commis, Tattitude de M. Vibert fut correcte, tandis que celle de M. Goude laissa beaucoup à désirer. De même encore, lorsqu'il s'agit de protester dans une réunion publique, M. Vii)ert s'excusa par lettre, se contentant de dire qu'il était de cœur i\\'?c les protestataires, tandis que M. Goude vint vitupérera la tribune.

M. Goude ne trouve même pas, parmi ses camarades dé l'administration, rapprol)alion de ses actes, puisque dans la dernière rtninion de la Ft'MJération, il a été obligt' de se retirer avec S(^s ;imis. ([ni représentaient à peu près le quarl des a.ssistanis.

Enfin, au conseil municipal, il n'a pu obtenir le vote du bl;\mi^ contre le préfet maritime (jiie par la miutié de l'assiMiiblée. l'aulrc moitié s'abslenant.

Il résulte de celle siluation que le ministre a pris visibleintMU parti pour le subordoniK' indiscipliiii' contre le chef.

Indépendaiiiint'iil de loiile id(^e politique, ce qui a mis en lumière cette attitude, c'est le refus de M. Pelletan de laisser traduire devant un conseil d'enquôte ce subordonné, non pour injures proférées contre l'amiral en tant que conseiller municipal ou élecleur parlani en réunion publique, mais pour conduite incorrecte vis-à-vis de son chef à la préfecture maritime, dans une entrevue ordonnée par M. Pelletan lui-même.

Dans ces conditions, l'amiral Mallarmé ne pouvait continuer ,h occuper les fonctions que le ministre lui avait confiées, et doîit il rendait lui-même l'exercice impossible.

Dans de pareilles conditions, et après semblable précédent, il n'y a plus qu'à supprimer la préfecture maritime de Bresl. à moins de la confier à M. fioude lui-même, dont l'autorité sur l'amiral est officiellemeni et publiquement consacrée par M. \v minisire de la Marine.

].a plupart des officiers de marine jiTp;èrent sévèrement le départ iiréeipité de l'amiral, que d'ancuns assimilèrent à une désertion devant Pennemi révolutionnaires On eut aimé voir le préfet résister jus(ju'au bout et mettre Camille Pelletan, ministre du (( Péril National », comme le surnomma si justeuu^nt ^I. Doumer, dans l'obi iiL»"at ion de se prononcer ouvertement et caté.i»oriquement pour Panarchie tricunphante en la personne de l'adjoint (ronde. La cote mal taillée qu'accepta l'amiral ^lallarmé était indigne d'un chef ayant en mains les responsabilités d'un connnandement aussi important. Le capitaine des i)onipiers Aymé montra plus de courage, plus d'énergie, dans sa lutte de deux années contre les collectivistes réA^olutionnaires de l'hôtel de ville. Le vieux loup de mer se laissa trop facilement dévorer. Il pouvait encore se défendre. Son départ ressembla à une fuite.

Or, l'heure du danger était proche. La marine allait traverser une crise redoutable. Favorisée pari JNdletan, l'anarchie marchait à grands pas. Le 19 nov(Mnbre, le conseil d'administration du port dej

guerre fait voter par ses adhérents la grève générale par solidarité avec les artificiers du port de Lorient, qui avaient cessé le travail.

Le 23 novembre, la grève générale des arsenaux éclate dans les arsenaux de I>rest, de Toulon, de Lorient. Surpris par ce mouvement, dont il était pourtant 1(^ i)rincipal ouvrier, M. Camille Pelletan s'épanche en interviews désolées et promet à toute la presse^ de tardives énergies.

La not(^ juste était celle du JounniJ dc-'^ Drlxtfs :

La cumédie ost vraimenl bonne et la contradiction risible. disait notre confrère.

Au fond, nous savons fort bien qu? ^ï Pelletan. s'il peut, en essayant de se sauver, se contredire en paroles, est incapable de réformer ses actes. Tous ces discours ne sont que l'elTort désespéré d'une victime aux abois, dont la force vengeresse des choses niira l)i(Milùl fait justice pour le grand bien de la marine cl du pays.

Et Tun d{^s grévistes, le citoyen Le Gall (1), i)ouvait s'écrier avec une logique irréfutable* :

On nous a donné le droit de nous former en syndicat, on nous a même donné la main à le faire ; nous avons donc le droit, comme les camarades de l'industrie, de nous mettre en grève pour revendiquer nos droits.

Rédéchissez donc, camarades, à l'acte que vous allez commetlr(^ et sitngez (pi'il s'agit de faire aboutir loules nos revemb- ('ati(»ns.

Savourons maint(uiant ]o langage de quelques beaux ])arleiirs dans l(\s réunions ])ré])ai'a<oir(»s.

Le citoyeMi Martin, onvriei* (h' Tai-senal et conseiller municii)al, dit ceci :

Nous avons d(>s caniarad«*s perdus par de sales bourg(>ois ; tous ceux (pu nous eidoureul, c'est (h' la sale bourgeoisie,

(1) Cet ouvriei" de l'arsenal, ayant coidimié- ses excilalions, fut ari'iMi'. le 'M) auùl 1907. |»oui' cxcilalions au uieui'h'c cl au pillage.

Si dos camarades sont lésés, il faut terrasser toul ce qui se lèvera devant nous.

Je serai toujours contre les voleurs et les exploiteurs, et si nous avons du cœur au ventre, nous leur montrerons comment nous nous défendons.

1a^ citoyen Pongam :

II faut faire voir aux gouvernementaux que nous existons » t. si vous acceptez la grève, nous mettrons sur le cahier toutes les i'(^vendications formulées depuis la fondation du syndicat.

Regardez l'acte que vous allez commettre, c'eï?t, l'acte le plus beau que les prolétaires puissent commettre.

Le citoyen Vibert, qui s'est rendu à Lorient, télégrapliie que les Lorientais ont yoté la grèye générale et que, par conséquent, les Brestois ne peuyent flancher — et les Brestois ne flanchent pas.

Le 24, au matin, le ministre de la Marine fait publier Tayis suiyant :

Ministre à préfet maritime, Brest.

Gouverneiiieiit ne tolérera jamais suspension trava.il préparation défense nationale. Faites afficher que tout ouvrier qui n'aura pas repris travail vendredi matin sera considéré comme démissionnaire ; les plus coupables seront exclus, les autres rétrogrades.

Signé : PELLETAN.

Une douche ?

Le syndicat rouge riposte par une proclamation adressée à la population brestoise :

Bourse du Travail de Brest. — SYndicat du Port

AVX CAMARADES

Poussés à l)out jntr V intransigeance cle vos dirigeants, vous avez déclaré la cessation dit travail de votre plein gré.

Xoiis comptons sitv votre énergie et i^otre persévérance 2)our mener la lutte jasqu^ati hout pour Vohtention de :

jL^ augmentât ion des salaires,

LUiUfimentation des retraites,

Les retraites proportiontielles pour les veuves et les orpJielins,

La réintégration des artificiers congédiés à Lorient.

Les circonstances étant graves, pas de lâches, tous debout la inain chfns la main. Tous pour un, un pour tous!

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