AV PI BLIC BRESTOIS
Concitoyens,
Vous conïiaisses nos revendications exposées ci-dessus ; nous demandons lUtmélioration de notre sort ; pour les fommes, les enfauts, les jeuties, les vieux, nous voilions jdus de bien-être, moins de souffrance et de misère.
Xous allons lutter, nous comjytofis sur votre sympathie H votre solidarité.
Le conseil cradiiiinistration <ln Syndicat du port.
Et déjà les grévistes se sont i)ortés aux différentes issues de l'arsenal, afin d'emi)êclier les ouvriers désireux de travailler de pouvoir y pénétrer. Il se produit des bagarres entre grévistes et non grévistes. Le syndicat jaune ou indépendant recrute de nombreux adhérents qui veulent travailler quand même. Mais le syndicat rouge reste maître du terrain et bientôt une manifestation s'organise, parcourt les rues avec d'immenses pancartes sur les- (|iielles on lit ces trois lignes :
Iji grève est votée !
Itcndcz'-Vitus à la lioursc du l' va val !
Vive la solidarité !
Les réunions succèdent aux réunions. La lîourse ii(^ désem])lit pas. L'adjoint Vibert bluffe à ouli'îince et continue de télégraphier que tout l'ars(Mial de Lorient chôme. La vérité, c'est que Lorient
]i(' iiiarcliait pas du tout, malgré les discours oniianiuiés du missiouuaire brostois. Hur 3.750 ouvriers que (•oui])te l'arsenal du 3' arrondissement, 370 seulement avaient abandonné les chantiers. Le bruit de cette défection parvint à Brest. Qui trom- ])(^-t-()n, ici ? s'écrie Tun des pauvres hères qui, sous la neige glacée de cette sombre journée d'hiver, a suivi les camarades de peur d'être écharpé- On trompait tout le monde. Le conseil municipal de I>rest voulait la grève ; il la voulait à tout prix. Cherbourg n(^ marche pas, ni Kochefort, ni Toulon. Est-ce (jue l>rest allait déchoir, à son tour? Hélas î oui... IvC télégramme du ministre avait achcA^é la besogne de refroidissement commencée par la neige. Dès le 124, à la rentrée du soir, on ne ccmi])tait guère (jue 2.000 grévistes sur 0.000 ouvric^'s.
Dans ces conditions, il ne restait plus qu'une chose à fair(^ pour le citoyen Vibert, enfin revenu de Lorient : conseiller la reprise du travail. C'est ce (pi'il fit dauhi la journée du 25. La cessation de la grève fut votée.
— Nous venons de faire des grandes manœuvres, opina l'un des orateurs de la lîourse du Travail. Le jour où il faudra marcher, nous nous retrouverons î
On se retrouvera, en effet, un an plus tard, pour recommcmcer le même petit jeu. Le conseil municipal de lîrest, et princi])alement les adjoints Vibert et Goud(% étaient furieux d'un échec aussi pit(Mix. Ils avaient juré de prendre une revanche éclatante.
P^ntn» temps, au mois de mai Jî)05, le vice-amiral ré])hau avait succédé, après quatre^ mois d'intérim,
au vice-amiral Mallarmé à la préfecture^ maritime (1(^ IJrest. Le nouveau préfet trouvait la ville (mi plein tumulte ; la grève générale des ouvriers civils battait son plein. Dès son arrivée, le vice-amiral eut un avant-goût des joies qui l'attendaient et qui devaient, deux ans plus tard, l'obliger, lui aussi, à demander sa mise à la retraite anticipée.
Comme son prédécesseur, et aussitôt installé, le successeur de l'amiral Mallarmé dut avoir le sentiment très net de ses responsabilités. 11 était envoyé dans un port où l'anarchie tenait le haut du pa\'é, où l'autorité militaire et l'autorité civile étaient systématiciuement humiliées, rabaissées, froissées, avec i'assentiment non douteux du ])<)iiv()ir central. Ivien, jus{|u'à ce moment, n'avait ])ii abattre l'arrogance (les socialistes de l'hôtel de ville, et la projiagande néfaste de la lîourse du Travail s'étendait ])artout, s'intiltrait, comme un ])oison, dans totis les services.
Ce n'était ])as une sinécure (jui était donnée à l'amiral.
Cependant, le ministre de la .Marine était changé. .M. Thomson avait remplacé M. Camille IVdletan, entraîné dans la chute du ministère Combes, de])uis le '24: janvier. L'adjoint (îoude, s'étant rendti à J*aris ])our inviter le nouveau ministre à assister ati concours musical organisé ])ar la muuici])alité, a\'ait été re(;u fraîchement : le ministre avait ru le courage de rai)])eler au comuiis de l'arsenal ses inconvenances i)récédentes à l'égard de l'amiral Malbnnié et (]ue la place du chef de la marine ne pou- \ail pîis être aux côtés de l'iiisulteur des auiiraux...
Le 25 juin, l'amiral l*épliau pouNait iutliger iui-
piinéinent (c'est-îi-dire avec l'approbation de la rue Royale) une mise à pied de (]uatre jonrs au conseiller iuunici})al Martin, ouvrier de i'arsenal, pour injures par la voie de la ])i'esse au ministre de la Marine et aux autorités constituées. A quoi l'excellen( Martin ripostait i)ar de nouvelles inconvenances et constatait que (( depuis que les cléricaux se sentent soutenus ils rcnlresisent la tête comme une vipère sur la (lueue de laquelle on marcherait ».
L'amiral Péphau ne se sentait pas d'iiumeur à supporter les injures de ses subordonnés. Nous ne pouvons relater ici tous les conflits plus ou moins graves qui furent soulevés par le conseil d'administration des ouvriers du port. Ses incorrigibles membres firent tant et si bien qu'en novembre le préfet maritime devait sévir et prononcer Texclusion de l'arsenal, pour un mois, des cmnarades Pengam, Demeule, Le G ail, Martin, Le Bott et Muller.
On pense bien que cette mesure disciplinaire ne laissa pas d'irriter au plus haut point les politiciens de nos arsenaux. Dans les cinc} ports de guerre, dès ([ue la nouvelle fut connue, les meneurs l)arlèrent irorganiser la grève générale. L'échec de 1904 ne hnir avait rien appris et, comme ils avaient prouiis d(^ recommencer, ils saisircmt l'occasion de remplir l(Mir prcmiesse. Les six ouvriers brestois ayant été fra])])és pour des discours de réunion ])ubli(iue, le mot d'ordre fut de réclamer, non seulement la réintégration ])ure et simple des exclus temporaires, mais, pour l'avenir, le droit absolu d(^ tout dir(» et de tout écrire en dehors des heures de présence à l'atelier.
Le G uovembre, le conseil (l'administrât iou du port de guerre recevait le télégramme suivant du Svndicat des ouvriers de l'arsenal de Toulon :
Les travailleurs de l'arsenal de Toulon:
l" Se solidarisant entièrement avec les camarades de Lorient et de Brest qui ont été sacrifiés par la haine qu'ont, pour la classe ouvrière, les dirigeants et, en particulier, les autorités maritimes;
i" Les citoyens sont libres en dehors de leur contrat de louage : ils revendiquent hautement leur droit et sauront le défendre contre les atteintes de fonctionnaires réactionnaires aux abois ;
3" Ils attendent avec confiance l'appel de la Fédération pour agir d'un commun accord pour la défense de toutes leurs libertés, par l'arme légale que possèdent les travailleurs las d'être exploités et molestés, c'est-à-dire la grève ;
4" Ils constatent, une fois de plus, qu'il n'y a place, dans la République bourgeoise, que pour les réactionnaires grassement payés.
Les réactionnaires grassement payés étaient, en l'occurrence, les amiraux Péphau et Melcliior, ce dernier préfet du 3^ arrondissement, ayant dû prendre une* mesure disciplinaire analogue à celle dont se })laignaient les (( victimes » de lîrest contre un nommé Bertin.
lîrest, Toulon, Lorient et Clieihouig marchaient cette fois dans la combinaison.
Le 7, grande réunion des ouvriers breslois à la lîoui'se du Travail. l/élo<]uenee coulumière ccuile à pleins bords.
Nous eu avons douué, déjà, de uoiidn-eux éeliaut liions, uiais nous erijyous n'avoii- encore rieu re- ])roduit d'aussi raide que le discours ])rononcé ce jonr-là ])ar le citoyen Martin, conseiller uiunicip/J, l'un des i>ers(uinages ])unis ])ar l'amiral répliaii.
(\)iiime, dans ce livre, nous avons surtout pour but de mettre en vive lumière les faits les idus gra- \ es, atiu de provoquer les réformes nécessaires, indispc^nsables au rétablissement de Tordre et de la discipline dans les arsenaux, nous citerons le speech du citoven Martin. Le voici :
Camarades,
Personne jie ni'ayant notifié la mise à pied dont je suis, pjiraît-il, l'objet, je ne sais ])as eneore si je suis puni. Je n'iiésite done pas à blâmer Iiautement les atrocités commises par le préfet maritime de lirest contre des pères de famille.
Les jicns qui coinposent la clique autocrate militaire et autre se sentent forts parce qu'ils détiennent le pouvoir; ils n'ont pas j)eur de faire des saletés et condamnent injustement des ouvriers.
Péphau, je ne crains ])as de le dire — j'ai le droit de
j>arler, je ne sais pas si je suis puni n'avait pas le
droit, lui, de toucher aux camarades, et tous les aides de camp, qui sont derrière lui et le poussent à faire ce qu'il fait, étaient très heureux de nous trouver a;itrefois pourdé fendre Dreyfus.
Toute cette valetaille j^alonnée n'est même pas capable de torcher le d aux ouAriers.
Nous sommes cai)ables, nous, de leur donner à manj^er ; mais eux ne peuvent même pas se servir à table et emp.'oient, à cette besogne, nos femmes et nos filles.
Tous ces valets, habillés avec une livrée, sont des gens infects.
Beaucoup de nos lecteurs étrangers à I>rest se demanderont si, après avoir tenu un pareil lani»a.i>(', le camarade Martin n'a pas été mis à la i)orte; de Tarsenal. Afin de l(^s rcrnseii^ner tout de suite,] nous leur apprc^idrons (jut^ Torateur iTa subi aucune U()mmai>(' du fait de ces injun^s adressées publi- <)U(Mnent aux autorités maritimes. A l'iieure pré-j «ente, Martin sert encore sous les ordres de ramiralj
Pépliau, daus Farsenal, et il eoutimie de couspuer la valetaille galouiiée toutes les fois qu'il eu trouve Toecasiou.
Enthousiasmés, les auditeurs de Martiu votèrent la <>rève générale par un ordre du jour où il est dit (lue (( la clique ne cherche qu'à se venger de la force que prend la classe ouvrière ».
Pendant que le Syndicat rouge opérait de la sorte, le Syndicat indépendant s'opposait énergiquement aux entreprises des révoltés et informait la préfecture maritime que tous ses membres étaient lésolus à demeurer à leur poste, pourvu que d(\s ukîsures militaires fussent prises pour garantir la liberté du travail. Cette intervention du Sj'udicat indépendant est à noter. Elle révélait l'existence d'un mouvement de contre-anarchie très prononcé. 11 est de toute Justice de reconnaître — c'est de l'histoire — qtu' l'organisateur de cette résistance^ vraiment méritoire avait été M. l>iétry, élu Tannée suivante député de IJrest.
D'ailleurs, et malgré les etforts de hi lîoursc du Travail et h^s encouragements de la municipalité, la grève marchait doucement. Allait-elle donc, uue fois eucore, échouer piteusement ? L'adjoint \'ibert (4 son ami (îoude u'cmi i-evenaient pas. Ceuxlà, ])ressés d'en linir avec les (( galonnés » de toutes catégories, ne» comprenaient pas qu'il falh^it tant de ])al;ibres ])our i)rendre la décision suprême.
La journée du S se ])assa sans iucich'ut notaire (sans agitation, sans meeting). De mèuie, celh' du !). Pour tuer le t(MU])s, le c(uuité de la grève eutretient une correspondance suivie a\'ec les svudicats rouges i\vs autres ports.
— lîM) —