CHAPITRE X
La débâcle
Nous connaissons maintenant par le menu les résultats d'une expérience niunicii)ale socialiste et collectiviste au point de vue commercial, industriel, maritime et financier. Après quatre années, la ville (lui a eu le malheur de subir un tel régime est dans le même état de délabrement et de misère que si elle avait eu à i.upporter les ravai>es d'un c^'clone.
Mais le Socialisme collectiviste porte en soi les i>ermes de mort, et nous allons désormais assister à la lente agonie, à la désagrégation piteuse d'une assemblée d'édiles dont cliaciue membre s'était donné comme réfornmteur vigoureux et sûr de l'avenir, dont le programme d(^s jours de scrutin était, pour le moins, la régénération de la société décadente, corromiaie, i)ourrie, où se comi)laisent bourgcDisie, patronat et militarisme.
A l'heure où nous écrivons ces dernièrc^s ])ages, le conseil municipal brestois, si bruvanl au (UM)ut, si fier de sa renommée mondiah', s'en va littéralement par morceau comme un cadavre (lé('()m])osé. Ivien de tout ce (pie nous avons montré au lechMir jus- (lu'ici n'aura été aussi })robant, aussi décisif ])(>ur
le trioiiiplie de notre thèse autisocialiste que eette fin i)iteuse, — honteuse presque, sous le mépris et la risée.
On ne les a j)as tués, ees collectivistes — ils se suicident, et, l'un après l'autre, tombent dans le néant. Leur dernier spasme est un geste ridicule.
Au cours des i>raves événements de 1904 et de 1905, alors que la municipalité, appuyée et approuvée par le conseil municipal tout entier, encourageait l'émeute et refusait de prendre des mesures de police, le devoir du gouvernement était de dissoudre cette bande de i)erturbateurs et d'en appeler au verdict des élect(nirs.
Dix fois, vingt fois, k» gouvernement eut l'occasion de chasser de l'hôtel de ville ces trente-six personnages (j^ui le bafouaient outrageusement, qui l'injuriaient soit directement, soit en la personne des préfets maritimes, des préfets civils, des hauts fonctionnaires.
Le ministère crut politique de se borner à de simples mesures toutes bénignes, comme celle qui consiste à annuler une délibération contenant des passages irrévérencieux, des criti(iues blessantc^s. {Singulière façon de gouveiner I 11 en est résulté ceci, c'est (pie, finalement, Clemenceau et Thomson ont été mis dans le même sac (pie les amiraux Mallarmé et Péphau. Oignez Ailaiii, il vous poindra.
Les électeurs, fort heureusement, jugèrent autrement, et toutes les fois (pi'ils furent consultés, depuis la journée fatale du 8 mai 1904, ils infligèrent aux candidats socialistes et collectivistes les défaites les plus retentissantes.
Dès 1904, au mois d'août, pour une élection au
conseil d'arrondissement dans le p/cnnier canton, le citoyen Mornu, candidat municipal, était l)attu à une écrasante majorité par un vieux républicain de nuance pro<.>ressiste, M. Lamarque.
Puis, comme deux i;iè<>(^s s'étaient trouvés vacants au sein même du conseil municipal, par suite du départ du citoyen Le Tréliuidic, promu concier<^e de la Bourse du Travail, et de la découverte d'un cas d'inélii»il)ilité de l'un des membres de l'assemblée, les collectivistes n'osèrent pas affronter la lutte. Ils laissèrent passer deux candidats de l'ordre, M^E. les docteurs Piton et Allain, tous les deux conseillers généraux.
Il suffit aux deux candidats de dire ceci dans leur profession de foi du 2G février 1905 :
(( Nous sommes des hommes d'ordre, ennemis de la violence.
(( Il vous appartient de déclarer, par votre bulle tin de vote, si vous voulez mettre un terme îi l'anarchie et à la crise révolutionnaire qui désolent notre cité. »
Et ils furent élus i>ar d(^ très nombrcnix suirra,i»'es.
l*uis, vinr(uit les élections générales de mai 'IDOO.
^f. Isnard, dont nous connaissons l'attitude vis-àvis des révolutionnaires, i)aya de son siège ses complaisances coupables. Mîilgi'é son ])r()gramme édulcoré, présenté S!)us l'enseigne inédite de (( radicalprogiessiste », il fut battu dès le pn^nier tour de scrutin, le (> mai, et arriva l>on troisième avec ê^515 voix, alors (jue M. lîiétry, ])résident de la I'\Mlération nationale des Jaunes, en obtcMiait S. 010, et le citoyen aou(h', 4.349.
DésircMix de i)()iisscr la ])aliii()(lie oi la trahison jusqu'aux (\\t renies limites, :M. Isnard oublia Faffront (jue lui avaient inllii^é ses anciens amis du conseil muni('ij)al, — il oublia les t>rèves, les émeutes, la propagande révolutionnaire, (^t, voulant sans doute se» veni^er de IJrest, (]ui le reniait, il jju- 1)1 ia son désistement en (^n,<»a<>eant ses électeurs à à reporter leurs voix sur le nom du révolutionnaire Cloude I
La lutte, ainsi circonscrite entre M. Pierre l>iétry, candidat de Tordre, et le citoj'en (xoude, candidat de la révolution sociale et de Fliervéisme, se simplitia, mais elle fut rude. M. Biétry l'emporta de 600 voix.
Enfin, aux élections du conseil i>énéral de juilletaoût 1907, leM collectivistes furent vaincus dans les trois cantons de Brest. La victoire la plus éclatante fut celle de M. Delobeau, sénateur du Finistère, qui, mali^ré la pression officielle et sournoise du souspréfet Fontanès, malgré les attaques furieuses des révolutionnaires, battit du premier coup et le collectif iste ^lasson, conseiller municipal, et le radical Mouret, candidat de la sous-préfecture. Ce dernier n'eut que 200 voix, alors que M. Delobeau arrivait en tête et était élu avec 900 voix de majorité.
Si l'on considère donc dans Fensemble et dans le détail tous les scrutins (jui ont eu lieu à r>rest depuis le 8 mai 1904, on constate (jue les socialistes ont constamment mordu la poussière. 11 y a donc lieu de croire que, lorsqu'au mois de nuii 1908, les électeurs brestois seront appelés à choisir un nouveau conseil municipal, ils sauront donner un vigoureux et définitif coup de balai à la liévolution sociale, ("est surtout leurs intérêts a tous (pii sont
{'11 j(ni, (*t iKni point ceux des candidats (lui acceptelout 1(* combat et (pii consentiront à entrer à riiôtel (le ville pour y découvrir on ne sait trop (pioi et y r(^clieiclier, dans k^ désordre^ et dans le chaos, les moyens praticiue!-' de reconstituer l(\s linances et dMusuftier à la vie locah^ une nouvelle vi<»ueur.
Les élus du 8 mai 11)04 ont pris soin, d'ailleurs, d(- i)réparer leur propre^ débâcle en se dénigrant avec une mutuelle (*t édifiante âpreté.
Le premier (lui se détacha de la troupe tut le docteur (lourivaud, sous-iuspe^-teur des Enfants assistés, homme d'un naturel paisible, (^t (|ui avait été lancé dans la polit i(|ue un peu à son corps défendant, dit-on, et n'avait accepté (lue parce (pi'ami ])ersonnel de M. Combes, dont il est le compatriote, il espérait (piehiue dédaminai;einent futur des embarras (ju'allait lui susciter le présent.
M. (xouriA'aud, qui avait été choisi comme adjoint, donnait sa démission le 23 mai IDOG.
Voici de quelle fa^-oii il traitait ses camarades de la veille dans la battre» (pTil adressait au maire de lîiest et (ju'il li\ra à îa publicité :
Je me r<^rusc à ('oinl)atli't' pour un prograinine qui a cossi' (PiMi'c le mien, «M'i'it-il au ciloycn AubtM'l. .ic d«'ni(ur<'. imi j'gissanl ainsi, lidôlc à crlui sui* lequel nous avons ('t('' «'lus le 8 mai 190 i : c'était un programme (Je l'cMoi-nies (Jénioc'i'aliques. et non de coniplaisanees révolutionnaires.
Mais. de|)uis notre édection. i)lusieurs adjoints et conseillei's inunii'i|)aux. dnns ('ertain(>s manilestat ions et i'('unions publiques, on! pris une altitude et prouojirr (h's haraugiirs qui (iraii'nt un rararfi-rr rrrolutioiuuiirr : ils so)if aiusi sortis. (Ir faron trrs roniprinnfttinitr pour h'ur.; rnllr'fucs rt pour Vautoriti' uiunicipalr, (If la rcscrrc qw Irur iiupnsaicut h'urs fonctions.
Comme consé'quenre de ces agissements, des dilïé'rends se sont élevés, même en séance du conseil, sur la (pieslioii
de savoir si la nuini('i|)alit(' avait ou non compris sa mission (Ml pi'cnaiit. dans divci'sos circonstances, certaines me- *3ures d'ordi'c dans la l'ue.
Poser la question, c'étrdt y ré[)ondrc.
^'euillez. cependant, vous rappeler les colères dont je fus lobj-et à roc('asion de la pr<'mière grève des arsenaux pour avoir réquisitionné les troupes (je faisais alors fonctions de maire en votre absence et celle de M. Vibert, qui soutenait la grève à Lorient).
Rappelez- vous les injures qui me furent adressées, en séance du conseil, lors des manifestations de janvier 1905, I)arce que, faisant encore fonctions de maire, j'avais donné l'ordre de disperser les émeiitiers qui se disposaient à lapider le vice-consulat de Russie.
l.e docteur (Tourivaiul devint suspect dès le nioijunit où il voulut — coutre le <»ré de ses collè<>ues — s'o])])oser à la i^iiem^ civile (4 niaiiiteiiir rordr(\ Il nv va point se <L»ên(a', du reste, pour traitca* ceux-là comme ils le méritent :
A ces causes premières de désaccord, accompagnées de beaucoup d'autres, sur lesquelles il serait trop long de m'étendre. sont venues se joindre d'autres causes plus récentes . qui achèvent de nous S(^})ai-er. continue-t-ii.
A Voccasion (lu /" Mai, en effet, des adjoints et des conseillers tnunicipau.r. c'est-à-dire des représentants de l'autorité et, par conséquent, de l'ordre, ont prononcé des harangues que je ne puis qualifier autrement que d'incitation à l'action directe, et ont acclamé la révolution sociale, c'est-à-dire le désordre.
Certain adjoint a même laissé dire, à côté de lui. sans protester, qu'il fallait vitrioler et pétroler les produits d'alimentation.
Cet adjoint devait être le citoyen (îoude, à moins (]ue c(^ ne fnt le citoyen Vibert. Mais peu importe ! L'intéressant est, en cette aventure, de retenir Taccusation formelle portée contre ses collèjiues de la municipalité par \o doctcMir, écœuré.
11 s'en va pour ne pas partager des responsabilités
ju'ii prévoit devoir être «»Taves. Il repousse toute ■solidarité révolutionuaire, et il termine aiusi son réluisitoire :
Désormais, malgré les œuvres auxquelles je m'intéressais, il ne saurait me convenir, en vous eoutinuant ma collaboration,'d'accepter de me solidariser avec des honnncs iont les manifestations révolutionnaires ont valu à la nuiiiicipalité Thostilité de toutes les administrations «4 do toutes les autorités, et dont l'attitude empêchera, évidemment, de réaliser les améliorations et les réformes que aous nous proposions.
Cette appréciation du docteur (iourivaud sur des gens qu'il connaissait bien pour les avoir vus à ronivre d'aussi près (jue possible, produisit sur l'opinion l'etïet (jue l'on devine. Mais, chose inexpli- ^•able I la démission de cet adjoint, bien (|u'envoyée iUi sous-préfet de l>resî et au préfet du Finistère ivec toutes les formalités i)rescrites par la loi, ne fut jamais acceptée. M. (îourivaud n'en reyut jamais l'accusé d(» réception.,
Ce premier départ fut suivi de beaiicoui» d'auircv^^, |>our des raisons diverses.
Nous allons assister, désormais, à la fuite, à la dél)andade. comme si la paniijue s'éUiit em[)arée des municipaux.
Ajirès M. (îoinivaud, un deuxième adjoinl. le citoyen Koberl, donne iiver fracas sa «lémission, à la "^uite d'une discussion sur h^ cahier des chariics du théâtre, au cours d(^ la séance du conseil municipal lu '2'2 mars 1907.
Le ton des conversations entre mnnicijuinx s'est «>inj>ulièrement aii^ri. C^^i *>ii ^'^ j^i»^' •
M. l'ad joint Rohrrl. — 'l'ous les sei'vices (|ue vous m''l- Lrez en régie sont autant de trous dans la caisse municipale.
Vue voir. — de \\\'M pas pi'ouvô.
M. Robert. — Poui" pai'hM- ainsi, c'est que vous n'avez Jamais (Ho à la tète d'une exploitation industriello ou coniniei'ciale.
Quand rot'il du maître manque, tout manque,, et l'œil du maître manque dans la régie.
M. Le Bras. — Ce n'est pas digne, ce que vous* dites là.
M. Robert. — Dans vôtres exploitation en j'égie, la caisse nmnicipale ne faillira pas parce qu'elles est riche.
Mais notre rôle n'(^st i)as de l'épuiser. C'est de détendre les intérêts des contribiribles, des pc^tits commerçants.
.1/. Le Bras. — Alors, selon ^()us, il taut un maître pour tairez marcher les ouvi'i m's !
3/. Robert. — Vous manger(^z de l'argent à la caisse municipale. C'est ce à quoi vous arriverez ; mais, aussi, vous en porterez la responsabilité.
M. Goude. — Je ne voulais pas prendre la parole, mais j m'y vois forcé parce que la question est portée sur un autr terrain.
M. Rober't a dit que le régime de la régie était un systèm dans lequel l'ouvrier ne fait rien.
Je m'oppose contre cette théorie. Mais, comm(> notre pro gramme tend à l'aboutissement du régime collectiviste, en admettant que l'on travaille moins dans ce régime, qu'importe si la production reste la même ?
Nous sommes à la municipalité. Nous avons le droit de dépenser les fonds municipaux d'autre façon que le faisaient les bourgeois. Cet argent (vst pris dans certaines poches pour le remettre dans d'autres.
Nous sommes assez attaqués au dehors pour qu'on ne vienne pas au conseil apporter dc^s arguments réactionnaires.
M. Robert (se lève et s'écrie avec énergie en se tournant vers l'adjoint Goude^ — Ce que vous faites ici, c'est du « chiqué » !
Quant à moi, j'ai un autre i-ole, qui est de sauvegarder les intérêts des |)etits patrons, des petits connnerçants, des moyens contribuables.
M. Goude. — Je vous demande, monsiimr le maire, de ik; jKis laisser dir(* que ce que nous faisons ici, c'est du « chiqué » î I
.1/. Robert. — Oui, c'est du « chiqué » ! Vous ne faites que cela l
Zl. Goude. — Jp domando à M. lo ma iro do mo fairo v(^?^pectei' au conseil municipal.
M. Robert. — Je vous respecte. Mais j'ai le droit de dire toute ma pensée.
Quand je suis entré au conseil municipal, c'était avec rintention de défendre et de sauvegarder les intérêts de nos concitoyens, de servir les intérêts des travailleurs, sans li'ser ceux des autres.
Depuis, des circonstances imprévues ont modifié les ?hoses au sein de cette assemblée.
Notre assemblée municipale est composée do différents groupes, dont deux parfait(Mn<'nt distincts.
Le premier de ces groupes est composé do citoyens qui ne demandent qu'à remplir leur mandat ; le deuxième groupe est composé de conseillers qui semblent vouloir vi- ?er le pouvoir et les honneurs.
Je ne veux pas faire partie de ce deuxième groupe.
Et, demain, pour rester conscient, fadressrrai nui démir,non à l'autorité supérieure.
Je suis venu ici pour défondre les intérêts de la \ illo. je 10 suis pas venu ici poui* fairo du « chiquc' » !
T/nppréciation do radjoint Ivoboi-t — v.ijKrio •rcdc Hohcrfo — sur TdMivro à lacpK^lb^ il (•ollal);)ra, ^st sévère^ uuiis just(\ \a' mot (( cbiiiiié » cmiiloyé iiar (-(^t édile n'c^st jXMit-ôtro ])as très acadér.iiquo, nais il (^x])riin(^ adinirabbMiuMil la juMiséc (b» celui |ui l'cMiiploic. L'()])ini()ii publique ratifia (-(^tc oxjrossioii pitt()r(\squ(* ; (4 ])iiis(iu'uii uicnibrc do la iuinici])alité déidaro (pic ses camarades n'ont ottVrl ]n(^ du (( cbi(iuc >> à leur clientèle électorale, nous anVtX bien obliii^é de le croii-e sur parole !
Cette deuxième démission — notons la bizarrerie lu ])rocédé — resta, comme celle de r(\\-adjoint (îoii- •ivaud, sans accusé de réce])tion. I.e ])réte( du l-'inisère n'en tint aucun comi)le. Détail ])lns bizarre en- •oi'e : l'adjoint Koberl, après avoii- bruyamment anloncé sa démission et lui avoir lait suivre la voie iiérarcbi(jue, continua de marier les ^ens à la mairie
(In (luartier de Koeouvrance et de remplir toutes les fonctions dont il était eliarj>'é auparavant. Il s'abstint seulement d'assister aux séances du conseil,
l.(» mouvement était donné.
Les élections cantonales de juillet-août 1907 surviennent. Les municipaux présentent un des leurs, le citoyen Masson ; puldient de vibrants appels au peuple, et sont battus à plate couture avec leur champion. ^Mauvaise affaire pour le parti I Alors, tout le monde démissionne.
Deux autres adjoints, les citoyens Goude — qui l'eût cru ? — et Litalien envoient à la tête des électeurs leur écharpe tricolore — une couleur qu'ils n'aiment point, étant antimilitaristes ardents.
Une réunion publique est organisée le 17 août 1907, où l'on procède à un lavage public de linge
Ecoutez l'adjoint (loude, cet homme terrible devant lequel, abandonnés par leurs ministres, de vieiTx amiraux blanchis sous l'uniforme durent baisser pavillon :
,lo suis démissionnaire, dit rillustr<^ commis de Tarsenalj Notre décision a été librement prise au sein du groupe socialiste ; il a décidé que nous devions faire abandon de] nos fonctions. Nous obéirons.
Je ne veux pas partir comme un petit garçon, en claquant les portes, mais ma décision est inébranlable. J'ai encore! quatre jours de permission ; je vais les employer à mettre mes papiers en ordre à la mairie, et, lorsque j'aurai terminé, j'adresserai ma démission à qui de droit.
A])rès av(Mr déclaré que la caisse municipale est à sec, le citoyen (îoude s'écrie, dans un Ix^au UH)Uvemeut :
Est-ce que nous sommes, après tout, à la mairie pour jouer au maire ou à l'adjoint ?
Des radicaux sincères pourraient, s'ils le voulaient, faire les mêmes réformes que nous.
Il ne faut pas oublier que nous gouvernons la ville avec des lois établies ; il faut que nous luttions conti-c la bourgeoisie et le cléricalisme.
Nous avons bien eu le plaisir d'empêcher des amiraux de s'immiscer dans les affaires municipales et leur avons prouvé qu'ils étaient des colosses aux pieds d'argile, mais nous avons quand même au-dessus de nous des lois mal faites, qui mettent entrave à bien des projets qui amélioreraient le sort des travailleurs.
Nous sommes, à l'heure actuelle, des conseillers amoindris, et nous éprouvons le besoin de redemander de la force à nos électeurs pour gouverner la ville dont ils nous ont confié les intérêts.
Le camarade Massoii, candidat inalheureiix au conseil général, renchérit et opine (^n'après la (( belle veste )) (sic) qu'il a remportée, il lui est impossible de cons.erver le nmndat dont les électeurs l'ont investi et grâce auquel il a ])n tenir haut et ferme le fier drapeau de la Sociale.
J^e but des deux compères est d'obliger un autre adjoint, h^ citoyen Vibert, premier lieutenant du maire, de les suivre dans cette retraite aussi volontaire (jue tintamarresque. Mais celui-ci ne veut rien entendre^ ; il ne mandie pas. On ne sait ])()ur qu(dle raison secrète, il se cranii)onne à son mandat. (( A la tribune ! » lui ciMe-t-on. VA l'adjoint récalcitrant grim])(^ sur les tréteaux. Il traite son ami (îoude de (( dictateur », déclare (|uc, contrairiMuent aux affirmations des ])récé(lenls oi-ateurs, il y a encore de l'argent, beaucou]) d'argent dans la caisse, et (pi'il im])orte au ])arti socialiste (pie ses élus dc»meurent à hnir ])oste, afin d'assurer du travail aux ouvriers guettés par l'aflreux chômage.
FA le oaniara(l(^ Masson de répli(|ner vivement :
On vous parl(* d'époles à oonstruirp, de oha polie à démolir : du blulV qu(^ tout ça, du « oliiqué » !
VilxM't. je le répète, s'est engagé à démissionner, et. maintenant, il !!(> veut plus mareher : e':^st de la mauvaise foi de sa i)art.
Quant à moi. je démissionnerai.
Je vais' mettj'e mes affaires en i-ègle. et je quitterai le conseil.
J)n (( cliiciiié » î Toujours du (( chiqué » !
]jes auditeurs, édifiés par ce lan,i>ai>e, par cette scène de famille jouée devant 2.000 personnes, votèient un ordre du jour invitant les élus du peuple à s'en alhn* le plus rapidement p()ssibh\
On faillit se donner des cou])s de i)oint>', à la sortie» de cette séance mémorable.
(Quelques jours après, un quatrième adjoint, le citoyen Litalien, professeur au J^ycée, alors en villéi>iature en Suisse, adhère publiquement à Tidée de démission collective. Il écrit ceci :
Ce qui fait la force de la solution présente, c'est que le Parti y a été amené par le souci de ne pas nous donner, à lui tout seul, l'approbation que les électeurs nous ont refusées le 28 juillet et le 4 août. Car les électeurs, « les travailleurs de la ville et de l'arsenal, le prolétariat brestois tout entier », nous les avons convoqués dans leurs sections de vote, deux dimanches de suite, nous leur avons adressé maint appel, et par le joui'nal, et par l'afliche, et par les réunions publiques, et c'est justement l'indifférence bien ('(mstatée de nos électeui's (nivriei-s qui nous fait un devoir de donner notre démission.
Le consculler Hav(d démissionne à son tour ; cornjue son collègue du Lycée de lîrest, il estime que la défaite du ])arti aux d(mx scrutins du 2S juillet et du 4 a(>ût est une invitation à déuuer])ir.
Puis, c'est le troupeau des siuiples édiles qui suir. Aujourd'liui, deux nouvelles démissions sont annoncées ; demain, il y en a une demi-douzaine. 8i bien que vers la mi-septembre, il ne reste presque plus personne autour du citoven-maire (4 de son fidèle» Achate, Vibert.
Depuis (juebpie t(Mups, du reste, la (( fraternité » ne réiiuait préciséuient i)as entre les conseillers. lA'ri auiabilités de la réunion publique du 17 aotit avaient été précédées d'un incident significatif.
On sait (11, (]ue le 18 juillet 1Î)()T, le maire avait été obligé (](' j)rendre un arrêté sui^primant la retraite aux flaud)eaux (»t interdisant toutes les réunions publiques or<>anisées et annoncées à i>Tand fracas par la Bourse du Travail.
Or, le brave citoyen AubcM-t fut désapprouvé ])ar tout son couscmI municipal.
Le 15 juill(4, une ])rotestati()n (l(»s conseillers, contre leur propre maire, était affichée dans toute la ville :
PARTI SOC lALISTE Section française ile l'Internationale ouvrière
Le STOiipc brestois (în parti socialiste vcoretto qiio lo maire do Jîrost ait cédé, cii intcrtUsant le meetin«>- du 1 ;{ jr,illet et eu faisant occuper niilitaireuient la Bourse du 'l'ravail. aux su.iijiestious (ies représentants du j»<)uvei*nenient, et artirine l'autonomie nécessaire des llourses du l'ra- \ail, dont l'a<-lion doit se développer dans uni' pleine indép(Midanc(^ à l'éuai'd du ,"i<)u\< rnement <*( des autorités municipaU's.
lîresi. le I 5 Juillet I î)()7.
Pour le bureau :
[.es cl as inunicipaa.v iln parti,
Cboiianlère. Couprie. (^oude. (irosset. «leannlc. I.e lîras. I.e (iali. Le IJay. Litalien. >lasson. Martin, 'rou'lec. \ ibert.
T \'(»ir p.iii-' IT)!"..
Lo (Mtoycii Aubeii in\ avait vu bicui d'aiiTres. 11 n:* broncha pas...
Sur (OS ontrofaitos, et comme on ne parlait que de démissions, le conseiller municipal Kermarrec, commis des contributions indirectes, confia à certain remporter indiscret les raisons i^our lesquelles il croyait ne pas devoir abandonner Tliôtel de ville.
Le motif invoqué par ce fonctionnaire modèle vaut son pesant d'or :
(( Je ne démissionne pas, déclare fièrement le citoyen Kermarrec, parce que mon administration — contrairement à l'esprit de la loi municipale — n'a jamais voulu me permettre de siéger près de mes camarades du conseil municipal, qui, eux, sont autorisés par leurs administrations respectives.
(( Ma démission serait donc, dans ce cas, une sorte de capitulation ».
Il résulte de cette déclaration que :
1'' M. Kermarrec a été élu conseiller municipal et a rempli son mandat malgré l'interdiction formelle de son administration ;
2"" M. Kermarrec ne démissionne pas parce qu'il aurait l'air d'obéir à ses chefs.
L'administration des contributions indirectes serait-elle^ devenue une succursale de la cour légendaire du roi Petaud ? Le citoyen Kermarrec nous oblige à le supposer...
Est-il possible d'admettre qu'un employé se moque im])unément de la sorte de ses chefs ? Et si l'on tolère ])areil langage chez un subordonné, que devient l'autoi'ité du directeur ? ]>ien plus, que devient celle
(lu ministre qui laisse de pareils scandales s'épanouir ? Que devient toute cette belle administration française dont l'Europe parlait autrefois, diton, avec une envieuse admiration ?
La présence du citoyen Kermarrec au sein d'une assemblée élue par le suffrage universel constituait déjà un assez fort contre-sens, car les fonctions de dresseur de procès-verbaux ne doivent pas être précisément faciles à celui qui a besoin des électeurs. Comment instrumenter d'une main impartiale contre un délinquant ami politique ?
C'est, à n'en pas douter, pour toutes ces raisons excellentes que l'administration des contributions indirectes voyait d'un mauvais œil l'un de ses commis lancé dans la politique active. Mais qu'importait au conseiller Kermarrec ! Un avancement au choix viendra quelque jour récompenser ses exploits socialistes, collectivistes et révolutionnaires.
Au mois de septembre 1907, donc, alors que les rats abandonnent le navire en perdition, le conseilbn' K(a*marrec déclare que sa conscience d'homme libre et indépendant lui commande de demeurer.
Le 8 septembre, l'adjoint (îoude, (]ui public» une petite feuille li(4)domadair(», se charge de faire connaître lui-même au jiublic l'état, à ce jour, de la crise munici])al(\ La Section socialiste brestoise veut absolument (pie tout le conseil s'en aille. Tne asscMïiblé(» générale est convocpiée à cet effet, où les a élns du ])arti » sont invités à donncM* l(Mir démission.
Des délégués sont chargés de se rendre au domicih» des camarades conseillers récahitrants et d(î leur faire ent(Midi'e raison.
Et voici, (rai)i'ès le jouiiial (1(^ la iinniicipalité, quel fut racciieil fait aux ambassadeurs par les intéressés. Nous citons tc^xtnellenient :
AT'BERT (maire) a déclaïf' (piil no démissionnait pas; qu'il n'envisageait pas la question de la même façon que la section, que vu la nature des élections dernières, leur l'ésultat ne pi-ouvail lien au point de vue municipal.
COUPRIE (conseillci'i a déclai'('> qu'il ne démissionnait pas et a donn('' les mêmes arguments qu"Aut)ert.
LE RAY I Conseillcpi a déclai'é qu'il approuvait les camal'ades qui avaient donné leur démission, mais qu'il n'admettait pas le procédé employé : c'était aux élus eux-mêmes à prendre la décision de d(Mnissi(,nner : a déclaré en outre qu'il trouvait que les "amarades qui s'obstinaient à ne pas donner leur démission faisaient le jeu de la réaction.
MOIGNE (conseilhM'} a dc'claré qu'il ne démissionnait pas, trouvant que ni le fait de quelques camai'ades du conseil d'avoir donné leur démission, ni la décision prise par la section dans la séance du 10 août, n'était pour lui une raison suftisante pour démissionner. A déclaré en outre qu'en tous cas, s'il avait à démissionner, ce ne serait pas pour se représenter.
NOVINCE (conseiller) a déclaré qu'il avait déjà remis sa démission entre les mains du Maire, qu'il l'enverrait sans tarder au Sous-Préfet, mais qu'il se réservait néanmoins le temps nécessaire pour expédier quelques alfaires encore en cours à la Maii'ie.
YfBERT (adjoint) a déclaré qu'il ne démissionnait pas — que ce n'était pas à la section de décider si le Conseil municipal devait l'ester ou démissionner — que c'était aux élus eux-mêmes à tranctier cette question qu'ils auraient ensuite poi'jéc à la connaissance du uai'fi.
OÙ est le t(Mnps où la (lisci])line était obscn'vée ?
Et voyons, maintenant, qnelle sitnation municipale bizarre, comicpie, extra vai>ante, va résulter de cette scission ])armi nos exc(dlents socialistes.
Il est probable (|iio nulle part ailleiii-s il n'eu fut, il n'en sera jamais de plus abraeadabraute.
Tout <-ouipte fait, il ne reste guère à la uii-sept(Mubi(» (ju'une douzaine de conseillers. (2ue va-t-il se passer ?
La juunieipalité n'est plus représentée (jue par un adjoint au lieu de (piatre — mais c*(» maire et cet adjoint tiennent bon. Ils })araissent encouragés dans leur résistance par Tadministration préfectorale désireuse de prolonger les choses, et ce dans un but électoral difficile à saisir.
Le plan des socialistes démissionnaires est sim- })1(\ Ils veulent o])liger la préfecture à convoquer les électeurs de fayon à ce ([ue les républicains d'ordre, s'ils sont élus, se trouvent dans l'impossibilité d'accomplir aucune des réformes de leur programme et avouent, en présence du gâchis complet où sont tous les services, leur impuissance tinancière et administrative.
Au suri>lus, et atin de dégoûter d'avance les (( bourgeois » ass(v. audacieux ])our accei)ter le couibat, l(^s socialistes vont user d'un moyen canaille : ils annoncent dans leur ])etite f(Miille hebdomadaire, et cela avec uuc im])U(lence extraordinaire, qu'ils guettent, au coin du bois, l(\s futurs candidats et (|ue tous ceux (pli s(^ ])rés(aiteront seront fusillés à bout l)ortaut, dans le dos, avec l'arme pertide du chantage el (le la (litraiiiaticni.
(''est ici le lieu de iiarler de l'usage (|Ue les munici])aux coll(M-l ivistes toni de la liberté de la ]>resse.
A tout bien considérer, la loi du iM) juillet ISSI sur la presse assure^ rimi»unité à jx'u jjrès absohu^
aux (liffamatoui 8, du moins quant à Famende, peine le ])lus «généralement ai)])li(iuée en Tespèee. Les niuliieix^aux colleetivistes le sjivent bien. Ils se réunissent cinii ou six et fondcnit un journal ; le gérant est un homme de paille (jneleonque, choisi parmi les (( sans travail » et autres loqueteux du Bureau de bienfaisance. Le titre de la feuilk^ et le nom de son gérant sont déposés au parciuet. Voilà le journal en règle au point de vue de la loi. Désormais, sous le voile d'un anonymat impénétral)le, les associés diffameront leurs adversaires de la fayon la plus odieuse.
Ils étaleront les ordures les plus nauséabondes. Livrez-les au tribunal correctionnel. IMen qu'ils n'aiuK^nt pas les procès dits a de i)resse », les juges sont parfois, devant Ténormité de la diffamation, contraints de poussc^r l'héroïsme jus(|u"à prononcer des condamnations pécuniaires assez fortes. Que se passe-t-il ? Le lendemain de la condamnation, le gérant -disparaît ; il se fait remplacer par un camarade. Et la manœuvre déloyale recommence après chaque procès ])erdu. De sorte que le citoyen diffamé par tel syndicat d'anonymes plumitifs, alors même qu'il gagne son procès, le perd toujours, paie les frais de pro-. cédure et n'a même })as la satisfaction de tenter les chances d'un duel pour châtier h^s coupables, car ces messieurs, en vertu de leurs ijrincipes humanitaires, dédaign(mt d'en découdre.
Le législateur devra, un jour ou l'autre, se préoccuper de cette lacune de notrt^ code. Pour tout dire, la loi de 1881 n'est applicable (pi'aux journaux qui ont une caisse, une administration et une rédaction honnêtes et responsables. Elle n'atteint eu aucune fa-
çon les feuilles dans 1(» genre de celle où, eliaque seniaine, les adjoints collectivistes, aidés par (luelques camarades conseillcn-s, réi)îin(lai(»nt à foison sur les familles brestoisc^s FinjniH^ et la diflamation.
C'est là, n'est-ce pas ? un moyen comme un autre d'éloigner de la vie politi(|ue l(»s gens tran(|uilles et amoureux de la paix ?
— Si vous SiXi^z. le malheur de vous présenter à tel ou tel scrutin, infâme capitaliste et bourgeois ignoble, gare à vous I Nous vous as^ijommons...
Nous voudrions ixuivoir mettre sous les yeux de nos lecteurs quelques échantillons de ces polémiques méprisables — mais à côté du lectetir, il y a la lectrice, et, vraiment, on hésite à remuer devant les dames certaines nmlpropretés.
Nous allons, cependant, en gazant le ])lus possible, comme il convient, essayer de donner (luebjue idée de cette littérature.
Tantôt, c'est le directeur du théâtre, ^1. Melchissédec, (|ui, ])()ur avoir interdit l'entrée des eouliss(\s (4 des loges d'actrices à certains conseillers irrésistibles, est abominablement diffamé. M. Melchissédec s'en va sous les fenêtres des insulteurs, les interi)elle et les provoque. Mais e'est l'insulté (jui, en tin de com])te, ])aie : ses dilî'amatiMirs l'assignent devant le juge de ])aix et il est condamné à l'amende.
Tantôt, c'(^st le lieiiieiianl iU's pompiers, l'honorable M. Muracciole (pii, ])nbli(iuement traité d'incendiaire, ]U'()V()(iue son insulteur en duel — et est traduit ])ar celui-ci devant le tribunal correctionnel (jui, en bonne justice, condamne le dillamé.
De très rf»'^|,(Ttal)les jeunes lilles sont traînées dans la bouc^ d'une prose ordurière pour avoir prêté huir concours à une re])résentation théâtrale où les municipaux étaient assez gentiment caricaturés.
.Mais ce sont surtout les familles d'ofiiciers de marine (jui, dans la feuille poruoiiraplii(|ue, fournis- Kent aux diffamateurs les sujets de potins immondes dignes de la cravache ou du revolver...
Le vice-amiral Péphau, i)réfet maritime, ayant donné une soirée, la feuille municipale dont tous les collaborateurs sont des employés ou des ouvriers de Tarsenal, publie une grotesque et indigeste tartine sous le titre : lu haï clic.:: J/. Faupais. Goiitez ce stvle.
Le bon papa Faupais et sa cliariiiaiite épouse ont besoin (le distractions. Ils offrent ce soir, en leuv superbe hôtel de rAiicre, un grand bal...
L'ai'iient que la Gueuse met Ti sa disposition pour cette fête servira à amuser les ennemis de la République...
Suivent quelques saletés impossibles à reproduire, avec des noms d'officiers et de fonctionnaires, femr.ies (rofficiers ou de femmes de fonctionnaires, noms dont l'orthographe est à peint^ modifiée de fa(;on (jue l'on puisse reconnaîti-e facilement ceux et celles (|ui les portent.
Le bal de .M. Faupais sc^-vit de thème à des plaisant(4'i(^s, dont la lecture eut i)u faire rougir un grenadier.
INMit-être eut-il (Hé utile de réim])rim(M' ici (pielc|ues-unes de ces ignominies, — le ministre de la .Ma-^ line eut pu de la sorte connaître l'emploi du tempi de certains de ses commis d'arsenal, entretenus ainsi]
aux frais des coutiibuablcs ])our ridiculisci' cl dilfanicr leurs chefs jus(iue daus leur vie privée.
Ou (•()U(;oit l'effroi du bourgeois paisible, à (pii, pour soutenir la lutte contre le collectivisme municipal, on vient denmnder son nom, sa collaboration, son argent. Candidat, il devient aussitôt le point de mire des condottieri de la presse anonyme, irresponsable, insolvable. Désormais, il est surveillé étroitement dans ses moindres actes, dans ses promenades, dans ses plaisirs. S'il s'aventure au café, il sera dépeint, en ([uelque tielleux article, comnu^ un ivrogne incorrigible, pilier de cabaret, (^u'il passe, le soir, un peu tard, après le couvre-feu, sous les ormes du mail local, le voici transformé eu satyre, à la recherche d"équivo(jues distractions. Est-il commerçant ? Kien ne sera facile comme d'insinuer sur l'état de ses affaires les bruits les plus fâcheux. Kentier ? C'est un parasite, nourri de la sueur du ])(aipl(s ayant fait fortune en une exploitation honteuse et criminelle des travailleurs.
Ces procédés de polémique sont assurénumt la honte de la presse. C'est le chantage dans toute son horreur, mais, ainsi que nous le disons plus haut, la loi de 1881 favorise le chantage et la justice n'est ])as assez armée \)o\\v châtier les diffamateurs et les maîtres chanteurs.
Les terreurs bourgeoises sont donc coiK;)rv^hensibles. Il ne faut ])as denunider à des c()mmer(;ants, a des industriels, soucieux avant tout, oi avec raison, d'assurer la réussite de leurs aftaires, un héroïsme dont les grands chefs de la marine n'ont pu ou n'ont su, en des circonstances critiques, se cui^ rasser.
Toiitefoit^, et comme il s'agit, eu roccurreuce, cVime question de vie ou de mort, il est à croire que, le uioment étant venu d'ouvrir le feu, les forces du parti de Tordre anticollectiviste sauront se grouper en un solide faisceau et que ceux qui auront accepté de soutenir le bon combat n'Jiésiteront pas à mettre l'intérêt général au-dessus de ces misères.
Recevoir des coups et en distribuer le plus possible, c'est la guerre politique. Celui qui n'a pas le courage de l'attaque et qui redoute la ri^Doste, même celle qu'envoie de main traîtresse le lâche anonymat, — celui-là doit rester sous la tente et laisser à d'autres Tlionneur et le bénéfice de la lutte.
En attendant le jour de la grande bataille décisive, la cité sainte du collectivisme se trouve dans la situation municipale la plus invraisemblable.
A la suite des démissions survenues après les élections cantonales de juillet 1907, il s'agissait de savoir s'il y avait lieu de compléter le conseil municipal, de bouclier les trous.
Le citoyen-maire Aubert continuait de faire la sourde oreille et de ne pas écouter ses amis.
Les conseillers démissionnaires tentèrent, par tous les niovens, d'entraîner le maire dans leur retraite. Les écrivains les plus autorisés du parti adressaient au citoyen Aubert d'éloquentes et suggestives suppliques :
Eu vous refusant i\ (hMnissioiuKM'. (ju'alh'z-vous faire à la Mairie ? lui dit-on. IX' (luel crédit, de quelle autorité y jouirez-vous ? Qu'y l'eprésentcrez-vous désormais ? Vous servez peut-ètr(^ les desseins de la préfecture qui ne veut pas d'élections eoaiplénientaires, dans la crainte qu'elles ne contribuent à éclaircir une situation confuse, qu'on fausse à
pki:?ii'. Vous servez aussi les desseins duu gouvernement hostile à l'émancipation ouvrière et qui espère secrètement, par votre indiscipline, briser le vigoureux effort du parti socialiste à Brest. Voilà le plus clair et le plus sûr résultat d'une faute qui sera grave. Croyez-moi, Aubert, il y a autour de vous des agents provocateurs ou des mauvai-< conseillers, dont la besogne sera d'exploiter voire lassitude ou d'ulcérer vos rancunes.
Puis, sur le ton de la persuasion affectueuse, le camarade continue ainsi son plaidoyer :
Et pourquoi nous trahiriez-vous, nous qui avons été vos bons et fidèles compagnons ? Pourquoi sortiriez-vous do r « Unité socialiste », qui est la forte armature qui nous lie, par laquelle nous défions les attaques, les mensonges, les calomnies de la presse bourgeoise ? Cette bourgeoisie dont ^•ous serviriez inconsciemment los desseins et les intérêts n'a eu et n'a pour vous que mépris, dédains, sarcasmes. Elle est peut-être ingénieuse à vous flatter en ce moment, parce qu'elle a besoin de vous ; mais rappelez-vous toutes les injures dont la presse bourgeoise vous a couvert, toutes les amertumes dont les hautes administrations bourgeoises vous ont abreuvé. En vérité, est-ce qu'un vieux militant comme vous peut oublier ces injustices et ces haines de classe ? Est-ce qu'il peut accepter de faire volontairement, contre ses camarades, le jeu de la classe ennemie ?
Vous ne ferez pas cela, Aubert.
Or, Aubort 1(^ fit.
Le vieux niiliiani resta sous sa lente.
Il demeura, stoïque, et pour bien montrer son désir de continuer, il se mit en devoir de convoquer les débris épars de son conseil à une séance publique.
Trois con vocations successives, trois appels désespérés, ])arur('Ut, (iiii abouiircin, le jeudi -<; et le vendredi 1*7 septembre, à la réunion pénible de quatorze édiles.
Ce conseil, uiusi réduit à sa ])lus simple exiu-estiiou, clélibéi'îi eu i)aix, daus le Aide.
La (lélibératiou était-elle valable ?
L'article 50 de la loi du 5 avril 1884 dit ceci :
Le conseil mini'icipal ne peut délibérer <[ue lor^:que la majorité de ses iitenibreii en e-rereiee assiste à la séance.
Quand, après deux convocations successices, ti trois jours au moins d-intei^valle et dûment constatées, le conseil )nu)iicipal ne s'est pas réuni en nombre suffisant, la délibération prise après la troisième convocation est valable, quel que soit le nombre des membres présents.
« La Préfecture ne voulait pas d'élections coniplénientaires. Elle trouvait ainsi dans la loi même l'excuse formelle de sa tactique de temporisation.
Du même coup, les démissionnaires de FHôtel de Ville, qui avaient cru embarrasser l'administration et jeter dans Fembarras leurs ennemis les « bouri>eois )) s'apercevaient, mais un peu tard, que le i>rand coup ([u'ils avaient voulu frapper n'était, en somme, qu'un mauvais coup d'épée dans l'eau.
Du reste, leurs camarades non démissionnaires, et bien qu'en minorité, allaient continuer avec ardeur la politique collectiviste. On le vit à la séance du 27 septembre, où les quatorze conjurés supprimèrent, sans discussion et avec (enthousiasme, la formalité nécessaire de l'adjudication pour les travaux communaux.
L'adjoint Yibert — le seul membre de la municipalité demeuré, au milieu de la dé}?ertiou générale,
aux côtés du mairo — prononça à ce propos un i)etit discours exquis :
Considérant, dit-il. qiio lo rolo d"im conseil nnunicipal ouvrier et socialiste doit être de favoriser les associations ouvrières qui, par leurs travaux, par leur organisation, sont les pionniers de la formation sociale ;
Considérant que toutes les tentatives ouvrières de ce genre doivent être favorisées ;
Votre commission des travaux compte que lo conseil municipal sera heureux d'accorder un nouveau témoignage de sj-mpathie aux associations ouvrières en adoptant les conclusions du rapport, qui consistent à passer un marché de gré à gré entre la ville et 'a coopérative ouvrière pour les tia\anx d entretien des premier, second et cmvîiiièm} lots, aux prix des bordereaux et sans rabais.
Et les quatorze fidèles votèrent, comme un seul homme, les conclusions de ce rapport phénoménal où les principes les iAuh élémentaires du droit industriel sont foulé\s aux iiieds avec une inconcevable désinvolture.
L(» syndicat des entrepreneifrs du bâtiment, dont nous connaissons les niallieurs et dont l'industrie fut si «ravement atteinte par les orèv(»s de 1004 et de 1005, rédi{:>'ea immédiat(Muent une protestation contre cet abus de pouvoir u lésanr d'un(^ part la corporation des nombreux entrepreneurs qui auraient pu participer à Tadjudication, et, d'autre part, les contribuables brestois (]ui auraient pu profiter d'un rabais ])ossible ».
Les contribuabl(\s brestois, nous l'avons vu, ue comptaient j^uèn» pour leurs administrateurs collectivistes.
Et, dans In même séance où ce vote scnndabuix
fut émis, lo conseiller ^lartin, ouvrior do Tarsonal, ])roelainait cvniqnoniont riitilité do la Bonrso du Travail, « ori^anisation qu'il faut soutonir parce (îu'olle représente la population qui chavirera la ►société actuelle, cause de misère )).
On le voit, si le nombre des conseillers a diminué, l'esprit réA'olutionnaire est resté aussi fort, aussi violent, aussi menaçant.
]^ivisés, on apparence, sur une question de tactique électorale, les collectivistes sont dans le plus complet accord lorsqu'il s'agit, par quoique moyen que ce soit, d'écorclier vif le contribuable, le patron, le propriétaire, le commerçant et l'industriel.
Une assemblée composée d'éléments révolutionnaires et anarchiquos ne pouvait aboutir qu'à la débandade finale — à la dispersion de ses membres.
Dans les derniers temps de leur règne éphémère, les collectivistes se traitent mutuellement de fauxfrères, do ronéc^ats, de traîtres.
Le citoyen-maire Aubert est couramment assimil;> à un vil suppôt de la réaction — alors qu'il n'est, on réalité, que le suppôt de sa propre situa llr'n grassement rémunérée (^t dont il lui coûterait de s-^ séparer pour la gloire d'une lutte difficile contre les forces de l'ordre.
1>(» trente-six conseillers entrés à l'Hôtel d(» Ville lo 8 mai 1904, il no reste plus que quatorze survivants qui, dans lo naufrage du régime collectiviste, surnagent désespérément sur 1(^ vaste gouffre de la ruine et du déficit qu'ils ont creusé de leurs mains barbares.
C'est bien la débâcle prévue, dès lo début.
C'est la démonstration do cotte vérité économique que le collectivisme qui sème la misère porte en soi les germes de décomposition et de mort et succombe, à la fin, victime {]e ses propres manœuvres.