ALFRED, CRESCENDO
CRESCENDO
Me sera-t-il permis <ïe voué présenter mes respects?
Combien nous devons nous tenir honorés cVoune semblable visite !
Alfred, le regardant.
Voilà bien la figure la plus originale! Qui diable reconnaîtrait là un chancelier ? (Haut). C'est moi, monsieur, qui suis trop heureux de faire connaissance avec un aussi grand talent.... Vous dites que vous vous appelez ?....
CRESCENDO
Il signor Crescendo.
ALFRED
Ma foi , signor Crescendo , je trouve bien étonnant que l'amour de la composition vous est fait tout -à- fait oublier vos anciennes fonctions.
CRESCENDO
Non pas.... je me rappelle..... j'ai été chef d'orchestre àv Turin, et maître de chapelle à Florence.... Mais l'intrigue, la cabale.... Bah! à quoi bon les places? Vive le vrai comJ positor ! l'artiste indépendant qui n'obéit qu'à son génie.
Air du <uaudevill& du Jaloux malade.
Qiiek arfr plus Hoble et plus sublime t Qui sait chanter doit tout savoir :
La nature à sa voix s'anime, Et tout reconnaît son pouvoir!
Les morts s7 élancent de l'Erèbe j Et ce fut jadis un rondo Qui fit bâtir les murs de Thèbe, Et tomber ceux dt Jéricho.
ALFRED
Âh! an! ma foi, il est très-amusante
C1VESCENDQ.
À propos de cela, mon prinoe....
Me voilà prince, à présent.
CRESCENDO
J'oubliais de tous chanter mon grand air; Crudel tyran.... ah! ah! ah!
Mettez-vous dans la situation..... C'est le jeune héros qui marche au supplice.... et qui, avant de monter à l'échafaud, commence en mi bémol....
Ah! ah! ah! ah!
ALFRED
Le morceau me paraît déjà bien placé.
CRESCENDO
C'est que je vois que vous ne connaissez pas mon opéra. Que c'est heureux pour vous! je m'en vais vous le chanter.... Il est en répétition , dans ce moment , au grand théâtre de Londres.... Ce n'est pas sans peine! des passe-droits, des in-
Îustices , quinze mois à l'étoude ça ne serait pas pire à Opéra de Paris. L'ouvertoure.... maestoso!
Tra, la, la, la, la, tra, la, la, la, la....
Et l'oboé qui se fait entendre....
Pon, pon, pon, pon, pon , pon....
Mais quand j'y pense quelle idée!.... ah! mon prince! si
ce n'était pas abouser des bontés de Votre Altesse je lui
demanderais....
ALFRED
Tous n avez qu a parler.
D'accepter la dédicace de mon opéra.
ALFRED
Avec plaisir! C'est servir la cause des beaux -arts que
d'être utile à un compositeur aussi distingué.
CRESCENDO
Ma fortune est faite !