‹ Une Visite a GavrontzyChapitre 4 sur 10 · GAVRONTZY. — UN MOULIN A VENT · texte numérisé non relu

GAVRONTZY. — UN MOULIN A VENT

Et les vieux saules, dont beaucoup dégarnis de leurs branches portaient sur leur tronc lourd et biscornu une tête à peu près ronde et de couleur foncée qu'hérissait une multitude de pousses frêles et droites dont les légers feuillages tourmentés par le vent formaient un panache argentin. Et les toitures de chaume, et les étables, et les meules, et les ondulations du sol, tout offrait des lignes arrondies, même les arbres fruitiers, même les blancs grisars; seuls les peupliers pyramidaux s'élançaient verticalement et demeuraient

verts, alors que les autres essences forestières présentaient une gamme allant du jaune d'or au rouge écarlate avec des tons mordorés infiniment harmonieux. Comme ils aiment, les Petits Russiens, ces peupliers d'Italie dont la ramure chuchote sous le vent; leurs paysannes les ont reproduits en broderies, et leurs cimes orgueilleuses plaisent à leurs yeux.

Si vous approchez d'une khaia, méfiez-vous, les chiens de garde hurleront et vous empêcheront de franchir la porte du jardin; avertie par ces aboiements, la maîtresse du logis montrera sa tête par la fenêtre et laissera voir, entre ses lèvres, de belles dents. Si elle a lavé son linge, la cour ressemblera à une exposition de broderies. Quel paysan, quelle paysanne oserait porter une chemise dépourvue de cette ornementation nationale? Brodés les essuiemains, brodées les nappes, brodées les chemises, brodés les draps de lit. Une étude des motifs ornementaux employés pour décorer le linge serait d'un bien vif intérêt; ils sont variés à l'infini et tous produisent un charmant effet. Hélas ! cet art si typique tend à disparaître; pour le moins, il est en décadence. Si vous comparez les anciens travaux de broderie avec les nouveaux, vous constatez une dégénérescence des types originaux et l'invasion de modèles qui n'ont aucun caractère local. Mais vous êtes parvenu à la porte du parc où se trouve la maison du propriétaire. Le domaine de Gavrontzy sépare le village en deux parties égales. Son histoire est peu connue et il semble que le charme de l'endroit absorbe le visiteur au point de lui faire négliger l'étude de son passé. On sait cependant par l'historien Kostamaroff que celte terre, à l'époque de Pierre le Grand, appartenait aux Kotchoubey et devait alors être une dépendance du riche domaine de Dikanka1. Le célèbre Kotchoubey, quand il fut poursuivi par Mazeppa, se réfugia à Gavrontzy2. Plus tard, Gavrontzy devint la propriété de la famille noble Lécévitzky, originaire du gouvernement de Kharkoff. De cette époque, date la maison rouge. Ensuite, Gavrontzy passa aux mains des Baschkirtzeff, gentilshommes terriens du gouvernement de Poltava, qui construisirent la grande maison blanche et vendirent ce bien à M. Jouravloff de Moscou. C'est de lui qu'il a été acquis parle propriétaire actuel, le comte Dmitri Serguévitch Chéréméteff, aide de camp de S. M. l'Empereur. L'histoire glorieuse de Pierre le Grand

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