MAISON DE CUJAS — COUR INTÉRIEURE
LA MAISON
est un véritable chef-d’œuvre et, dit Mérimée, à voir la finesse du travail, le charmant caprice de ces arabesques, on croit reconnaître la même main qui sculpta la délicieuse tourelle de la maison Lallemant ».
Un projet de restauration, œuvre de M. Camut fut exposé au Salon de 1 88 1 ; dans un article paru dans la Revue des Deux Mondes, le critique, un artiste éminent, Eugène Guillaume, émet l’opinion que le Musée devrait occuper cet immeuble : « La Ville de Bourges, disait-il, n’a pas encore de Musée digne de ce nom, et on profiterait des dépendances qui sont considérables pour créer des salles destinées à la peinture et à la sculpture, tandis que la maison elle-même recevrait des collections de même nature que celles de l’Hôtel de Cluny ».
Cujas, TUniversité de Bourges
et la Vie d'un « Escholier »
« Ainsi [Pantagruel] vint à Bourges, « où il estudia bien longtemps et prou- « fîta beaucoup en la Faculté des loix. »
(■Rabelais, Pantagruel, livre II, chapitre V.)
Hé Dieu 1 si j’eusse estudié Au temps de ma jeunesse folle Et à bonnes meurs dédié,
J’eusse maison et couche molle !
Mais quoy 1 je fuyoie l’escolle Comme fait le mauvais enfant...
En escripvant ceste parolle,
A peu que le cuer ne me fent.
(François Villon, Grand Testament, 1461.)
L’Université de Bourges
C’est à Louis XI que Bourges est redevable de son Université, malgré les oppositions que soulevèrent les jalousies de ses rivales, notamment Paris et Orléans. C’est par lettres patentes de décembre 1463 que le roi prononçait la création de cette Université pour l’étude du droit et lui accordait les mêmes privilèges qu’à celles de Paris, Orléans, Toulouse et Poitiers.
Une bulle de Paul II, datée du 12 décembre 1464, ratifiait cette décision et l’installation avait lieu le 9 mars 1467, ainsi qu’il appert du procès-verbal officiel.
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l’uNIVEFSITÉ DE BOURGES
Le roi inclinait à cette fondation à raison de l’antiquité de la Ville, de la fidélité constante de ses habitants à la Couronne et aussi parce qu'il était né dans nos murs le 3 juillet 1423.
En date du 14 décembre 1469, l’Université de Paris lit opposition et les raisons invoquées méritent d’être rappelées :
« ... Dire qu'il y a eu et est advenu que aucuns qui sont trop presumptieux ont taché de multiplié Universitez. Et s'il y avait Universitez à Bourges, il y aura clercs qui rien n’en sauront et il en ensuyvra beaucop de inconveniens... Qu’Orléans n'est pas à une journée de Bourges... le lieu de Bourges n'est lieu convenable pour faire Université, car les quatre elemens y défaillent : pour la terre y est bien pouvre joignant de Sologne ; secondement, n’y a qu’une petite rivière pareille à celle de Saint-Marcel, ainsi y default l'eau ; tiercement y a entour Bourges marecaiges qui font l'air mauvais, ainsi y default l’air ; et quartement y default le feu, car n'y a bois que par charroy et le faut aller quérir bien loing... »
Les 4 et 8 janvier suivant, avaient lieu des plaidoiries présentées au Parlement au nom « des habitans et borgois de la ville de Bourges demandeurs » et par le défenseur de l’Université de Paris.
Le Parlement de Paris avait refusé d’enregistrer les lettres patentes pendant plus de sept années (de 1463 à 1470) et fit encore la sourde oreille. A la fin, le roi se fâcha et ordonna l’enregistrement : « Sy, dit-il, gardez que en ce n'ait faulte : car tel est notre bon plaisir ».
Le Parlement s’inclina enfin ; la nouvelle causa à Bourges une grande allégresse, les étudiants affinèrent de France et même de l’étranger : pauvres, riches, tous confondus dans le même désir d’apprendre, tous atteints de cette fièvre de « scavoir ».
l’université DE BOURGES
Bientôt, l’Université héritait de la célébrité de Bologne avec l’arrivée d’Alciat. Nous sommes au mois d’avril 1329, le crieur annonce par les rues que, le dix-neuvième de ce mois, à sept heures du matin, dans le logis des Grandes Ecoles (l’ancienne maison-Dieu, sise à l’ombre et au chevet de la Cathédrale), la séance d’ouverture serait faite par maître Alciat. 11 n’en fallait pas plus pour enthousiasmer toute cette jeunesse, tous ces étudiants divisés en quatre nations : France, Berry, Acquitaine et Touraine ; une cinquième nation devait ultérieurement être admise : la nation d’Allemagne, qui comprenait des Allemands, des Anglais et des Suédois.
Nombreuse fut l’assistance pour écouter le maître disputer sur le sujet qu’il avait choisi : De verbonim obligationibus.
C’est pendant son séjour à Bourges (1529-1531) que François Fr s’arrêta dans notre ville avec le dauphin, pour assister à une leçon.
Ce fut pour Alciat un appui considérable et, dès lors, le nombre de ses contradicteurs diminuait, tandis qu’augmentait, le nombre de ses élèves ; parmi ces derniers, citons Conrad Gesner, Melchior Wolmar, Théodore de Bèze, Amyot et Calvin, ce Calvin que l’on écoutait si volontiers, quand il se faisait entendre dans la grande salle du couvent des Augustins, proche la rue Mirebeau (l'ancienne rue d’Enfer), où il avait son logis.
Rappelé par le duc de Milan François Sforza, Alciat quittait Bourges : « Adieu, Bourges, ville hospitalière et bien aimée », disait il pour exprimer ses regrets ; au nombre de ses successeurs, nous trouvons Duaren, un Breton (1538), et Baron ; ce dernier venait d’Angers et commença ses cours vers 1342; il décédait dans notre ville en 1550.
C’est l’époque où l’Université de Bourges brille de son
l’université DE BOURGES
éclat le plus vif ; vraisemblablement Rabelais y fait allusion dans son Pantagruel quand il dit que son héros « visita Bourges où estudia bien longtemps et proufita beaucoup en la Faculté des loix ».
Déjà, ce n’était plus, comme au début, une population « d’escholiers » ferrailleurs, ivrognes, turbulents, passant leur vie à fréquenter les tripots et à courir les « boutiques à péché » ; les étudiants travaillent, si l’on en croit un poème en vers latins imprimé à Lyon en 1554 et attribué à Barthélemy Aneau.
Il y a bien encore des rivalités, les épées sortent trop fréquemment du fourreau, mais ce ne sont que les suites de disputes entre nations diverses, issues du choc des opinions. 11 ne faut pas oublier que nous touchons à la Réforme et que les passions sont fortement aiguisées par la rivalité entre les deux professeurs à la mode : Duaren et Baudoin.
Chacun de ces maîtres a derrière soi un cortège d’admirateurs, une véritable cour de fanatiques ; les discussions s’engagent et ne sont pas toujours aussi pacifiquement résolues qu’elles le devraient être ; les « escholiers » veulent savoir ; ils ne veulent plus accepter sans discussion les idées émises par le professeur ; Rabelais ne dit-il pas : « Science sans conscience est ruine de l'âme », et Montaigne devait compléter cette opinion par cette maxime : « Science sans conscience est ruine de l’esprit ».
Baudoin quittait Bourges, et Marguerite de Valois, Duchesse de Berry, laquelle veillait aux destinées de notre Université, lui donna comme successeur Cujas. Le maître arrivait à Bourges le 30 septembre 1333 ; des troubles eurent lieu dans le quartier de Bourbonnoux, le quartier des Ecoles, et MM. les Maire et Echevins durent rétablir l'ordre d’une façon assez sévère.
« Ce personnage de grande et singulière doctrine et
l’université DE BOURGES
érudition », ce maître qui ne fut pas « seulement le représentant le plus brillant de la grande école historique fondée par Alciat, mais encore le premier des anciens romanistes », était le fils d’un tondeur de draps. Il naquit à Toulouse en 1522 et mourait à Bourges en 1590 ; il était inhumé dans une des chapelles de l’église de St-Pierre-lè- Guillard, sa paroisse (dans la chapelle de Saint-Denis).
« Disciple de Férrier, dit Bérriat St-Prix, il travaillait opiniâtrement ; on dit qu’il apprit sans maître les langues anciennes et le grec qui lui fut d’un grand secours pour l’interprétation des lois romaines. »
En 1547, il ouvre à Toulouse un cours particulier sur les Institutes de Justinien ; il le continue pendant sept années avec un éclat « qui fit pâlir l’enseignement contemporain ».
Il professa successivement à Cahors (1554-1555), Bourges (1555-1557), Valence (1557-1559). Une deuxième fois à Bourges (1559-15 66), Turin (1566-1567), Valence (1567-1574), Bourges (1574-1575) (0. Puis après quelque temps où il enseigna à Paris, il revenait à Bourges pour y demeurer jusqu’à sa mort (4 octobre 1590).
(1) Aujourd’hui, 14' may 1577, nous, etc...
j Commettons et députtons, suivant les conclusions faictes en assemblée de « ceste Ville mercredy dernier, honorable homme Jaupitre, enquesteur et scribe « de l’Université de Bourges, pour aller trouver M. le Dr. Cujas estant à Vallence « et luy porter lettres du Roy adressées à M. des Gordes, goubverneur du Dau- « phiné, et à MM. de Vallence, pour le laisser sortir avec ses biens, meubles, et « tout ce qui lui appartient pour l’emporter.
« Et audict Sr Jaupitre avons donné plein pouvoir, puissance, et mandat de « contracter avec le Sr Cujas et lui promettre au nom de la Ville, manans et « habitans, que, moyennant qu’il viendra demourerà Bourges et y exercer l’estât ® de Dr Régent en droict, et ainsi qu’il a faict cy-devant, pour la somme de 1.200 « livres de gaiges par chacun an, à commencer du jour qu’il quittera Vallence, « lui promettre par la suite la place de Doyen d’icelle Université, devant estre tenu « quitte de toutes charges et impositions tant ordinaires qu’extraordinaires, tant « que sera résidant et demourant en la Ville de Bourges #.
(Archives municipales — B B. SJ
Une décision du 27 juillet 1575 fixait ses « gaiges » à 1.600 livres tournoist
l’université DE BOURGES
Il faut noter qu’au moment où Cujas professa à Paris, cette Université ne comptait pas encore de chaire de Droit civil, aussi c’est par arrêt que Cujas est autorisé à faire « la lecture et profession en droit civil à l’Université de Paris»... permettant audit Cujas de donner les degrés à ceux qu’il trouverait avoir fait constamment le temps requis selon que par l’examen, ils (Cujas et les docteurs) les auront trouvés capables, validant ce qui aura été fait en cette part, comme avoir été fait en l’une des Universités fameuses de ce royaume. »
Durant ses trois séjours à Bourges, il compta au nombre de ses élèves :
1555, François Ragueau, professeur à Bourges et Nicolas Cisner, recteur de Heidelberg ; 1559, le président Jeannin, avocat, ministre d’Etat sous Henri IV et Louis XIII ; 1562-1566, le Cardinal D'Ossat, homme d’Etat et Hubert Gysen, professeur à Strasbourg, conseiller d’empire ; 1563-1566, François Pithou, procureur général de la chambre de justice sous Henri IV ; 1564-1565, Jacques Mangot, avocat général au Parlement de Paris ; 1566, Théodore Straitemann, jurisconsulte hollandais et le poète Jean Passerat ; 1 575, Jacques Lect, syndic de la République de Genève, Ambassadeur auprès d’Elisabeth d’Angleterre ; 1576, Jacques Bongars, ambassadeur de Henri IV, Jacques de la Gueste, Procureur Général au Parlement de Paris et Frédéric Morel, helléniste, interprète et imprimeur du roi ; 1579, Nicolas Cragius, Danois, recteur de l’académie de Copenhague ; 1581, Louis Carion de Bruges, professeur de Droit à Louvain ; 1581-1590, Paul Mérula, de Dortrecht, professeur d’histoire à Leyde ; 1582-1590, Chrétien de Lamoignon, Président du Parlement de Paris ; 1575-
1590, Antoine et Guy Loisel, conseillers au Parlement de Paris ; 1586, Guillaume Marescot, avocat général de Marie de Médicis ; enfin, de 1575 à 1590, l’un des
l’université DE BOURGES
plus célèbres avocats du Parlement de Paris, Pierre de la Martillière.
Son enseignement était particulièrement réputé en Allemagne et le jurisconsulte Etienne Pasquier, son élève à Toulouse, lequel « correspondait avec tout ce que l’Europe savante comptait d’illustre » disait : « J’ai autrefois appris qu’en plusieurs Universités d’Allemagne, lorsque ceux qui sont en chaire allèguent Turnebus ou Cujas, aussitôt mettent-ils la main au bonnet, pour le respect et honneur qu’ils portent à leur mémoire ». U)
La mort de Cujas marque le déclin de notre Université,et pourtant la valeur de ses successeurs (Mercier et Ragueau) est reconnue ; les étudiants étrangers diminuent, sauf pendant le temps où Mérille professe ; les cours sont de moins en moins fréquentés et, cependant, en 1679, une chaire de droit français est établie et confiée à Pierre de La Chapelle ; c’est l’époque où La Thaumassière, l’auteur de l 'Histoire de Berry , enseigne comme docteur agrégé.
Malgré tout ce que put faire la ville de Bourges, son Université disparut à l’aube de la Révolution et toutes les tentatives faites depuis le commencement du xixc siècle sont demeurées infructueuses.
De 1808 à 1814, Bourges abrita une Faculté de lettres, mais, malgré de nombreuses réclamations présentées à Napoléon Ier, il ne fut pas possible d’obtenir, dans la réorganisation des Facultés, le maintien de l’Ecole de droit de Bourges, transférée à Poitiers, sur un avis du Conseil d’Etat à la majorité de une voix seulement.
La chute du régime impérial portait un coup fatal à l’Université de Bourges ; des démarches nombreuses sont tentées par l’administration municipale, appuyées par le
(1) Une commission présidée par M. Mayet-Genetry, maire de Bourges, se constitua le 18 mars 1844 en vue d’élever un monument à Cujas. La souscription n’obtint pas les résultats escomptés.
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Département et par des notabilités politiques, mais aucune modification ne put être apportée à l'état de choses existant.
« Bourges, par sa position centrale, éloigné de tous les grands mouvements de commerce et sans manufactures, ne peut être vivifié (disait la délibération du 11 février 1822) que par des établissements publics Le caractère doux et paisible de la population offrirait naturellement aux parents des jeunes élèves qu’y appellerait cette école une garantie par l’exemple des bonues mœurs à inspirer à leurs enfants, et le Gouvernement y trouverait le gage assuré d’une jeunesse studieuse et tranquille, par leur éloignement du théâtre des grandes villes, où les passions ont tant d’occasions d’être mises en jeu.
« En formant cet établissement dans un département aussi central, le Gouvernement, dont l’intention est de faciliter, par tous les moyens possibles, l’instruction, trouverait son but rempli. Beaucoup de familles, effrayées de l’éloignement et de la dépense qu’entraîne le séjour de leurs enfants dans les grandes villes à raison de leur modique fortune, se voient souvent forcées de priver la jeunesse de suivre les écoles de droit, et les cours de justice perdent des sujets capables pour le barreau ».
Vers 1829, le préfet du Cher, le baron Finot, fit parvenir au Roi un exposé des motifs qui réclamaient une école de droit à Bourges. Le Ministère reconnut la légitimité de la demande, mais les négociations entamées furent interrompues par les évènements de juillet 1830.
Reprise l’année suivante, la question fit un pas ; par une délibération du 19 janvier, le maire était chargé de demander au Gouvernement le rétablissement de l’ancienne Ecole de droit et l’assemblée communale délibérait encore sur ce sujet les 18 mars et 18 juillet suivants. Il fut décidé que les bâtiments de l’ancien monastère de la