‹ Une visite à Monsieur le duc de BordeauxChapitre 6 sur 8 · POST-SCRIPTUM · texte numérisé non relu

POST-SCRIPTUM

Tel est le récit exact, fidèle jusqu'à la minutie, écrit sur place pour ainsi dire, de cette visite si violemment incriminée. Il ne s'y est rien passé de plus, il ne s'y est rien passé de moins ; et de fait, on le voit, il ne s'y est pas passé grand' chose. Ce n'était pas la peine de faire tant de bruit pour si peu.

J'ai expliqué précédemment par quel concours de circonstances j'avais été conduit h faire une publication qui, fussé-je même absous par les intéressés, restera toujours âmes yeux une indiscrétion. Je n'ai pas à revenir là-dessus.

Je me suis présenté à Frohsdorf comme républicain, et c'est comme républicain que j'y ai été reçu ; républicain de la veille, de l'avant-veille, de tous les temps. La République est la dernière forme, la forme défimiive des peuples parvenus h l'âge de raison, c'est l'époque de leur majorité. Mineurs jusque la, ils ont besoin de tuteurs; émancipés désormais, ils entrent alors en jouissance de leurs droits ; la République n'est en un mot que le gouvernement des hommes par eux-mêmes. Comme tous les

pouvoirs constitués, ello porte en ello sa propre vilalitë. SI elle est née viable, elle vivra, et tous les prétendants du monde, quelles que soient d'ailleurs leurs qualités, ne sauraient prévaloir contre elle.

Qu'il s'agisse d'un déh.it dynastique , d'une compétition de prince h prince, oh ! alors la valeur personnelle des compétiteurs est d'un grand poids dans la balance. Mais nous n'en sommes pas là, que je sache. Eh! vous imaginez- vous par hasard que la République gagnât beaucoup en force, en durée, si l'on imprimait tous les jours au Moniteur' ou ailleurs que monsieur le duc de Bordeaux ou tout autre prétendant est idiot et bossu? J'aimerais bien mieux qu'on mo les peignît tous comme des Antinous et des Trajan. Le triomphe de la

République n'en serait que plus éclatant. Sa force doit être en elle-même, non dans la faiblesse de ses ennemis. Ah ! ses ennemis les plus dangereux ne sont ni h Frohsdorf ni ailleurs; ils sont dans son propre sein.

Je n'ajouterai rien parce que je n'ai rien à ajouter. Mon intention n'est point d'engager ici une discussion politique sur le mérite relatif des deux principes qui se partagent le monde, l'élection et l'hérédité. Hic non erat locus. Tout ce que j'ai voulu ç''a été de peindre, d'après nature, cet intérieur de l'exil qui frappe surtout par la politesse et la dignité. Voilà la tâche que je m'étais proposée, et je Tai accomplie en conscience, sans ménai^ement pour personne et sans aucun sacri-

lor. —

fice d'opinion. J'ai promis d'élre vrai ot j'ai été vrai. Le preslige du rang n'a exercé sur moi aucun empire.

Si j'avais trouvé dans le prétendant de rhérédité un homme frappé d'incapacité, je l'aurais dit sans détour. Que si, au contraire, il m'eût paru nu de ces rares génies que l'humanité divinise , je l'aurais dit avec la même impartialité, la môme franchise. Aucune considération d'aucun genre n'eût été capable de me faire, en cela, dévier de la ligne droite. Aussi bien, qu'aije à craindre, et pourquoi me tairais-je? Je suis, grâce à Dieu, au-dessus de toute crainte, comme de toute espérance; je n'eus jamais qu'une ambition dans ma vie, et je n'ai plus qu'une passion, la vérité.

Aujourd'hui, d'ailleurs, les inlérêls ou

jeu sont si considérables, les problèmes posés si arclus^ si profonds, que les hoîiimes disparaissent dans celle immense mêlée. J'en suis tellement convaincu, pour ma part, que si j'étais législateur, je por-» terais un décret ainsi conçu : Toutes les familles exilées de France sont libres de rentrer en France, Leur présence, soyezen sûrs, offrirait moins de périls que leur absence. L'éloignement a mille prestiges, et il est père des illusions. Un danger qu'on voit, qu'on touche, cesse bientôt d'être un danger. C'est la distance, l'inconnu qui enflamment l'imagination des peuples. È longinquo reverenlia.

El maintenant, pour en finir, je désavoue formellement toute parole, tout jugement qui ne se trouveraient pas explicite-

inciil Ibrmulcs dans les pages (\uon viciil de lire ; je n'ai jamais dit de vive voix, à personne, autre chose que ce que je viens de répéter ici la plume à la main. Je défie qui que ce soil, amis connue ennemis, de me démenlir.

Page 1