FAMILLE REUTEMANN. SA SITUATION EN
Elle est arrivée en mai 1859. Elle avait payé son passage mais il ne lui restait rien lors de son arrivée à la colonie. Reuemann, de nationalité suisse, était agriculteur dans son pays. Sa famille se composait de sa femme, d'un beau-frère qui mourut à la colonie et de six fils, dont Faîne avait douze ans lors de l'arrivée.
. Elle a reçu à titre d'avance 600 piastres boliviennes et doit encore 16S piastres à l'administration.
Elle pourrait s'être acquittée complètement de toute dette ;
DE LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE iftl
mais elle a employé une bonne partie de ses bénéfices à embellir sa concession, qui est une des plus jolies de toute la colonie. Elle a 62 bètes à cornes, 9 chevaux et 6 cochons.
Elle a semé cette année 44 poses de blé, 15 de maïs, une demie de pommes de terre, une demie de pois et de luzerne. Elle a un beau jardin rempli de fleurs et une plantation de 3.000 pêchers et divers autres arbres. Reutemann est jeune, intelligent, industrieux et sobre, il vit à son aise dans sa maison, élève ses enfants. Il vend du beurre et du fromage,
Jacques Reulemann possède au centre de la colonie deux lois et trois quarts de ferme, parfaitement enclos de fil de fer. La maison d'habitation est en briques et à terrasse, et la valeur du tout est au moins de 6 à 7. 000 piastres boliviennes.
Tous les meubles de la maison : tables, armoires, chaises, étagères, etc, sont faits de bois du Grand Chaco. Il y a à côté de la maison principale divers autres bâtiments où Ton * remise les grains et les instruments d'agriculture, entre autres une moissonneuse Buckeye.
li a agrandi la plantation d'arbres fruitiers et d'ornement. Le goût des fleurs ne s'est pas éteint dans la famille, car tous les appartements sont toujours ornés d'élégants bouquets.
Il a acheté pour ses fils vingt-six lots de ferme dans la colonie Grutli, dont treize sont déjà payés.
Il a été conseiller municipal et jouit du respect de tous IjBs colons,
FAMILLE HAMMERLY EN J 863.
Elle est arrivée en octobre 1859 ; elle avait reçu des avances en Europe pour son passage et autres frais, soit
350 piastres or; elle en reçut encore 120 à la colonie. Hammerly était tonnelier dans son pays, mais il connaissait un peu Tagriculture.Sa famille se composait de sa femme, trois enfants mâles et deux filles, tous adultes.
En mars 1862 il avait payé à Fadministration toute sa dette ; il avait alors 43 bêtes à cornes, 12 chevaux et 6 cochons. Il a semé 26 poses de blé, dix de maïs, une de luzerne, une demie de pois et une demie de patates.
. Il lui reste deux années à livrer le tiers de la récolte à l'administration. Pendant quelque temps, deux de ses fils se sont placés comme domestiques dans la colonie et une de ses filles s'est mariée. Sa femme est morte.
Les fils sont travailleurs, mais le père, quoique industrieux, aime à boire, et ce vice lui a fait du tort. C'est un homme sans instruction, mais tous ses fils savent lire et écrire.
Albert Hammerly possède au centre quatre lots de ferme ; Henri en possède deux ; Jules en a quatre dans une autre section, et deux autres en société avec le colon Jean Hasch. Sur les trois possessions on trouve de bonnes maisons en maçonnerie, des plantations d'arbres, des machines à moissonner, des bêtes à cornes et des chevaux.
FAMILLE SIGEL EN 1863.
Elle est arrivée en septembre 1859 devant à l'administration 275 piastres; elle a reçu en outre 175 piastres de secours.
En février 1862 elle avait tout payé. Elle a bâti une bonne maison en briques crues et se prépare maintenant à en bâtir une autre en briques.
La famille de Sigel se compose de sa femme et de cinq fils dont trois étaient capables de travailler lors de son arrivée.
Ce colon est industrieux et sobre ; il a reçu une certaine instruction, et est charpentier de son état. 11 fait élever ses enfants et est sur le chemin de la fortune.
Il a actuellement 53 bêtes à cornes et 18 chevaux. Il a semé 38 poses de blé, 13 de , maïs, 2 d'orge, une demie de patates, pois et luzerne ; il a un jardin de 2.000 pêchers. On peut évaluer à 2.500 piastres le montant des possessions de cette famille, libre de toute dette ou charge ; or, quand elle était en Europe elle n'avait pas de quoi payer les frais du voyage.
Sigel père est mort en 1871 laissant à sa famille six lots de ferme, une maison commode en briques, de grandes plantations d'arbres fruitiers et autres, les concessions encloses en fil de fer et par des haies de cina-cina; on évalue sa fortune entière à 20.000 piastres fortes.
La veuve a fait le partage des biens; elle a gardé pour elle quatre concessions au centre avec les maisons et les plantations; le fils Jean possède deux concession au centre, il a une maison de commerce et de boucherie en société avec F. Gœtschi; le fils Frédéric possède deux concessions dans une autre section j une fille s'est mariée et a reçu sa part de l'héritage paternel.
FAMILLE BLANCK EN 1863.
Dans cette famille nous trouvons un contraste avec l'histoire des familles précédentes. Blanck est Allemand; il est maçon de son métier; il a payé son passage, il avait en arrivant 250 piastres fortes.
Sa famille se composait de sa femme et de cinq fils ; il a une certaine instruction ; malgré ces avantages qui auraient
no UNE VISITE AUX COLONIES
dû le mellre au-dessus des familles mentionnées plus haut, Blanck est un homme pauvre. La raison en est qu'il aime à boire et qu'il est très paresseux.
Il n'a pas cherché à payer l'administration, à laquelle il doit 600 piastres fortes ; il n'a que 21 bêles à cornes et qu^un cheval ; il n'a semé que ving poses de blé.
Outre ce qu'il doit à l'administration il a des dettes ailleurs. Il a une fois changé sa concession pour une autre qui était déjà cultivée pour s'épargner la peine de cultiver la sienne. Il n'élève pas ses enfants ; sa maison et sa terre ont toute l'apparence de l'abandon.
Elle devait en 1864 à l'administration 1.482 piastres fortes; elle a été expulsée de la colonie en 1865. Blanck s'est mis à travailler comme charbonnier; il a demandé plusieurs fois à être réintégré dans la colonie, ce qui lui a été refusé; il menait une vie misérable, et dernièrement on ne savait ce qu'il était devenu.