ET DE
J*ai souvent entendu dire :
« Qui nous délivrera des Gi*ecs.et des Romains? >•
Pour moi, je dirais plus volontiers : Qui nous délivrera des expositions ? surtout comme ceUe de 1878, qui nous a laissé un déficit de plus de 30 millions, qui a élevé le prix de toutes choses à Paris et n'a servi qu'à faire copier nos modèles et nos procédés industriels par nos voisins ! Anciennement, on n'exposait que des objets d'art; aujourd'hui, depuis les expositions de bébés jusqu'aux expositions d'électricité, tout y passe et, quand on n'est pas admis par les jurés officiels, on fait une exposition de (' refusés », c*est-à-dire « d'artistes indépendants ». Si cela continue, on supprimera les magasins, on n'aura que de vastes bazars où Ton verra représentées Thumanité et l'industrie sous toutes leurs faces.
Je ferai cependant une exception pour la « Colonial and Indian Exhibition » actuelle de Londres. Quand on n'a pas fait le tour du monde et qu'on veut étudier l'Inde, l'Australie et toutes
les colonies anglaises, il faut passer le détroit et aller se promener dans les immenses galeries de South Kensington dont je donne ici le plan (Fig. 1). Si l'on met de côté les interminables annonces aux couleurs criardes qu'on voit sur tous les murs et les éternelles salles gastronomiques qui accompagnent toute grande exposition, on ne peut s'empêcher de dire que celle de Londres est une des plus intéressantes qui aient jamais été faites; elle est visitée journeUepaeot par 3^J à 40,<}00 personnes et, avouons-le, nulle autre nation ne pourrait montrer un spectacle semblable, puisque la B^ioe^d'Âiogletenre compte plus de 800 millions de sujets sur une surface de noi^éf millions de milles carrés : on sait que le soleil ne se couche jamais sur son empire et elle peut dire qu'avec l'Empereur de la Ghine, elle gouverne la moitié de l'espèce humaine. iLa puissance anglaise est un phénomène inconnu dans rhistoii?e, phénomène que ?n'ont jamais égalé l'empire d'Alexandre, celui de Gharles-Qi^Jnt et même l'empire romain, qui n'a janoais eu la vingtième partie des richesses ni le quart de détendue de l'empire britannique. Chose digne de remarque, ce dernier s'est tlQuJQurs agrandi à nos dépens, au Canada, dans l'Inde, et im^ifte à Suez, où le malheureux canal a été si abominablement malmené par notre implacable ennemi, lord Palmerston, pour tomber en majeure partie dans des mains anglaises jalouses de notre influence en Egypte, où nous ne comptons plus guère aujourd'hui. Ne voyons-nous pas encore maintenant l'Angleterre jalouse de notre présence au Tonkin et voulant s'emparer de la- Birmanie pour arriver avant nous au cœur de la Ghine ?
Quand on compare l'état actuel des aborigènes de l'Australie avec l'Anglais de nos jours, on comprend la distance qui sépare les races et l'on ne peut s'empêcher de sourire en pensant aux rêveurs qui prêchent l'égalité sur la terre! Je donne ici deux vues (fig. 2 et 3) représentant, l'une, un campement formé simplement de quelques écorces pour garantir des vents; l'autre nous montre une famille australienne, accompagnée des animaux, des plantes et des ustensiles primitifs dont elle fait usage. A Londres, on voit aujourd'hui, on peut le direj tontes les races, tous les climats, toutes les civiUsations autres
que l'Européenne, et cela, par des types de grandeur naturelle, par des photographies sans nombre, par l'outillage, les
vëlemËnls, les procédés industriels, les produits du sol, les modèles d'habitation, enfin par des végétaux vivants que de
Bildwilli», le « Davidsonia prariens » ou « Queensiand plum », le « Ficus macrophylla ou Anstralian Banyan », « TEucalypius citriodora », le « Queensiand Cycas » ou « Cycas média». Le « New-Soulh Wales » nous nnontre de merveilleux échantillons de laine ; la « Western Australia », des échanitllon» immense» d'Eucalyptus mar|(inala ou « Yarra wood », condidéré comme ioeorraptible et. inattaquable par les termites. La colonie de Victoria expose, entre antres choses, une collection de bois magnifiques, avec toutes les variétés d'Eucalyptus, dont on voit les graines, les fleurs et les feuilles. Ln général, toutes le» Myrlacées de l'Australie sont ex trempent précieuses poar l'ébénistêrie, la carrosserie et les autres usages demandant de» bois riches en grain, en couleur et susceptibles d'un beau poli. De très belles photographies donnent là, comme p<»or les autres colonies, une idée parfaite de ces forêts australiennes, de ces Eucalyptus, de ces Fougèresarborescentesjetde tout ce monde végétal si différent du nôtre. Ce qu'on ne s*attend pas à voir, ce sont des chameaux qui sont si utiles déjà dans quelques parties du globe. On sait que Tune des plaies du vaste continent australien consiste dans les sécheresses prolongées qui affligent l'intérieur et qui font périr par milliers les moutons qui forment la principale richesse de TAustrèilie du Sud» Les transport» des récoltes, lia construction des routes et des télégraphes, auraient été impossibles SHfis l'importation que fit sir Thomas Elder, en 1866, des chameaux de l'Inde. On les a vus quelquefois faire vingt-cinq milleà par jour pendant une semaine sans nne goutte d'eau et ne se nourrissant que des broussailles de la route : c'est là éminemment, comme en Afrique, un animal providentiel. Il y a dans les vitrines de chaque province d'excellentes collections de fruits admirablement imités^ et quant aux fruits frais, chaque steamer en apporte régulièrement un chargement qui se débite à l'Exposition dans un marché spécial, le c< Colonial Market ». Les fruits d'Australie, après soixunte-dix jours de voyage, n'ont pas la saveur des nôtres, pas plus que les fruits et les légumes du midi de l'Europe ne valent ceux des jardins de Paris, mais ils arrivent dans un moment où les nôtres ne sont pas sur les marchés et ils s'adressent à un public
moins difficile. Pans ce nouveau continent, tous les fruits dû centre et du midi de TËurope viennent en abondance, puisque l'Australie s'étend du 15® au 40® degré de latitude, c'est-à-dire 9oa.s le climat le |)lus favorable à la production agricole.
Pour l'horticulteur et le botaniste — et c'est pour cela que nous parlons de l'Exposition de Londres dans cette note — il y a là à étudier non seulement tout le règne végétal, toutes les plantes dont on voit les graines, les fleurs et les feuilles, m,ais tous les fruits et les légumes du monde oriental. A côté d'une rue imitant parfaitement le vieux Londres, avant le grand incendie de 4666, avec ses métiers et ses constructions pittoresques^ on voit une cour indienne où sont installés des ouvriers du pays, travaillant avec leur outillage primitif et fabriquant sous vos yeux les produits bizarres et si variés de l'Inde.
Mais ce qui nous touche le plus, dans ce merveilleux ensemble, ce sont les collections de vins, de laine, et surtout les conserves alimentaires et les viandes importées dans des chambres réfrigérantes. On goûte de tout cela sur place dans des restaurants spéciaux, et quand on a fait un repas australien avec tous ces produits qui viennent en concurrence avec les nôtres, on se demande ce que va devenir notre vieux monde surchargé d'impôts, obligé d'entretenir des armées ruineuses qui prennent la fleur de notre jeunesse, et cela avec des terres épuisées et une maind'œuvre tous les jours plus chère et plus exigeante ! Est ce bien là le moment de faire imposer par une loi la diminution des heures de travail et l'augmentation des salaires?
En Angleterre, comme chez nous, l'agriculture menacée a cru devoir chercher dans le développement des basses -cours et surtout dans la culture des fruits, non pas un remède, mais un soulagement à ses maux. Hélas! là on a à lutter contre deux obstacles : 1° l'incertitude des saisons et les printemps froids et pluvieux; 2° la concurrence des fruits du continent. Aujourd'hui, un troisième ennemi se présente, la concurrence des fruits d'Australie et des Indes occidentales. Déjà les Ananas se vendent à très bas prix sur les marchés, les Pommes de Boston et du Canada y arrivent par centaines de mille de barils ; les fruits d'Australie y viennent maintenant à contre-saison, en concurrence avec les
nôtres. Bientôt les Raisins y viendront aussi à bas prix de plusieurs points différents, comme nous les avons, nous, de Montau« ban et d-AIger, deux mois avant les nôtres. En Angleterre, Tagriculture devra se modifier, sous peine de'péricliter, ^n présence du bas prix des transports et de la concurrence des pays nouvellement cultivés (a).
Il est difficile de se faire plus d'illusions qu'on ne s'en fait en{ France. Aveuglés par un incomparable orgueil, qui nous fait croire que nous sommes le centre de la terre et que les autres peuples ne sont que des planètes qui gravitent autour de nousJ nous semblons toujours ignorer : 1^ que nous sommes le peuple] de l'Europe le plus chargé d'impôts; 2® que c'est nous qui, à| surface égale, produisons le moins de blé, soit 45 hectolitres en'
(a) Donnons ici un exemple de raccroissement agricole dans les pays neufs, et parcourons un instant les « Transaclions of the Galifornia State agricultural Society » en 1885, publiées à Sacramento, en février dernier. On sait que l'État de Californie ne date que de 1850 et que sa superficie est à peu près celle de la France ; elle est séparée du monde oriental par la mer Pacifique et du continent par la Sierra- Nevada ; malgré cet isolement, elle a déjà trois lignes ferrées qui ont surmonté la formidable barrière qui limite sa frontière de Test. - Quand Teffervescence causée par les mines d'or a diminué, l'activité de la population s'est alors tournée vers la production des céréales qui, en 1884, a été de 69 millions de bushels. Mais l'arrivée des blés indiens sur les marchés de l'Europe, blés produits avec une maind'œuvre dérisoire, a détourné de cette branche de la culture beaucoup de fermiers, et les a conduits à planter des arbres à fruits et surtout des vignes ; ces dernières, à l'heure qu'il est, occupent déjà 150,000 acres qui produisent 65 millions de gallons de vin. C'est là qu'est le véritable avenir de la Californie. Quant aux fruits, les envois dans les Etats de l'Est se sont élevés de 1,832,000 livres en 1871 à 46 millions de livres en 1885 ; pour les conserves, de 182,000 livres en 1872, les envois sont montés à 21 millions de livres en 1884. Il en a été de même pour les olives, les raisins secs et les légumes. Après les vins, une bradche de la production agricole qui donne les plus grandes espérances, c'est celle des oranges et des citrons, pour lesquels le climat est particulièrement favorable.
moyenne par hectare, tandis que TAngleterre en produit 26 ; 3^ que la difficulté et le prix des transports ne sont plus ce qu'ils étaient autrefois. Nous sommes menacés à la fois par la Californie, par les plaines du Mississipi, par la République Argentine et par Tlnde : que sont auprès de cela les fameux grenier^ de la Sicile et de FÉgypte qui nourrissaient les Romains?
Quand on pense à Tavenir de ces colonies dont le climat nous est favorable et la latitude à peu près la nôtre, on se demande pourquoi tant de jeunes gens croupissent dans des bureaux ou des fonctions publiques, où Ton ne trouve ni Tindépendance ni la fortune, au Heu de s'expatrier pour faire leur avenir et nous créer des relations utiles. Pour'prouver ce que j'avance, prenons un exemple et un petit pays, la Nouvelle-Zélande. Elle a envoyé en Angleterre, en 1882, 8,839 moutons ; en 1885, elle en a expédié 42,22^; que sera-ce dans ravenir?Il en est de même pour les autres colonies et pour les autres objets d'alimentation. Anciennement, au 'J*exas, au Brésil, on n'utilisait dans les animaux que la peau etles graisses; aujourd'hui, partouton utilise l'animal entier pour en faire soit du bouillon concentré, soit des viandes conservées par le froid ou cuites et comprimées pour l'exportation. Celles qui viennent de Queensland et de la Nouvelle- Zélande se vendent en boites de deux livres contenant du bœuf, du mouton ou de Tagneau, au prix moyen de 60 à 75 centimes la livre. Pendant ce temps-là, que devient notre agriculture? Nos fermiers ont toutes les peîne.s du monde à payer leurs fermages; nous voyons que depuis dix ans nous comptons en moins 1 ,400,000 têtes de l'espèce bovine et 400,000 chevaux ; nos moutons ont diminué d'un tiers au bénéfice des Allemands.
Les vins d'Australie que l'on goûte sur place se vendent à Londres en moyenne de 20 à 30 schellings la douzaine de bouteilles : comme goût, ils res?emblent surtout aux vins d'Espagne et de Portugal, bien que, dans certains districts, on produise
aussi des vins mousseux qui se rapprochent des vins du Rhin.
Voici, d'après les statistiques officielles de 1884, les chiffres de la production vinicole d'Australie :