SCÈNE TROISIÈME
la femme, une femme chez qui lu as dîné quelquefois, lorsque tu élais garçon, cl à qui ton devoir est de présenter ta femme, quand lu te maries, parce qu’elle est digne de ton respect.
DE CVGNEROI.
Do mon respect, soit ; de mon estime, non. L’estime et le respect ne sont pas môme chose. On respecte les situations ; on n’estime que les caractères. Tu es célibataire, c’est un étal qui a du bon, mais marie-toi demain avec une jeune fille bien pure, bien innocente, bien honnête, et lu verras le cas que tu feras immédiatement de toutes les femmesdu monde, de tout le monde et à tout le monde, dont tu auras été l’amant pour occuper et dépenser ta jeunesse. Tu verras dans quelle pitié, pour ne pas dire dans quel mépris, tu les enseveliras à tout jamais, et quelle fosse commune tu creuseras pour y jeter à la hâte et péle-môle les marquises et les bourgeoises, les grandes dames et les courtisanes 1 et qu’elles se débrouillent là dedans comme elles pourront, elles se valent! On a eu tort de les poursuivre, elles ont eu tort de céder, mais on ne les a poursuivies que parce qu’il était évident qu’elles céderaient. Ça de l'amour? allons donc! Dup ! aisir tout au plus, et encore quel plaisir !
LEBONNARD.
Autrement dit, tu es comme tous les hommes : tu as deux morales selon les circonstances; tu raisonnais jadis en célibataire, tu raisonnes maintenant en mari . Ça s’appelle égoïsme avant, ingratitude après. Lovelace est mort! vive Prud’homme !