SCÈNE SEPTIÈME
LEBONNARD.
Alors, tu vas partir?
/ DE CYGNEROl.
, Dans dix minâtes. >
LEBONNARD.
Tu écriras à ta femme? • ’ -
, DE CYGNEROl,
Oui, oui. Je ferai tout ce qu'il faudra, sois tranquille.
LEBONNARD.
Mais si elle apprend la vérité ?
DE CYGNEROl.
Elle ne la croira pas.
LEBONNARD. ' ‘
Si on la lui prouve? 1 ’
. DE CYGNEROl. ' . ->
• Tu lui prouveras le contraire, r' ~ ’ .
LEBONNARD. "
Et si elle s’ennuie et se venge \
‘ • DE CYGNEROl.
Elle? jamais ! Elle n’y pensera même pas. Heureusement, elle a delà religion, et puis les femmes comme elle n’ont pas d’amant, mon cher. C’est bon pour... . : .. . ; . '
LEBONNARD, k part et comme au publia.
C’est admirable 1 Les hommes croient qu’ils sont jaloux de certaines femmes parce qu’ils en sont amoureux ; ce n’est pas vrai, ils en sont amoureux parce qu’ils en sont jaloux, ce qui est bien différent, Prouvez- leur qu’il n’y a pas .de raison pour qu’il» soieul jaloux, Us s’aperçoivent immédiatement qu’Us ne sont pas amoureux. .
DÉ CYGNEROI.
Qu’csl-ce que lu racontes là tout bas? Tu deviens fou!
LE BONNARD
' Pardon, mon cher. Assez plaisanter comme ça. Tu es bien dé cidé à partir avec Lydie ?
DE CYGNEROI.
Oui. •
LEBONN À RD.
Ça durera ?
DE CYGNEROI.
Tant que ça pourra, peut-être six mois, peut-être toujours, jusqu’à ce qu’elle m’aime moi seul, comme elle a aimé tous les autres. ... .
LEBONNARD.
Alors, il faut que tu saches toute la vérité. Rien de tout ce que je t’ai raconté n’est vrai. Madame de Morancé...
DE CYGNEROI, l’ioterrompant.
Merci, Lebonnard, merci, mon excellent ami. Malheureusement, je connais ça. On dit à son ami, dans un moment d’expansion , ce qu'on sait de la femme qu’il aimait, parce qu’on croit qu’il ue l’aime plus, et puis, quand on voit qu’il l’aime toujours, on essaye de rattraper ce qu’on a dit cl de raccommoder les choses. Connu, mon bon, connu!
LEBONNARD. ,
Tu ne me crois pas ? -,
. DE CYGNEROI.
Non, mon bon, non.
LEBON NARD
Je t’affirme que don Alphonse n’a jamais existé. Je suis fâché de te retirer cette illusion, mais il n’a jamais existé.