SCÈNE TROISIÈME
la femme, une femme chea qui ta as dîné quelquefois, lorsque tu étais garçon, et à qui ton devoir est de présenter ta femme, çjuand tu te maries, parce qu’elle est digne de ton respect.
DE CYGNEROI.
De mon respect, soit ; de mou estime, non. L’estime et le respect ne sont pas même chose. On respecte les situations ; on n’estime que les caractères. Tu es célibataire, c’est un état qui a du lion, mais marie-toi demain avec une jeune fille bien pure, bien innocente, bien honnête, ol lu verras le cas que tu feras immédiatement de toutes les femmes du monde, de tout te monde et à tout le monde, dont tt* auras été l’amant pour occuper et dépenser ta jeunesse. Tu verras dans quelle pitié, pour ne pas dire dans quel mépris, tu les enseveliras à tout jamais, et quelle fosse commune lu ereuseras pour y jeter à la hâte et pêle-mêle les marquises et les bourgeoises, les grandes dames et les courtisanes! et qu’elles se débrouillent là dedans comme elles pourront, elles se valent ! On a eu tort de les poursuivre, elles ont eu tort de céder, mais on ne les a poursuivies que parce qu’il était évident qu’elles céderaient. Ça de l’amour? allons donc ! Du plaisir tout au plus, et encore quel plaisir !
' LEBONNÀBD.
Autrement dit, lu es comme tous les hommes : tu as deux mo- ■ raies selon les circonstances; tu raisonnais jadis en célibataire, Irraisonnés maintenant en mari. Ça s’appelle égoïsme avant, ingratitude après. Lovelace est mort ! vive Prud’homme !
DK CYGNEROK * '
Grands mots! - '
LEBONNARD.
Donc, si madame de Morancé était devenue veuve, pendant ta première manière, lit ne l’aurais pas épousée ?
DE CTGNEROI.
Elle ne l’est pas devenue, ça arrange tout, „ ...
LEBONNARD.
Tu ne l’aurais pas épousée? •
- ' . DE CYGNEROI.' ,
y. i Non. - • v ». •' A .*
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Et quelles raisons lui aurais-tu données de célte lâcheté ?
* , . \ r ' ' ' ■ DE CYGNEROI. • % •.
Lebonnard !
Le motn’a rien de blessant, puisque ce n’est qu’une hypothèse. Alors, ton amôur aurait pris fia juste au moment où tu aurais pu l’avouer et le prouver, et tu aurais abandonné cette malheureuse . r femme à ses regrets et & ses remords, sans regrets, sans remords lot-même. ; - r •; • „
DE CYGNEROI.
Mais je l’ai abandonnée tout de même à ses regrets et à ses remords, et tu vois avec quelle robe elle porte le deuil de son amour, de sa vertu et de son mari par-dessus le marché. Mais il n’y a pas d’amour, mais il n’y a pas de remords dans toutes . ees affaires, mais tout cela n’est pas vrai! Certes, personne plus que moi n’a cultivé cet amour de contrebande que les moralistes ont flétri du^gros nom d’adultère, et, comme je ne suis pas yrt imbécile quoique tu en dises, je me suis donné la peine de sou- ‘ mettre cet amour particulier à une analyse physiologico-phyloso- , phieo-chimique, et voici le résultat : l’adultère est une de ces mixtures où les éléments s’associent quelquefois, mais ne se combinent jamais. L’élément que la femme apporte se’composc d’un idéal renversé, d’une dignité faible, d’une morale élastique, d’une imagination troublée par les mauvaises conversations, les mauvaises lectures et les mauvais exemples, de la curiosité de la sensation, déguisée sous le nom de sentiment, de la soif du danger, du plaisir de la ruse, du besoin de la chuté, du vertige d’en bas et de toutes les duplicités que nécessitent les circonstances.
. L’homme apporte son tailleur, son cheval, la manière dont il met sa cravate, des regards de ténor de province, des serrements de main mécaniques, des phrases qui ont traîné partout et dont