SCÈNE TROISIÈME
"i. RE CYGNEROI. • - ' r
Comment* ce n’est pas vrai ? * ■
, ’ LEBONNARD. . .)
Prouve Je-mou r , *
. ‘ DE CYGNEROI. ■ ’
Tu deviens fou! Tu étais notre unique confident, (l « bonnard se met h rire.) Qu’est-ce que tu as à rire?
LEBONNAR D.
Tu m’amusos bien.
' DE CYGNEROI.
Pourquoi ce petit ton goguenard ?
LEBONNARD.
Qu’esl-cc que c’est qu’être l’amant d’une femme ?
DE CYGNEROI. t - . 1
Ce Rue c’est?
-J LEBONNARD.: \ . .
Oui. , .
DE CYGNEROI. * . '
Si lu ne le sais pas à. ton âge, tu ne le sauras jamais.
LEBONNARD.
Raison de pins pour me l’expliquer.
DE CYGNEROI.
Ça est, ou ça n’est pas -, ça n’a pas besoin d’être expliqué.
LEBONNARD.
Alors, c’est un fait. ( . ■
10 v ' ‘ -UNE VISITE DE NOCBS ' ’
* DE CYGNE ROI
Naturellement.
LEBONNARD.
Quel est le caractère d’un fait ?
j ' ■ DE CYGNEROI. »
Tu sais que tu es insupportable avec ta dialectique?
LEBONNARD.
Le caractère d’un fait, c’est de pouvoir être prouvé, soit par les témoins qui l’ont vu, soit par les traces qu’on en retrouve, soit même par la notoriété pu la tradition. Auguste est monté au ciel après sa mort : Nuraerius Atticus l’a vu et déclaré publi- . . s quement ; Charles IX a tiré sur le peuple, et 93 a inauguré la liberté en France, voilà des faits incontestables. Où est le témoin, la notoriété, la tradition qui prouve que lu as été l’amant de madame de Morancé ? Es-tu prêt, comme Numerius Atticus, à en faire en public un serment solennel, à mettre l’aventure en seène comme Marie-Joseph Chénier, à l’imprimer dans F Ami du Peuple, comme Marat? Est-ce dans l’histoire, dans la légende, sur les lèvres des hommes? Tu voudrais que cela fût de nouveau, toi qui dis que cela a été ; cela serait-il encore ? Tutoies-tu madame de Morancé devant le monde? L’embrasses-tu devant ses domestiques? L’appelles-tu : « Mon gros minet chéri » ? As-tq une seule lettre d’elle? Et n’a-t-elle pas, elle, le droit de te mettre à la porte si lu fais allusion à un fait qui ne doit exis- \ ter que dans ton imagination? Enfin, si, pour sauver ta vie ou ton . honneur, il fallait que tu prouvasses ce fait, pourra is-tù le prouver ? Non ! donc, cela n’est pas. Il n’y a de vrai que ce qu’on • prouve, et l’on nè peut prouver que ce qui est vrai. Tu as rêvé, mon bon. ; ' -
DE CYGNEROI.
, Et la conclusion de ce discours ?
Est que madame de Morancé est pour toi, confine pour moi, une femme du monde, du même monde que ta mère, la sœur et