AIMER
Que vous ai-je donc fait, ô mes jeimes années ! Pour m’avoir fui si vile et vous être éloignées Me croyant satisfait...
Hélas ! Pour revenir m'apparaitre si belles Quand vous ne pouvez plus me prendre sur vos ailes, Que vous ai-je donc fait?
(V. Hugo.)
L’amour!... Quels chants divins ce seul mot fit éclore!... Vous les avez relus, puis répétés cent fois...
L’amour!... Vous soupirez, vous dites : Autrefois!...
Et tous vos souvenirs semblent revivre encore.
Evoqués par ce mot, à vos lèvres si doux!...
Vous songez à cette heure où l’âme s’illumine.
Et qu’emporta trop tôt la balance divine...
Heure qui jamais plus ne sonnera pour vous!...
— dOO —
Vous songez au rayon des sphères infinies
Qui de ses yeux, un jour est passé dans vos yeux!...
A ce regard qui vint vous entr’ouvrir les cieux...
Et porta jusqu’à Dieu vos âmes réunies!...
Puis au bouquet fané que vous baisiez le soir...
tous ces riens si chers au temps de la démence,
Dont vous perdez bientôt jusqu’à la souvenance,
Mais qui vous ont parfois sauvé du désespoir!...
Vous revoyez la place où la blonde rêveuse.
Lasse de butiner par les sentiers fleuris,
Ne gardant qu’une fleur entre ses doigts chéris.
Venait un jour s’asseoir, l’elTeuillant, curieuse.
Puis rejetait bien loin cet oracle d’amour
Qui disait ; «: Ne crois pas à ses douces paroles...
Mais l’amour est plus fort que les blanches corolles,
Et vous disiez : A toi jusqu’à mon dernier jour!... »
Pourtant, lassés bientôt, déceptions cruelles!...
Dans une heure d’ennui, de long désœuvi’ement.
Sceptiques, vous riez des larmes de l’amant,
Et dites : « A quoi bon ces amours éternelles?... » Mais, devant vos serments, votre crédulité.
D’autres enfin riront... le passé, doux mirage. Viendra vous dire alors : <^ C’était là le rivage!...
Et le calme divin de la réalité!... »
C’était, pendant l’orage, une demeure amie.
L’amour c’est aujourd’hui!... L’amitié c’est demain!... Soit fortune ou revers, c’était dans votre main,
Cette main d’une sœur qui doucement s’oublie...
Que nous ne voyons pas, qui semble toujours là Pour conjurer de loin jusqu’aux moindres alarmes... C’était, aux jours de deuil, cette voix dans les larmes Qui vient, quand tout a fui, vous dire : « Me voilà!... »
Un tel amour jadis vous paraît monotone Et vous dites alors ; c: Faut-il donc, pour aimer.
En désirs énervants toujours se consumer?... s> Ainsi, le vrai bonheur, pour l’ombre s’abandonne... De l’inconnu, toujours nos cœurs se sont épris... Vous quittez le réel pour de folles chimères.
Et ne trouvez jamais que des joies éphémères.
Car vous ne savez pas n’être que nos amis!
Juin 1872.
Digilizecrfcy