‹ Une voile a la mer poesiesChapitre 21 sur 57 · UNE MÈRE · texte numérisé non relu

UNE MÈRE

Vous ne méritez pas ce nom, douce caresse,

Si jamais votre sein ne tressaillit d’ivresse Sous l’avide baiser de ce cher innocent Dont vous sentiez la lèvre attirer votre sang...

Si la nuit, ne fermant qu’à demi vos paupières.

Vous n’avez, épiant ses souffrances premières.

Veillé, prié, souffert, remerciant le ciel D’avoir formé pour lui ce blanc ruisseau de miel.

Ce beaume souverain qui le calme et l’enivre Et que Dieu mit en vous pour qu’il en puisse vivre... Pour que le même sang qui vous nourrit jadis Vous rende fière, un jour, dans l’homme, votre fils!,.,

Si, plus tard, vous n’avez attendu palpitante Le doux rayonnement que son sourire enfante... Si vous n’étiez pas là quand, de sa faible voix. Votre enfant épelait, pour la première fois.

Ce n.om saint et béni, le sacre de la femme.

Ce nom qui restera le dernier dans son âme!...

Si, les deux bras tendus, vers vous il ne vint pas Lorsqu’il voulut tout seul former ses premiers pas Tandis que, de frayeur, suspendant votre haleine. Pour le moindre fétu qu’en sa marche incertaine Son pied mal assuré ne savait éviter,

Tout votre être soudain se sentait palpiter!...

Si, le soir, réchauffant, au feu de la veillée.

Ses pieds nus, pour former sa mémoire éveillée, Vous n’avez dit cent fois ces contes enfantins Qui font briller si fort ses beaux regards mutins!.. Ou chanté lentement, tout près de sa ^couchette, Ces refrains que, bien bas, en dormant, il répète..

Ou bien encor compris ces naïves frayeurs Quand le pauvret, la nuit, s’éveillait tout en pleurs. Rêvant que l’ogre noir prend son polichinelle...

Ou qu’il voit retomber quelque soldat rebelle...

Gros chagrin qui s’endort sous un baiser bien doux. Et que nul ne saurait apaiser mieux que vous...

Si, pendant de longs jours et des nuits d’insomnie, Oubliant la fatigue et tremblant pour sa vie,

Cliacun ne vous vit pas, ô vous l’ange gardien.

De cet ange ici-bas, disputer votre bien...

Vous offrant, pour sauver cette frêle existence Qui compromit la vôtre, au jour de la souffrance...

Puis enfin, rassurée, entrer dans le saint lieu.

Et dire au Tout-Puissant : « Merci! merci, mon Dieu!... Et Vous, Vierge clémente!... ô Vous qui fûtes mère! D’avoir pris en pitié cette douleur amère...

Voir souffrir ce qu’on aime est un calvaire aussi!...

Mon enfant est sauvé!... Sainte Vierge, merci!...

Si, pour vous, loin du bruit de ces foules joyeuses.

Le temps ne ramena ces heures précieuses.

Où tantôt écolier, ou grave professeur.

Du futur Cicéron, vous deveniez la sœur...

Aplanissamt pour lui les leçons trop ardues,

Séchant sous vos baisers les larmes répandues!...

Lui faisant, en un mot, trouver plus savoureux Les fruits toujours amers de cet arbre épineux Que jadis nous avons arrosé de nos larmes!...

Si votre cœur fut sourd à toutes ces alarmes,

Si de tous ces bonheurs vous fites l’abandon...

Vous êtes mère, hélas!... mais ce n’est que de nom!...

Janvier 1870.

Digilizec -

Page 1