LES PETITS SOULIERS BLEUS
Vous jadis si bruyants, aujourd’hui froids et mornes... Et vides à jamais... ô désespoir sans bornes!
s De vos hôtes joyeux !
Ah! Je n’ai plus que vous en ma douleur cruelle...
Car mon enfant n’est plus... Et vous me parlez d’elle... Chers petits souliers bleus!...
Oh ! que de fois, le soir, en sa blanche couchette.
Le doux ange envolé qu’à jamais je regrette.
Avant de s’endormir.
Vous pressa sur son cœur, joignant ses deux mains roses. Et vous parlant tout bas des fleurs fraîches écloses Qu’elle aimait à cueillir...
Chaque matin, surtout, quels moments à décrire!...
Quels jeux toujours nouveaux... Quels bons éclats de rire!
Chers petits pieds mutins !
Que d’efforts il fallait pour vous armer en guerre...
Comme vous saviez fuir votre prison, naguère.
Et glisser de mes mains...
Ce qu’il fallait alors de savantes promesses...
De regards tous remplis des plus douces caresses. Nul ne peut le savoir...
Et pourtant, ce n’était rien que mutinerie ;
Bientôt elle disait ; « Pardon! Maman chérie!... » Il me semble la voir. . .
Elle y mettait vraiment trop de grâce ingénue... Venant à petits pas... l’épaule demi-nue...
Le regard attristé...
Tandis que, sous ses pleurs, le plus divin sourire
Mieux que tous les discours savait si bien me dire :
« Ton cœur m’a pardonné... »
Je l’embrassais alors,... eh! qui n’eut fait de même? Sautant sur mes genoux, elle disait : « Je t’aime!
Mais je t’aime tout plein!... »
Au milieu des baisers, s’achevait la toüette...
Et l’on ny songeait plus, car la paix était faite Pour jusqu’au lendemain...
Pourtant, il m’en souvient, un soir, sur la coUine, Sous son pied se trouva la pointe d’une épine...
Je crois qu’à cet instant
C’est vous que j’accusais... j’étais fort en colère...
Je vous jetais bien loin... Sa blessure légère Déjà m’effrayait tant!
Loin de nos verts sentiers, parmi les anges roses.
Ses pieds ne foulent plus maintenant que des roses...
Le ciel ne voulut pas
Lui montrer quelque jour ses colères divines... Et lui garda les fleurs... Nous laissant les épines Et les pleurs ici-bas!...
Vous jadis si bruyants, aujourd’hui froids et mornes... Et vides à jamais, ô désespoir sans bornes!...
De vos hôtes joyeux...
Soyez les confidents de ma douleur cruelle Car mon enfant n’est plus... et vous me parlez d’elle... Chers petits souliers bleus!...
Juin 1870.